“JE VAIS JOUER UN CHEF DANS UN FILM SUR LA VIANDE ”

Ex-en­fant obèse et fa­bri­cant de ra­vio­lis la nuit, l’hu­mo­riste et co­mé­dien belge mul­ti­plie les pro­jets sur la table et les mé­tiers de bouche. Grand Sei­gneur a vi­dé quelques go­dets avec cet an­cien pi­lote de course qui voue un culte per­son­nel au boeuf Simme

Grand Seigneur - - Mezze - Ju­lie Ger­bet / Sa­muel Guigues

Sté­phane, vous êtes dans votre as­siette, cet après-mi­di ?

Sté­phane De Groodt—

Je suis tou­jours dans une as­siette, quelle qu’elle soit !

Nous nous sommes croisés deux fois au res­tau­rant – la pre­mière au Cha­teau­briand, la deuxième au Bé­ni­chat –, des éta­blis­se­ments bran­chés des 10è et 11è ar­ron­dis­se­ments… Vous ai­mez vrai­ment ça ?

S.D.G.—

Ça n’est pas tant les res­tos en vogue que j’aime, c’est les bons res­tos. Avant, j’étais as­sez sen­sible aux étoi­lés et j’ai été tel­le­ment dé­çu… C’est un peu comme avec les po­li­tiques. Je préfère être to­ta­le­ment sur­pris dans un res­to où il n’y a pas for­cé­ment de pro­messe.

Une bonne sur­prise, quand même ? S.D.G.—

J’ai re­çu une claque au No­ma, à Co­pen­hague (éta­blis­se­ment consa­cré à maintes re­prises meilleure table du monde par la re­vue

Res­tau­rant ndlr.). J’avais op­té pour une as­so­cia­tion mets/vins, j’en­quille quelques

blancs et suis dé­jà bien cuit, puis voi­là qu’ar­rivent les rouges. J’ai un vrai coup de coeur pour le troi­sième, je re­com­mande un deuxième, un troi­sième verre et de­mande à voir la bou­teille. De re­tour en France, je me ren­seigne car je veux en ache­ter et me rends compte que c’est un vin de chez nous, à 12€ le fla­con ! Ça m’a ras­su­ré, c’est chouette de se dire qu’on peut être to­ta­le­ment sé­duit par quelque chose qui n’est pas très cher.

Votre res­to pré­fé­ré ? S.D.G.—

Mon res­tau­rant pré­fé­ré est multiple, si je veux vrai­ment bien man­ger et boire des choses éton­nantes c’est plu­tôt Sa­turne (17 rue Notre Dame des Vic­toires, Pa­ris 2è), car c’est très, très bon. Pour le cadre et l’ac­cueil, j’aime beau­coup al­ler chez Lou­Lou (107 rue de Ri­vo­li, Pa­ris 1er) et pour boire un verre, c’est in­con­tes­ta­ble­ment Le Bé­ni­chat, un bar à vin du 10è.

C’est vous qui cui­si­nez, à la mai­son ? S.D.G.—

Oui, j’aime bien ça. D’ailleurs, je me la pète avec mes pâtes à la pou­targue ! C’est un peu ma « botte » se­crète si je veux fer­rer les gens… Quand je les réus­sis moins bien, j’ai l’air un peu con.

Et c’est quoi alors, cette his­toire de tra­fic de ra­vio­lis ?

S.D.G.—

À l’ado­les­cence, j’ai dé­cou­vert que je pou­vais faire des ra­vio­lis comme dans les ma­ga­sins. J’ai ache­té des moules, j’ai ap­pris à faire la pâte, la farce, et puis un jour, j’en ai li­vré une dou­zaine à un co­pain qui avait un res­tau­rant. Tout est par­ti en 15 mi­nutes ! Il m’en a re­com­man­dé le double le len­de­main et je suis al­lé dé­mar­cher d’autres éta­blis­se­ments... C’était un bu­si­ness d’ado­les­cent, j’étais en­core à l’école. Je fa­bri­quais mes ra­vio­lis la nuit, dans la cui­sine de mes pa­rents, et j’ar­ri­vais de plus en plus tard en cours, tout en­fa­ri­né et ex­plo­sé. Mon prof pen­sait que je fai­sais du com­merce de coke ! Il a fi­ni par me dire qu’il fal­lait choi­sir entre les ra­vio­lis et les études. J’ai choi­si les ra­vio­lis.

Au point de son­ger à ou­vrir un res­tau­rant ?

S.D.G.—

Non, je fai­sais des ra­vio­lis pour fi­nan­cer mes cours de pilotage, car je rê­vais d’être pi­lote de course et co­mé­dien ! À un mo­ment, je me suis quand même de­man­dé si je n’al­lais pas être cui­si­nier…

Vous avez des ob­ses­sions gour­mandes ? S.D.G.—

Je nour­ris une ob­ses­sion pour la moz­za­rel­la et le boeuf Sim­men­tal ! Il y a des pro­duits qui sont pré­cieux parce qu’on sait qu’il y a des gens qui ont bos­sé derrière, on sent la chaîne du plai­sir, le cô­té cha­leu­reux de l’ali­ment. En Bel­gique, j’ai une ob­ses­sion ab­so­lue pour l’amé­ri­cain, une spé­cia­li­té pré­pa­rée sur le même prin­cipe que le tar­tare, avec de la viande de boeuf crue as­sai­son­née. Je peux prendre des vols moyen-cour­rier ex­près pour al­ler en tes­ter un !

La cui­sine belge, on en parle ? S.D.G.—

Oui, il y a aus­si la car­bon­nade fla­mande, le stoemp, le wa­ter­zooï et bien sûr les frites, qui ne se pré­parent pas n’im­porte com­ment : il y a une cuis­son spé­ciale, un type de pommes de terre adap­té. Ah, et les vraies bonnes gaufres ! Quand je vois à Pa­ris les nou­velles en­seignes de gaufres belges, j’ai en­vie de pleu­rer. Cui­sine belge, cui­sine fran­çaise, je n’ai pas de pré­fé­rence… du mo­ment qu’il y a le mot cui­sine de­dans, je suis par­tant !

Vous avez tou­jours ai­mé man­ger ? S.D.G.—

De­puis que je suis tout pe­tit ! À cette époque, j’étais cos­taud, parce que ma mère fai­sait tou­jours quinze plats dif­fé­rents. À table, comme dans la vie, j’ai en­vie de tout goû­ter. Je suis très cu­rieux et vu que la nour­ri­ture offre des ho­ri­zons for­mi­dables…

Est-il vrai que votre mère vous a trai­né, lorsque vous étiez en­fant, dans des réunions ré­gimes Weight Wat­chers ? S.D.G.—

Oui, ça a d’ailleurs été un vrai trau­ma­tisme de me trou­ver de­vant une salle en­tière avec des gros mes­sieurs-dames qui vous huent parce que vous avez pris cent grammes, ou qui vous ap­plau­dissent parce que vous en avez per­du dix-sept ! J’ai fait pas mal de ré­gimes

après, mais parce que je vou­lais être en forme phy­si­que­ment, dans la pers­pec­tive de pou­voir ren­trer dans le cock­pit d’une voi­ture de course. C’était un mo­teur pour moi, sans mau­vais jeu de mot, il fal­lait que je m’af­fûte. Je me lâche un peu plus main­te­nant, mais je conti­nue à faire at­ten­tion par rap­port à mon mé­tier, à mon bien-être. J’aime vrai­ment beau­coup le vin, aus­si, et j’es­saie de ne pas en boire tous les jours.

Quel type de vin bu­vez-vous, d’ailleurs ? S.D.G.—

J’ai dé­cou­vert le vin na­ture et je dois dire que ça n’est pas com­pa­rable avec des vins que je connais­sais, ce sont d’autres émo­tions. Je trouve ça très lu­dique, c’est un nou­vel uni­vers. Je m’en re­mets sou­vent à Da­vid Bé­ni­chou, qui a ou­vert Le Bé­ni­chat, je lui en­voie un tex­to quand je file à l’étran­ger pour lui de­man­der conseil. La der­nière fois, j’étais à Londres et il m’a dit « tu

dois ab­so­lu­ment prendre ce vin là », mais j’ai trou­vé ça im­bu­vable ! À un mo­ment don­né, ça va trop loin pour moi.

Donc vous tou­chez en­core aux vins conven­tion­nels ?

S.D.G.—

Oui, je fais des al­lers-re­tours. Il y a des mo­ments où j’ai be­soin de re­trou­ver des vins plus clas­siques. Et puis si j’aime les vins na­ture, c’est parce que j’aime les vins clas­siques, il y a un ré­fé­rent. Ré­cem­ment, j’étais dans un res­tau­rant et j’ai pris un Bor­deaux qui s’ap­pelle Châ­teau Roc de Cambes, c’est une tue­rie avec un rap­port qua­li­té/prix as­sez cor­rect. Ça m’a fait un bien fou de re­boire un Bor­deaux !

Les co­mé­diens suivent-ils un ré­gime par­ti­cu­lier, comme les spor­tifs ? S.D.G.—

Les quelques fois où j’ai man­gé avant de mon­ter sur scène, j’étais en train de di­gé­rer de­vant le pu­blic et ça n’est pas l’en­droit... J’ai be­soin d’avoir faim à ce mo­ment-là, d’être en ap­pé­tit. C’est une forme de ré­com­pense. J’aime tel­le­ment le théâtre et man­ger qu’il y a un plai­sir dans l’ordre des choses.

Est-ce qu’il y a un plat qui vous fait par­ti­cu­liè­re­ment plai­sir après la scène, jus­te­ment ?

S.D.G.—

Ça dépend si je suis avec des potes, ou si je rentre chez moi pé­nard. En sep­tembre, je vais jouer une pièce avec Fran­çois-Xa­vier De­mai­son, qui est un très bon vi­vant et aus­si un très bon ami, je crains le pire…

Cet au­tomne, vous se­rez aus­si à l’af­fiche du film Le jeu de Fred Ca­vayé, avec Bé­ré­nice Be­jo, Vincent El­baz,

Ro­sch­dy Zem, Do­ria Tillier… Il s’agit d’un huis clos, un dî­ner du­rant le­quel des amis jouent à par­ta­ger le conte­nu de leur té­lé­phone, à leurs risques et pé­rils : la table est-elle un lieu pri­vi­lé­gié pour se dire des choses ?

S.D.G.—

Ça dépend du nombre de bou­teilles de vin qui cir­culent ! Mais c’est vrai que ça peut de­ve­nir un ring de boxe. Tout à l’heure, je vous par­lais de la no­tion de pro­messe. Les re­pas de Noël, de fêtes, laissent pen­ser que ça va être fes­tif, on s’at­tend donc à quelque chose et c’est pour ça que ça dé­conne. La table est pro­pice aux mo­ments de vé­ri­té. On se sent au­to­ri­sé à dire cer­taines choses parce qu’on est en face de quel­qu’un, qu’on est a prio­ri li­bé­ré, par­fois dés­in­hi­bé et donc for­cé­ment, ça peut dé­ra­per. A contra­rio, ce­la peut être source de mo­ments d’émo­tion, de mo­ments pré­cieux...

Des pro­jets en liai­son avec la bouffe ? S.D.G.—

Oui, je vais bien­tôt jouer un chef dans un film au­tour de la viande, je suis content. Et si­non, je n’ai pas lâ­ché l’af­faire, j’ai des idées de pro­duits, de choses au­tour de la nour­ri­ture que je veux mettre en place… Un peu comme à la grande époque !

Sté­phane De Groodt(Le jeu de Fred Ca­vayé, sor­tie en salles le 17 oc­tobre 2018), en pleine mé­di­ta­tion de­vant une en­tame de jam­bon au Bé­ni­chat(6 rue Bi­chat, Pa­ris 10è)

Grand ama­teur de vins,Sté­phane De Groodt se­ra bien­tôt sur scène au Théatre des Va­rié­tés(7 Bou­le­vard Mont­martre, Pa­ris 2è)dans La Flamme avec Fran­çois-Xa­vierDe­mai­son.

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