LA DANSE BHOU­TA­NAISE EST EXE­CU­TÉE POUR HO­NO­RER GU­RU RIN­POCHE ET ÉLOI­GNER DÉ­MONS ET MAL­HEUR

Grands Reportages - - Spécial Bouddhisme Bhoutan -

Bien qu’ils soient fiers de leur culture et de cette idée de dé­ve­lop­pe­ment du­rable à la bhou­ta­naise, même s’ils aiment leur roi, et en­core plus sa jeune et ma­gni­fique épouse Jet­sun Pema, les Bhou­ta­nais vo­te­raient sans doute pour un peu plus de li­ber­té – et sans doute pour celle de fu­mer, le ta­bac étant in­ter­dit. Quant au tou­risme, il est très contrô­lé : une taxe de 250 dol­lars par jour est exi­gée pour vi­si­ter le pays, qui re­couvre un for­fait in­cluant le gîte et les ser­vices d’un guide. Ce­la ins­crit de­fac­to le Bhou­tan sur le po­dium des pays coû­teux, si­non dif­fi­ciles à vi­si­ter. Voi­là pour­quoi il y a si peu de vi­si­teurs par an, en­vi­ron sept mille, et à peine quelques cen­taines se rendent jus­qu’ici, dans le Bum­thang, fort éloi­gné de la ca­pi­tale. Le Bum­thang est consi­dé­ré par les Bhou­ta­nais comme le coeur spi­ri­tuel du Bhou­tan. En­tou­rées de fo­rêts ma­jes­tueuses – le bois est une des ri­chesses du pays -, les ma­gni­fiques val­lées du Bum­thang, à 2 600 mètres d’al­ti­tude en moyenne, ont été bé­nies par les plus grands saints du boud­dhisme ti­bé­tain, y com­pris par la vi­site au VIIIe siècle de Gu­ru Rin­poche, alias Pad­ma­samb­ha­va. Pour les Ti­bé­tains comme pour les Bhou­ta­nais, Pad­ma­samb­ha­va est consi­dé­ré comme une ma­ni­fes­ta­tion du Boud­dha Sa­kya­mu­ni. Per­son­nage his­to­rique, Gu­ru Rin­poche est consi­dé­ré comme le maître par ex­cel­lence, ce­lui qui a trans­mis les pa­roles du Boud­dha par-de­là les mon­tagnes de l’Hi­ma­laya pour ap­por­ter les pré­cieux en­sei­gne­ments du tan­tra jus­qu’au coeur du Bhou­tan. Son ac­tion est louée, et lui-même re­mer­cié à tra­vers les fes­ti­vals re­li­gieux, au Bum­thang et ailleurs, témoignages vi­vants d’une so­cié­té bhou­ta­naise mar­quée par la foi. Chef-lieu du dis­trict de Bum­thang, Ja­kar a bien sûr son dzong, per­ché au mi­lieu des fo­rêts : une fière for­te­resse qui ras­semble dans de hauts murs le pou­voir tem­po­rel – l’ad­mi­nis­tra­tion et l’ar­mée - et le pou­voir in­tem­po­rel – les moines, temples y com­pris. Dzongs qu’on re­trouve per­chés dans tous les dis­tricts du pays. Édi­fié en 1667, Ja­kar dzong est ap­pe­lé « la for­te­resse de l’oi­seau blanc » car un oi­seau se se­rait po­sé sur la col­line au mo­ment où l’on cher­chait un em­pla­ce­ment pour le bâ­tir. Ja­kar Dzong sert aus­si de ré­si­dence d’été pour les moines du dzong de Tong­sa : un dé­tail qui nous in- té­resse, puisque ce sont ces moines de Tong­sa qui tra­di­tion­nel­le­ment or­ga­nisent le fes­ti­val de Jam­pa Lha­khang. Si­tué à dix mi­nutes en voi­ture de Ja­kar, le mo­nas­tère de Jam­pa n’a pas la taille im­po­sante des mo­nas­tères-for­te­resses qui ont éclos au XVIe et XVIIe. Mais il re­vêt une im­por­tance ca­pi­tale pour le boud­dhisme au Bhou­tan. En ef­fet, Jam­pa a été édi­fié au VIIe siècle, et il est à ce titre consi­dé­ré comme le plus an­cien du Bhou­tan. Comme le Jo­khang de Lhas­sa, le mo­nas­tère fait par­tie des 108 temples construits sur les ordres du roi ti­bé­tain Songt­sen Gam­po ; sa construc­tion marque l’ap­pa­ri­tion du boud­dhisme ti­bé­tain au Bhou­tan. En rai­son de la double im­por­tance his­to­rique et re­li­gieuse du lieu, le fes­ti­val de Jam­pa Lha­khang ac­com­plit deux mis­sions : l’une est sa consé­cra­tion, an­nuelle, ce qui n’existe pas ailleurs puisque la consé­cra­tion du temple a lieu en prin­cipe seule­ment après son édi­fi­ca­tion. L’autre est, bien sûr, est de rendre hom­mage à Gu­ru Rin­poche, le plus grand saint du boud­dhisme ti­bé­tain.

Dan­ser pour éloi­gner les dé­mons

Lors du fes­ti­val, ou tse­chu, les vil­la­geois des val­lées alen­tour – Chume, Choe­khor, Tang et Ura – mais aus­si ve­nant de ré­gions éloi­gnées se ras­semblent dans une joyeuse pa­gaille : c’est l’oc­ca­sion de por­ter ses plus beaux bi­joux et vê­te­ments – le gho est de ri­gueur, et les jeans qua­si­ment in­exis­tants. Mis à part les té­lé­phones por­tables qui sortent des gho, tout, des mai­sons aux vê­te­ments, est propre et or­don­né, mais pa­raît sor­tir d’un siècle long­temps pas­sé. Tout le monde est hé­ber­gé aux alen­tours, ou dort sous le vil­lage de tentes qui a pous­sé à cô­té du fes­ti­val : on y trouve des res­tau­rants où fume la soupe de nouilles que l’on ar­rose gé­né­reu­se­ment de chang, la bière ar­ti­sa­nale. Des échoppes pro­posent des ob­jets re­li­gieux, des bi­joux en tur­quoise ou des jouets en plas­tique pour les en­fants. Comme dans les autres Tse Chu du Bhou­tan et du monde boud­dhiste ti­bé­tain, les danses exé­cu­tées à cette oc­ca­sion ont pour but d’ho­no­rer Gu­ru Rin­poche, don­ner des bé­né­dic­tions aux spec­ta­teurs, et sur­tout leur en­sei­gner le Che­min, le dham­ma boud­dhiste afin de les pro­té­ger contre les dé­mons – et le mal­heur.

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