UNIQUE, LE BOUD­DHISME BIR­MAN EST TEIN­TÉ D’IN­FLUENCES ANI­MISTES, TAN­TRIQUES ET HIN­DOUISTES

Grands Reportages - - Spécial Bouddhisme Birmanie -

consi­dèrent que leur po­si­tion et leur nombre pourraient ra­di­ca­le­ment di­mi­nuer. « Le­boud­dhis­mea long­temp­sé­téun­re­fu­ge­de­vant­la­mi­sè­reetles tour­ments­po­li­tiques » consi­dère Che­try Win Tin, le di­rec­teur d’une agence de tou­risme lo­cal. « Avant les­chan­ge­ments­po­li­ti­ques­ré­cents,ilya­vait­très peud’op­por­tu­ni­té­dans­le­pays.Ilé­tait­dif­fi­ci­lede trou­ve­run­tra­vail,d’al­leràl’éco­leou­de­se­nour­rir et­beau­coup­de­ve­naient­moi­neou­nonne.Mai­sa­vec la­li­bé­ra­li­sa­tion­du­ré­gime,plu­tôt­que­de­moines, notre pays abe­soin de mé­de­cins ou de pro­fes­seurs d’uni­ver­si­té.Le­vi­sa­ge­du­boud­dhis­me­va­chan­ger au­cours­des­pro­chai­ne­san­nées. » Si l’on ne peut être que frap­pé par la fer­veur se­reine qui règne en Birmanie, de nom­breux évé­ne­ments ré­cents ont écor­né la belle image. Der­rière le cli­ché d’un boud­dhisme non-violent et to­lé­rant, la Birmanie offre un exemple frap­pant de l’ex­tré­misme re­li­gieux des adeptes du Boud­dha face aux com­mu­nau­tés mu­sul­manes. En oc­tobre 2012, plu­sieurs ma­ni­fes­ta­tions ras­sem­blant des mil­liers de moines ont en ef­fet im­po­sé au gou­ver­ne­ment de re­fu­ser le pro­jet d’ins­tal­la­tion à Yan­gon d’un bu­reau re­pré­sen­ta­tif de l’or­ga­ni­sa­tion mon­diale des pays mu­sul­mans (OCI). Iro­ni­que­ment sur­nom­mé le Ben La­den boud­dhiste, U Wi­ra­thu, un moine de 46 ans, vi­vant à Man­da­lay est même de­ve­nu une vé­ri­table fi­gure mé­dia­tique avec ses prêches in­ci­tant à la vio­lence. « Les­mu­sul­mans­se­re­pro­dui­sent­si­vite, ils­vo­lent­nos­fem­me­set­les­violent(…) Ils ai­me­raient oc­cu­per notre pays­mais je ne les lais­se­rai­pas­faire » a-t-il dé­cla­ré au Times qui lui a consa­cré sa cou­ver­ture en juillet 2013 avec le titre : « Le­vi­sa­ge­du­ter­ro­ris­me­boud­dhiste ». À l’ouest du pays en par­tie fer­mé aux voya­geurs, la mi­no­ri­té mu­sul­mane des Ro­hin­gyas est en ef­fet au centre de ter­ribles per­sé­cu­tions : le gou­ver­ne­ment mi­li­taire leur a re­ti­ré la ci­toyen­ne­té bir­mane fai­sant d’eux une com­mu­nau­té apa­tride, plus de 3 000 vil­lages ont été dé­truits ces dix der­nières an­nées et les vio­lences se sont mul­ti­pliées en fai­sant plus de 200 morts en 2012. Mé­de­cins sans fron­tières a même été contraint de ces­ser ses ac­ti­vi­tés dans l’État Ra­khine en mars 2014. Le gou­ver­ne­ment a ef­fet ac­cu­sé l’ONG de ca­cher des « Ben­ga­lis », le sur­nom don­né aux Ro­hin­gyas dont l’ori­gine est su­jette à po­lé­mique, cer­tains les consi­dé­rant comme ori­gi­naires du sud-ouest de la Birmanie, d’autres comme im­mi­grés du Ban­gla­desh. Du­rant plu­sieurs mois qua­li­fiés par Hu­man Rights Watch de « cam­pagne de net­toyage eth­nique », le si­lence d’Aung San Suu Kyi, la fa­meuse op­po­sante au ré­gime et prix No­bel de la Paix, lui a va­lu de nom­breuses cri­tiques. Si ces troubles n’ont au­cune in­ci­dence di­recte sur les voya­geurs ve­nus ad­mi­rer la beau­té des pa­godes, ils in­citent ce­pen­dant à s’in­ter­ro­ger. En Birmanie, Boud­dha fer­me­rait-il les yeux sur l’un de ses grands prin­cipes ? Avec ses 50 mètres de cô­té, la pa­gode Than­bod­dhay consti­tue un labyrinthe ryth­mé par les sta­tues co­los­sales du Boud­dha ins­tal­lées à l’angle de chaque pi­lier.

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