INDE,

L’ÉTER­NELLE FAS­CI­NA­TION…

Grands Reportages - - Édito -

Peu de pays dans le monde peuvent se van­ter d’exer­cer une fas­ci­na­tion aus­si forte que celle de l’Inde au­près du voya­geur oc­ci­den­tal. À tel point que de nom­breux ob­ser­va­teurs parlent de « choc », sus­cep­tible de dé­clen­cher, par­fois, des réac­tions émo­tion­nelles qui conduisent à une perte des re­pères et au va­cille­ment. Confron­ta­tion avec l’ex­trême pau­vre­té en dé­pit d’une crois­sance éco­no­mique qui, de­puis une tren­taine d’an­nées, os­cille de fa­çon conti­nue entre 5 et 8%; ra­vis­se­ment de­vant la ma­gni­fi­cence du pa­tri­moine in­dien ren­voyant à la geste my­thique des em­pe­reurs mo­ghols, sym­bo­li­sée, entre autres, par le su­blime pa­lais du Taj Ma­hal ; éton­ne­ment - voire in­com­pré­hen­sion - avec la per­sis­tance de pra­tiques so­cio­cul­tu­relles (sys­tème des castes, ma­riages ar­ran­gés…) que nous es­ti­mons d’un autre âge : voi­là quelques exemples pour jus­ti­fier cet éba­his­se­ment que rien ne semble de­voir ar­rê­ter. Au Karnataka, prin­ci­pal État de l’Inde du Sud qui consti­tue le dos­sier de ce nu­mé­ro, le tra­vail de notre re­por­ter Jean-Bap­tiste Ra­bouan illustre on ne peut mieux ce per­pé­tuel ba­lan­ce­ment entre une Inde ul­tra­mo­derne - voyez Ban­ga­lore, la Si­li­con val­ley in­dienne - et hy­per­tra­di­tion­nelle - dans la jungle li­mi­trophe, les tri­bus adop­taient en­core il y a moins d’une ving­taine d’an­nées un mode de vie chas­seurs-cueilleurs. C’est en Inde et nulle part ailleurs car ce pays a la spé­ci­fi­ci­té, qua­si­ment unique sur notre pla­nète, d’en­vi­sa­ger son fu­tur sans ja­mais re­nier ou aban­don­ner son pas­sé et son his­toire, tout au contraire. Le qui­dam si­tue les villes de Bom­bay, Cal­cut­ta, Co­chin, Ma­dras ou Ban­ga­lore. Mais ses re­pères se brouillent par­fois dès lors que l’on évoque les ci­tés de Mum­bai, Kol­ka­ta, Ko­chi, Chan­nai ou Ben­ga­lu­ru qui dé­si­gnent, res­pec­ti­ve­ment et dé­sor­mais, les mêmes lieux ci­tés plus haut. Ces nou­velles dé­no­mi­na­tions - d’autres sont à ve­nir - ne sont évi­dem­ment pas neutres. Elles té­moignent de la vo­lon­té de l’Inde de se dé­mar­quer, sans tou­te­fois le condam­ner, de son pas­sé co­lo­nial pour mieux mettre en exergue « l’in­dia­ni­té » du sous-conti­nent. Cer­tains ob­ser­va­teurs es­timent ain­si qu’à dé­faut de re­mettre en cause cer­tains as­pects ar­chaïques de sa culture et de ses pra­tiques, l’Inde au­ra du mal à s’im­po­ser du­ra­ble­ment sur la scène in­ter­na­tio­nale. D’autres consi­dèrent, au contraire, que cet at­ta­che­ment à ses tra­di­tions et à sa culture est un atout pour son dé­ve­lop­pe­ment. En tout état de cause, la fas­ci­na­tion que nous éprou­vons pour l’Inde de­meure… Éter­nelle.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.