Le bloc-notes

DE SYL­VAIN TES­SON

Grands Reportages - - Post-scriptum -

NI (KH­MERS) ROUGE, NI MORT

Les convul­sions arabes, au sud du ces der­nières an­nées, ont mas­qué que là-bas, dans l’Asie-ex­trême, gronde aus­si la ré­volte. Le Cam­bodge craque. Kam­pu­chéa s’ébroue, les Ap­sa­ras se font ama­zones. En sep­tembre der­nier, à la suite d’un scru­tin hon­teu­se­ment tru­qué, le com­mu­niste Hun Sen, vo­lait le pou­voir à l’op­po­si­tion li­bé­rale, in­car­née par la lu­mi­neuse fi­gure de Sam Rain­sy ap­puyé sur son Par­ti du sau­ve­tage na­tio­nal (on li­ra avec pro­fit la belle au­to­bio­gra­phie de cet hu­ma­niste ir­ra­diant d’un pa­ci­fisme ir­ri­gué par le boud­dhisme, Desra­cines

dans­la­pierre, Cal­mann Le­vy). De­puis, ins­pi­rés par les prin­temps arabes, sou­te­nus par leurs frères de la dia­spo­ra, les Cam­bod­giens ma­ni­festent dans la rue, usent des nou­velles tech­no­lo­gies pour faire gon­fler la fronde et ne lâchent pas les basques de leur pre­mier mi­nistre. Les Kh­mers, gal­va­ni­sés par Rain­sy ne veulent pas - 22 ans après les ac­cords de Pa­ris (qui pré­ten­daient ins­tau­rer une dé­mo­cra­tie plu­ra­liste au Cam­bodge) – voir re­naître les an­nées dé­mo­niaques. Hun Sen, lui, use des moyens dignes de l’an­cien of­fi­cier rouge qu’il fut et n’a ja­mais ces­sé d’être en son âme (à la­quelle il ne croit pas) et conscience (for­te­ment en­ta­chée). Au dé­but du mois de jan­vier, il fit don­ner la troupe sur des ma­ni­fes­tants pa­ci­fiques, des moines, des femmes. On re­le­va des morts. Hun Sen est de plus en plus iso­lé en son propre pays, mais bé­né­fi­cie du sou­tien des Viet­na­miens. Ain­si, Saï­gon, ma­ni­pu­lant sa ma­rion­nette, tente d’étendre sa sphère d’in­fluence sur le Cam­bodge. Certes, Hun Sen peut se tar­guer de sus­ci­ter l’ad­mi­ra­tion de JeanMarc Ay­rault, qui, dans une lettre d’oc­tobre 2013 fé­li­ci­tait de sa ré­élec­tion l’an­cien of­fi­cier de Pol Pot… C’est que la rai­son d’État a des rai­sons que la jus­tice ignore. On se sou­vien­dra de Mit­ter­rand bran­dis­sant, pas peu fier, la lettre que le si­nistre Guen­na­di Ia­naïev

Ma­reNos­trum,

MORTS AUX ÉCRANS

lui avait adres­sée après le putsch contre Gor­bat­chev (il y a comme ce­la des in­dul­gences, des bien­veillances, des af­fec­tions in­al­té­rables, une ten­dresse in­dé­fec­tible entre an­ciens lec­teurs de Lé­nine). Trans­cen­dant les ar­ran­ge­ments de pa­lais, les ci­toyens de France peuvent ex­pri­mer leur sou­tien au peuple cam­bod­gien en s’as­so­ciant aux ac­tions et ma­ni­fes­ta­tion des Cam­bod­giens de France1. Voi­là qu’à pré­sent, ils nous ex­pliquent qu’on n’y cou­pe­ra pas ! « In­ter­netn’est­pa­su­neop­tion »! Cette in­jonc­tion pro­vient d’une mul­ti­na­tio­nale du Net (Free) qui aboie ses slo­gans pu­bli­ci­taires comme des ordres de ka­po dans un camp de re­dres­se­ment. Non seule­ment In­ter­net doit res­ter une op­tion, mais il faut mi­li­ter pour le re­cul des écrans qui en­va­hissent le champ de nos exis­tences. Et lut­ter contre ce dis­cours marchand qui nous pro­met une so­cié­té et un monde meilleurs grâce aux nou­velles tech­no­lo­gies. Nous sommes en­core quelques Mo­hi­cans à pré­fé­rer le sens de l’orien­ta­tion au GPS, le sen­ti­ment de la na­ture à Google Earth, la mé­moire aux banques de don­nées, Eu­clide à la 3D, la tru­cu­lence aux dic­tion­naires en ligne, la pen­sée à l’ar­bo­res­cence, le sou­ve­nir aux mo­teurs de re­cherche, les oeuvres aux « conte­nus », l’in­tui­tion aux sites de conseils, Proust à Steve Jobs, les af­fi­ni­tés élec­tives au pro­gramme An­droid. Ils ou­blient un peu vite, ces hyp­no­ti­sés nu­mé­riques, ces gou­rous cy­ber­né­tiques, ces vir­tuoses du vir­tuel qu’en ma­tière de tech­no­lo­gie, il y a une chose sous nos che­veux qui s’appelle le cer­veau. Et que cette très an­cienne in­ven­tion est au­tre­ment plus mys­té­rieuse, puis­sante, pas­sion­nante, évo­lu­tive et pro­met­teuse que toute ap­pli­ca­tion nu­mé­rique cli­gno­tant tris­te­ment sur un écran li­vide.

CHOSES EN­TEN­DUES

Si­gna­ture dans une li­brai­rie. Une lec­trice m’aborde : -« Vou­su­ti­li­sez­des­mots­com­pli­qués­dans­vos livres,c’ests­nob,c’est­pom­peux. » Puis elle éter­nue. -« Ex­cu­sez-moi,je­sui­sen­chi­fre­née. »

MAU­VAISE FOI

Mé­dée est ori­gi­naire de la Col­chide géor­gienne. Ja­son dé­bar­qua avec ses ar­go­nautes dans les en­vi­rons de Ba­tou­mi, pas très loin du Cau­case où fut en­chaî­né Pro­mé­thée. La Cri­mée s’ap­pe­lait Cher­so­nèse aux temps de la Grèce an­tique où les ma­rins du Pi­rée, par­fai­te­ment fa­mi­liers de la mer Noire, avaient ins­tal­lé un comp­toir com­mer­cial. Et on cri­tique le pré­sident Vla­di­mir Vla­di­mi­ro­vitch Pou­tine d’avoir choi­si le pied du Cau­case pour ac­cueillir les Jeux Olym­piques et ra­ni­mer l’es­prit hel­lé­nis­tique sur les rives du Pont-Euxin ?

LE BER­CEAU RUSSE

Le Qué­bec est en feu. La Belle pro­vince veut faire sé­ces­sion. Le gou­ver­ne­ment d’Ot­ta­wa est for­cé de lâ­cher du lest de­vant l’am­pleur des émeutes. Vla­di­mir Pou­tine de­mande au per­son­nel de l’am­bas­sade de Rus­sie au Canada d’en­cou­ra­ger les ma­ni­fes­tants. Le Krem­lin sou­tient pu­bli­que­ment les as­so­cia­tions sé­pa­ra­tistes et fi­nance les agences in­dé­pen­dan­tistes. Mos­cou ex­horte le gou­ver­ne­ment ca­na­dien à écou­ter la voix des fron­deurs et à adou­cir le main­tien de l’ordre. On aper­çoit quelques membres de la re­pré­sen­ta­tion consu­laire russe sur les bar­ri­cades éri­gées dans le pays… Fic­tion ? Non, c’est, à front ren­ver­sé et avec les Amé­ri­cains dans le rôle des Russes ce qui se passe en Ukraine.

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