CA­PI­TALE AN­TI­STRESS

Cham­pionne du bien-être, la ca­pi­tale da­noise charme par son am­biance dé­con­trac­tée, avec ses parcs, ca­naux, rues pié­tonnes et pistes cy­clables au bord de l’eau. Siège de la plus vieille mo­nar­chie d’Eu­rope, la belle Scan­di­nave s’af­firme aus­si très mo­derne,

Grands Reportages - - Sommaire - TEXTE JÉ­RÔME SA­GLIO

Cham­pionne du bien-être, la ca­pi­tale da­noise charme par son am­biance dé­con­trac­tée, avec ses parcs, ca­naux, rues pié­tonnes et pistes cy­clables au bord de l’eau. Siège de la plus vieille mo­nar­chie d’Eu­rope, la belle scan­di­nave s’af­firme aus­si très mo­derne, ul­tra­de­si­gn et bran­chée.

LES MAI­SONS À PI­GNONS ET LES FLÈCHES DE CUIVRE DES ÉGLISES CÔ­TOIENT DES ÉDI­FICES FU­TU­RISTES

Co­pen­hague, un pa­ra­dis sur terre ? Af­fir­ma­tif, si l’on en croit le der­nier « Rap­port sur le bon­heur dans le monde » pu­blié par les Na­tions unies en 2013. Se­lon les conclu­sions de l’étude, les Danois sont les plus heu­reux du monde. Ces ra­vis des­cen­dants de Vi­kings ont l’au­baine de vivre dans une so­cié­té pros­père, à la fois éga­li­taire et so­li­daire, ou­verte et dis­ci­pli­née, brillant par l’ab­sence de cor­rup­tion, peu de chô­mage et de pau­vre­té. Sa­crés vei­nards, ils jouissent en outre d’un mo­dèle so­cial très gé­né­reux et d’un fort sen­ti­ment de li­ber­té. Co­rol­laire : Co­pen­hague, la ca­pi­tale, nage dans un bon­heur presque par­fait. En dé­pit de l’ab­sence de co­co­tiers et de sable fin, d’une mé­téo hi­ver­nale plu­tôt mo­rose, les Co­pen­ha­gois s’af­firment en écra­sante ma­jo­ri­té lyk­ke­lig, « heu­reux » en danois. De tem­pé­ra­ments dis­crets, confiants et po­si­tifs, ils se sentent à la fois libres et pro­té­gés. De­puis l’an der­nier, la ville compte même

un Ins­ti­tut de re­cherche sur le bon­heur (Ins­ti­tut for Lyk­ke­forsk­ning), cercle de ré­flexion char­gé d’amé­lio­rer les po­li­tiques pu­bliques en la ma­tière. Le bon­heur étant une chose in­time et dif­fi­cile à quan­ti­fier, il se­rait sans doute plus sage de par­ler de bien-être, so­cial et ma­té­riel. Reste que, dès les pre­miers abords, la ca­pi­tale da­noise sur­prend par sa tran­quilli­té, sa bien­veillance et sa dou­ceur de vivre. Ici, les cli­chés ont la vie fa­cile : l’ac­cueil po­li pro­di­gué par de beaux(belles) blond(e)s aux yeux bleus et joues bien roses res­pi­rant la san­té ; la pro­pre­té et la sé­cu­ri­té, la qua­li­té de l’en­vi­ron­ne­ment, font qu’on s’y sent bien tout de suite. Lieux pu­blics, parcs, ca­fés, mé­tro : tout est beau et pai­sible dans cette ca­pi­tale du ra­vis­se­ment ur­bain, si soi­gnée qu’on la croi­rait sor­tie d’un conte de fées d’An­der­sen ! Il suf­fit d’ar­pen­ter Strø­get, la grande ar­tère com­mer­çante du centre-ville, et les autres rues pié­tonnes alen­tour, ani­mées de ter­rasses de ca­fé, de chan­teurs de rue et de jo­lies bou­tiques de créa­teurs in­dé­pen­dants. Ici et là, on dé­couvre des pe­tites places pa­vées bor­dées d’élé­gantes de­meures aux fa­çades co­lo­rées et d’églises aux flèches vert-de-gris, dont les clo­chers ca­rillonnent d’un son mé­lo­dieux. Le cla­po­tis de l’eau dis­tille une am­biance fraîche et lé­gère au bord des nom­breux ca­naux, tels ceux de Gam­mel Strand où se te­nait ja­dis le mar­ché aux pois­sons, ou ceux du vieux port de Ny­havn, point de dé­part de tours en ba­teau à la dé­cou­verte de cette an­cienne ville de ma­rins. Com­pacte, fa­cile à ex­plo­rer, Co­pen­hague in­carne un art de vivre ty­pi­que­ment danois qu’on nomme le hygge (pro­non­cez « hu­gueu »). Un mot qu’on pour­rait tra­duire par « douillet, in­time,cha­leu­reux ». Con­crè­te­ment, c’est le plai­sir de se re­trou­ver en­semble, en fa­mille ou entre amis, dans le confort de

LE DA­NE­MARK VOUE UN VÉ­RI­TABLE CULTE AU DE­SI­GN. IL SE DÉ­CLINE AUX QUATRE COINS DE LA VILLE AVEC AU­DACE ET ÉLÉ­GANCE

la mai­son, pour un dî­ner aux chan­delles, ou pour trin­quer au­tour d'un poêle, dans une am­biance moel­leuse, convi­viale et feu­trée. Leur goût pro­non­cé pour le co­coo­ning fait que, en pra­tique, les Danois dé­pensent des for­tunes en mo­bi­lier, vais­selle, plaids et je­tés en peau de mou­ton, vases à fleurs et bou­gies de­si­gn pour dé­co­rer leurs de­meures, où ils se cal­feutrent vo­lon­tiers. Pour com­prendre ce ca­rac­tère ca­sa­nier, le vi­si­teur au­ra in­té­rêt s’ins­crire à une soirée Dine with the Danes (www.di­ne­wi­th­the­danes.dk) qui, pour un prix rai­son­nable, pro­pose de par­ta­ger un re­pas plus ou moins tra­di­tion­nel au sein d’un foyer danois. L’op­ti­misme des Danois, nul ne le per­son­ni­fie mieux que leur sou­ve­raine Mar­grethe II. Son re­gard bleu clair, dé­ter­mi­né et pé­tillant, re­flète l'en­train de cette reine sou­riante, na­tu­relle, to­lé­rante et li­bé­rale. Née le 16 avril 1940 à Co­pen­hague, elle fut la pre­mière femme à mon­ter sur le trône danois, en 1972. Culti­vée, po­ly­glotte, ar­tiste de ta­lent (elle a illus­tré de nom­breux ou­vrages et tra­duit Si­mone de Beauvoir en danois), fu­meuse in­vé­té­rée, adepte des te­nues criardes et cha­peaux ex­cen­triques, cette mo­narque aty­pique jouit d’une forte po­pu­la­ri­té au­près de son peuple, qui la sur­nomme « Dai­sy ». « El­lea­su­mo­der­ni­se­ru­ne­mo­nar­chie­vieillis­san­te­pourl'adap­te­rauxé­vo­lu­tions de­la­so­cié­té », ex­plique l’his­to­rien Lars Hov­bakke Soe­ren­sen, de l’uni­ver­si­té de Co­pen­hague. La mo­nar­chie da­noise est d’ailleurs la plus an­cienne d’Eu­rope. Son em­preinte est par­tout vi­sible. À Ro­sen­borg d’abord, splen­dide pa­lais Re­nais­sance qui garde une belle col­lec­tion de mo­bi­lier et les joyaux de la cou­ronne. Son parc en­chan­teur est ap­pré­cié pour les bains de so­leil, les pique-niques et pro­me­nades en fa­mille. Au châ­teau d’Ama­lien­borg en­suite,

ré­si­dence d’hi­ver de la fa­mille royale de­puis 1794, dont l’un des quatre pa­lais ro­co­co abrite un musée. Au châ­teau de Ch­ris­tians­borg en­fin, l’an­cienne ré­si­dence royale sur l’île de Slot­shol­men, au centre de la ca­pi­tale, au­jourd’hui siège du Par­le­ment, où l’on vi­site les salles d’ap­pa­rat ri­che­ment dé­co­rées. Mais il est une autre reine, pe­tite, qui tient beau­coup au coeur des Danois : la bi­cy­clette. À Co­pen­hague, qu’il pleuve ou neige, tout le monde pé­dale. C’est le mode de trans­port fa­vo­ri et presque obli­ga­toire, y com­pris pour les tou­ristes qui ont à leur dis­po­si­tion des vé­los pu­blics gra­tuits. Les cy­clistes semblent s’être ap­pro­priés cette ville à taille hu­maine, équi­pée de plus de 400km de pistes cy­clables. Co­pen­hague s’est même do­tée d’au­to­routes cy­clistes où l’on peut pé­da­ler sur des ki­lo­mètres sans ren­con­trer le moindre feu rouge. Pra­tique pour les nom­breux « com­mu­teurs » qui, chaque jour, en­fourchent leur mon­ture pour accomplir le tra­jet entre leur mai­son de ban­lieue et leur travail en centre-ville. Plus de 55 % des ha­bi­tants de Co­pen­hague roulent à vé­lo et par­courent au to­tal 1,2 mil­lion de ki­lo­mètres par jour. 63% des dé­pu­tés vont au Par­le­ment à vé­lo. Les mi­nistres, la fa­mille princière sont même de la par­tie. La culture da­noise du vé­lo est in­croyable. Du cour­sier sac au dos, de la mère de fa­mille qui amène à l’école ses tri­plés ins­tal­lés dans un confor­table tri­por­teur, au ma­na­ger en cos­tume sor­tant d’une réu­nion d’af­faires, por­table vissé à l’oreille, en passant par les jeunes femmes chaus­sées de ta­lons hauts se ren­dant à une soirée, par­tout dans les rues on as­siste à un dé­fi­lé de longues cuisses scan­di­naves en mou­ve­ment et de blonds che­veux dans le vent. Ré­sul­tat : pas d’em­bou­teillage ni de pol­lu­tion, pas de bruit ni de stress ur­bain. Avec ses parcs ver­doyants et ses vé­los, ses bains de mer lim­pides en ville (à Is­land Brygge) et ses concerts en plein air,

CO­PEN­HAGUE CULTIVE LA GREEN AT­TI­TUDE. ELLE AM­BI­TIONNE DE DE­VE­NIR LA PRE­MIÈRE VILLE NEUTRE EN CAR­BONE AVANT 2025

ses res­tau­rants de cui­sine à « fi­lière courte » et ses hô­tels éco­lo­giques, Co­pen­hague cultive une green at­ti­tude du­rable et res­pon­sable. Élue en 2014 « Ca­pi­tale verte d’Eu­rope » par Bruxelles, la ville s’est fixée pour ob­jec­tif de de­ve­nir, d’ici à 2025, la pre­mière ca­pi­tale neutre en car­bone du monde. Bref, il faut se mettre en selle et pé­da­ler avec les Danois pour sa­vou­rer les charmes de cette saine cité. On pro­fi­te­ra de la flâ­ne­rie pour dé­cou­vrir ses nom­breux joyaux d’architecture : la Tour ronde du quar­tier la­tin, la ca­thé­drale, l’église ba­roque de Notre-Sau­veur et sa flèche en spi­rale noire et or… Des bâ­ti­ments an­ciens au­jourd’hui ac­cou­plés à des édi­fices contem­po­rains au­da­cieux si­gnés par des grands noms du de­si­gn, à com­men­cer par le Ra­dis­son Blu Royal Ho­tel, en­tiè­re­ment conçu en 1960 par Arne Ja­cob­sen, de la façade aux poi­gnées de portes. Son in­té­rieur ré­vèle une fas­ci­nante dé­co vin­tage : marbre noir et blanc, comp­toirs cy­lin­driques en mé­tal, chaises OEuf et fau­teuils Cygne. In­con­tour­nable aus­si, l’ex­ten­sion de la bi­blio­thèque na­tio­nale ap­pe­lée le Dia­mant noir, splen­dide cube en gra­nit noir aux lignes bi­seau­tées. Sur la rive op­po­sée, l'Opé­ra de Hen­ning Lar­sen, inau­gu­ré en 2005, sym­bo­lise l’es­prit no­va­teur qui anime la ville. Face à lui, un ma­jes­tueux édi­fice de verre, le Royal Da­nish Play­house (théâtre d’art dra­ma­tique) a ou­vert ses portes en 2008, ve­nant ain­si com­plé­ter la pers­pec­tive du front de mer. Mal­gré ses di­men­sions mo­destes, Co­pen­hague est donc une ville dy­na­mique. Par­tout, le cli­mat créa­tif est pal­pable. Pas be­soin d’al­ler dans l’un des 150 mu­sées et ga­le­ries de la ville pour s’en rendre compte. Ce sont les fes­ti­vals in­ter­dis­ci­pli­naires qui émergent, les concerts noc­turnes spon­ta­nés, les res­tau­rants, bars et lieux d’ex­po­si­tion éphé­mères qui éclosent à tour de bras. De quoi vous rendre, comme les Danois, as­su­ré­ment heu­reux.

Gam­la Stan, la vieille ville de Stock­holm, Suède.

© Jean-Bap­tiste Ra­bouan

- PHO­TOS JEAN-BAP­TISTE RA­BOUAN

En­va­hie de ba­dauds, la place Ama­ger­torv, siège d’un an­cien

mar­ché, forme le prin­ci­pal car­re­four de l'ar­tère pié­tonne de Strø­get. Elle est bor­dée de splen­dides fa­çades en

briques qui abritent des grandes en­seignes du luxe danois, dont la ma­nu­fac­ture

royale de por­ce­laine et l'ar­gen­tier Georg Jen­sen.

Éri­gée le 23 août 1913, la pe­tite si­rène sculp­tée par Ed­vard Erik­sen n’a pas tou­jours la vie fa­cile,

du haut de son ro­cher.

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