SA­HA­RA

RE­TOUR­NER DANS LE DÉ­SERT ?

Grands Reportages - - La Une - TEXTE ET PHO­TOS JEAN-MARC PORTE

En une poi­gnée d’an­née, le Sa­ha­ra est de­ve­nu un dé­sert (tou­ris­tique) ma­jeur. Un re­tour­ne­ment sombre, unique par son am­pleur. Où per­sistent pour­tant bien des pos­sibles.

10 mil­lions de ki­lo­mètres car­rés « for­mel­le­ment dé­con­seillés » par le Quai d’Or­say ? En une poi­gnée d’an­née, le Sa­ha­ra est de­ve­nu un dé­sert (tou­ris­tique) ma­jeur. Un re­tour­ne­ment sombre, unique par son am­pleur. Où per­sistent pour­tant bien des pos­sibles.

On peut se re­pré­sen­ter le Sa­ha­ra, le plus vaste dé­sert du globe, comme un ar­ché­type de l’im­muable. L’ar­rêt sur image n’est pas faux. Avant même l’avè­ne­ment de nos cartes pos­tales es­thé­ti­sées, il existe bel et bien une mys­tique du dé­sert. De Re­né Caillé à Théo­dore Mo­nod, d’Ibn Bât­tu­ta au père de Fou­cauld, de The­si­ger à Hen­ry Lhote, rares sont les ex­plo­ra­teurs, mi­li­taires, mar­chands ou scien­ti­fiques, ar­tistes et hommes de foi qui n’aient té­moi­gné dans leurs écrits- et dans leur vie - de l’évi­dem­ment sin­gu­lier de l’âme. Mais l’état des lieux ac­tuels (hu­main et po­li­tique) du Sa­ha­ra, en ce dé­but de XXIe siècle, né­ces­site – qu’on le veuille ou non - de soi­gneu­se­ment re­lé­guer la « fas­ci­na­tion du dé­sert », mys­tique et cartes pos­tales confon­dues, au se­cond plan. De Nouak­chott à Port-Sou­dan, la tache rouge des cartes du Quai d’Or­say a mis moins d’une poi­gnée d’an­née à s’étendre qua­si-to­ta­le­ment sur quelque 10 mil­lions de ki­lo­mètres car­rés, sans contour­ner au­cune fron­tière, au­cun État, au­cun ré­gime ni groupe de po­pu­la­tions. Sur ces 5 000 ki­lo­mètres est/ouest, le Sa­ha­ra, semble être de­ve­nu un « monde in­ter­dit », in­quié­tant, une né­bu­leuse sur­chauf­fée et in­stable, de ses ca­pi­tales à la moindre piste de pous­sière. Bref : si l’on osait (un peu d’hu­mour), un uni­vers ou chaque dune ne cache dé­sor­mais plus une autre dune, mais un ter­ro­riste, un tra­fi­quant, un re­belle, un pre­neur d’otage. Ou un mi­grant. Les mé­dias, tout comme le Quai d’Or­say, font leur travail. Reste que : ce tour de pas­se­passe re­cou­vrant 10 mil­lions de ki­lo­mètres car­rés est, his­to­ri­que­ment et géo­gra­phi­que­ment, une pre­mière de­puis l’ère di­plo­ma­ti­quo­tou­ris­tique de la « Sé­cu­ri­té des voya­geurs ». Mau­ri­ta­nie, Sa­ha­ra oc­ci­den­tal, Ma­li, Ni­ger, Al­gé­rie, Li­bye, Sou­dan, Tchad, Sou­dan, Égypte : c’est, à su­per­fi­cie com­pa­rable, comme si l’Eu­rope ou les États-Unis étaient de­ve­nus « for­mel­le­ment­dé­con­seillés ». Un clic sur le site du Quai ? Alerte sé­cu­ri­té, no­tice Sa­hel, fé­vrier 2014 : « La­me­nace d’at­ten­ta­tet d’en­lè­ve­ment­vi­sant­desOc­ci­den­taux­de­meu­reé­le­vée­dans­la­zo­ne­sa­hé­lienne,mai­saus­si­dans­les­pays­li­mi­trophes.

Le Sa­ha­ra en zone rouge ? Cet hi­ver, quelques rares groupes de voya­geurs sa­ha­riens sont re­tour­nés, mal­gré le qua­si-blo­cage des vi­sas al­gé­riens et les avis du Quai d'Or­say, dans les en­vi­rons de Dja­net. Dans les dunes de la Ta­drart ? Plus per­sonne…

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.