L’ES­SENCE DU ZEN

Grands Reportages - - Sommaire - TEXTE JÉ­RÔME SA­GLIO - PHO­TOS JEAN-BAP­TISTE RA­BOUAN

Loin d’être sy­no­nyme de « co­oli­tude », le zen est une as­cèse fon­dée sur une dure dis­ci­pline du corps et de l’es­prit. Is­sue du boud­dhisme in­dien et chi­nois, cette pra­tique mé­di­ta­tive a trou­vé au pays des sa­mou­raïs sa terre d’élec­tion. Plon­gée aux sources d’une sa­gesse orien­tale, dans des mo­nas­tères où s’en­seigne la voie de l’éveil.

Loin d’être sy­no­nyme de « co­oli­tude », le zen est une as­cèse fon­dée sur une dure dis­ci­pline du corps et de l’es­prit. Is­sue du boud­dhisme in­dien et chi­nois, cette pra­tique

mé­di­ta­tive a trou­vé au pays des sa­mou­raïs sa terre d’élec­tion. Plon­gée aux sources d’une sa­gesse orien­tale,

dans des mo­nas­tères où s’en­seigne la voie de l’éveil.

LA CÉ­RÉ­MO­NIE DU THÉ DEMEURRE UN RI­TUEL OÙ CHAQUE GESTE CÉ­LÈBRE L’HAR­MO­NIE, LA SÉ­RÉ­NI­TÉ, LA PU­RE­TÉ ET LA SIM­PLI­CI­TÉ

Hé­ri­tier d’un art trans­mis de père en fils de­puis plus de trois siècles, le cé­ra­miste Ohi To­shio fa­brique, dans son ate­lier de Ka­na­za­wa, des bols de style ra­ku, in­dis­so­ciables de la cé­ré­mo­nie du thé ( cha­noyu). Simple et rus­tique, avec ses cra­que­lures et ses im­per­fec­tions, la cé­ra­mique ra­ku illustre l’idéal de beau­té wa­bi-sa­bi (so­brié­té, dé­pouille­ment, frugalité, éphé­mère) ins­pi­ré par le zen. « Cha­zen

ichi­mi », le zen et le thé ont le même goût, dit un pro­verbe. Consi­dé­rée comme une autre forme de za­zen­pou­vant conduire à l’éveil, la cé­ré­mo­nie du thé in­vite à nous plon­ger dans un état d’apai­se­ment, à re­ve­nir à nous-mêmes, à notre si­lence in­té­rieur, loin de l’agi­ta­tion du monde et de son océan d’illu­sions. L’utilisation du thé vert ve­nu de Chine, qui ser­vait à l’ori­gine aux moines de sti­mu­lant pour la mé­di­ta­tion, don­na nais­sance, à par­tir du XVe siècle, à un ri­tuel d’hos­pi­ta­li­té où chaque geste cé­lèbre l’har­mo­nie, la sé­ré­ni­té, la pu­re­té et la sim­pli­ci­té.

À TRA­VERS UNE ES­THÉ­TIQUE SIM­PLI­FIÉE À L’EX­TRÊME, CES JAR­DINS MI­NÉ­RAUX SONT UNE MA­NIÈRE DE SUG­GÉ­RER LE VIDE

À l’heure des tâches mé­na­gères, un moine ra­tisse avec mi­nu­tie le sable du jar­din du temple Tai­zo-in, à Kyo­to. Un jar­din sec ( ka­re­san­sui) des­si­né par le peintre Mo­to­no­bu Ka­no (1476-1559). À l’in­verse des jar­dins oc­ci­den­taux, conçus pour la pro­me­nade et l’agré­ment, avec leurs par­terres co­lo­rés et vo­lon­tiers os­ten­ta­toires, les jar­dins zen ja­po­nais in­vitent au si­lence et à la mé­di­ta­tion. Ce sont des ta­bleaux abs­traits, aus­si mo­no­chromes et mi­ni­ma­listes que des cal­li­gra­phies, gé­né­ra­le­ment ca­drés par la forme rec­tan­gu­laire d’un cloître. On n’y pé­nètre pas phy­si­que­ment, mais on les par­court men­ta­le­ment, comme des fi­gures al­lé­go­riques qui nous in­citent à dé­pas­ser les ap­pa­rences pour per­ce­voir la na­ture in­vi­sible des choses. Les pay­sages y sont sym­bo­li­sés par les mon­tagnes (ro­chers) ; l’eau s’y in­carne dans les on­du­la­tions du sable ou du gra­vier. À tra­vers une es­thé­tique sim­pli­fiée à l’ex­trême, ces jar­dins mi­né­raux sont une ma­nière de sug­gé­rer le vide. Un vide qui n’est pas un néant, mais une forme po­si­tive d’im­per­ma­nence et d’in­fi­ni.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.