MI­RACLES DE PIERRE

Pros­pères, les ci­vi­li­sa­tions qui ont fleu­ri sur les rives du Mé­kong ont lé­gué à l’Asie du Sud-Est un patrimoine re­li­gieux ex­cep­tion­nel, fleu­ron de l’architecture boud­dhiste.

Grands Reportages - - Sommaire - TEXTE ET PHO­TOS MARC DO­ZIER

Pros­pères, les ci­vi­li­sa­tions qui ont fleu­ri sur les rives du Mé­kong ont lé­gué à l’Asie du Sud-Est un patrimoine re­li­gieux ex­cep­tion­nel, fleu­ron de l’architecture boud­dhiste.

LA BEAU­TÉ DU PLUS ÉLÉ­GANT WAT DE LUANG PRA­BANG L’AU­RAIT SAU­VÉ DES PILLARDS CHI­NOIS À LA FIN DU XIXE SIÈCLE

Consi­dé­ré comme l’un des plus grands et des plus dé­li­cats de Luang Pra­bang au Laos, le temple Wat Mai Su­wan­na­phu­ma­ham (ou Wat Mai Sou­vanh­nap hou­ma­ran) a été bâ­ti à la fin du XVIIIe siècle dans le style ca­rac­té­ris­tique de Luang Pra­bang avec son toit à cinq ni­veaux et ses porches à co­lon­nade sur les cô­tés. Ample et ma­jes­tueuse, la nef est or­née de mo­tifs do­rés peints au po­choir sur les po­teaux, les poutres et les murs. Une longue vé­ran­da qui s’étend sur toute la lar­geur de la nef pro­tège un bas-re­lief re­pré­sen­tant des scènes du Ra­maya­na, la fa­meuse épo­pée hin­douiste et le Ves­san­ta­ra Ja­ka­ta, l’un des ré­cits les plus po­pu­laires du boud­dhisme the­ra­vâ­da. Joux­tant le musée na­tio­nal du Pa­lais et don­nant sur la rue po­pu­laire du mar­ché de nuit de Si­sa­vang­vong, le temple tient une place cen­trale à l’échelle de la cité. Bâ­ti­ment his­to­rique et re­li­gieux de pre­mier ordre, le Wai Mai a en ef­fet été le temple de la fa­mille royale ain­si que la ré­si­dence des Pra Sang­kha­rat, le plus haut di­gni­taire du boud­dhisme lao­tien.

COU­VERT DE LOURDES RA­CINES, LE TA PROHM NE SEMBLE TE­NIR DE­BOUT QUE POUR DÉ­FIER LE TEMPS QUI PASSE

Clas­sé au Patrimoine Mon­dial de l’Hu­ma­ni­té par l’Unesco en 1992, le Ta Prohm consti­tue l’un des temples les plus sai­sis­sants du site d’Ang­kor au Cam­bodge. Bâ­ti se­lon le style du Bayon à la fin du XIIe­siècle, le Ta Prohm a été lais­sé dans un état proche de ce­lui de sa re­dé­cou­verte au dé­but du XXe­siècle. Les ar­chéo­logues de l’École fran­çaise d’Ex­trême-Orient ont en ef­fet dé­ci­dé de ne pas dé­fri­cher la jungle con­trai­re­ment aux autres mo­nu­ments du com­plexe. On consi­dère que c’est l’ar­chi­tecte Mau­rice Glaize, conser­va­teur d’Ang­kor entre 1936 et 1946, qui dé­ci­da que le temple res­te­rait « une conces­sion au­goût­gé­né­ral pour­le­pit­to re­sque ». Mal­gré son al­lure né­gli­gée, de nom­breux tra­vaux ont été né­ces­saires afin de sta­bi­li­ser les ruines et main­te­nir « ce­té­tat­de­né­gli gen­ceap­pa­rente ». Bien qu’il ne consti­tue qu’un temple se­con­daire, le Ta Prohm avec ces ra­cines de fro­ma­gers et de ba­nyans gi­gan­tesques qui s’im­miscent entre les blocs consti­tue ain­si l’un des sym­boles d’Ang­kor et de tout le Cam­bodge.

SEUL BOUD­DHA SAIT COM­BIEN LES PAYS DU MÉ­KONG COMPTE DE PA­GODES, DE MO­NAS­TÈRES ET DE TEMPLES

Édi­fiée par le Roi No­ro­dom entre 1892 à 1902, la Pa­gode d’ar­gent consti­tue le fleu­ron du Pa­lais Royal à Phnom Penh au Cam­bodge. Si­tué au sud du com­plexe, ce Wat, ce temple boud­dhiste, doit son nom à une par­ti­cu­la­ri­té ar­chi­tec­tu­rale unique : le sol est re­cou­vert de plus de cinq mille dalles d’ar­gent pe­sant un ki­lo cha­cune soit plus de cinq tonnes de mé­tal au to­tal. Au­jourd’hui, la qua­si-to­ta­li­té du par­terre est ce­pen­dant pro­té­gée par un épais ta­pis afin d’évi­ter qu’il ne soit en­dom­ma­gé par le ba­lai des vi­si­teurs. Abri­tant les cendres royales ain­si que de nom­breuses pièces du tré­sor na­tio­nal, le sanc­tuaire porte éga­le­ment le nom de « temple du Boud­dha d’éme­raude », Wat Preah Keo en khmer, car il pré­serve le sym­bole sa­cré du pays, le Boud­dha d’éme­raude – bien que taillé en cris­tal de Bac­ca­rat - qui date du XVIIe­siècle. Consi­dé­ré comme l’un des plus beaux de Phnom Penh, ce wat tient une place d’au­tant plus im­por­tante pour le pays qu’il est le temple of­fi­ciel du Roi du Cam­bodge.

MAL­GRÉ LES RA­VAGES DES KH­MERS ROUGES, L’ART DES PEIN­TURES MU­RALES PERDURE AU CAM­BODGE DE­PUIS LE XIVE SIÈCLE

À Bat­tam­bang au Cam­bodge, les no­vices prennent leur re­pas dans la pa­gode de Sla­ket, l’une des plus an­ciennes de la ville où ré­side le pa­triarche boud­dhiste de la cité. Re­mon­tant au XIVe­siècle, la tra­di­tion de la pein­ture mu­rale dans les temples kh­mers est de­puis cette pé­riode tou­jours aus­si vi­vante. Au­tre­fois, les bas-re­liefs ca­rac­té­ris­tiques de l’hin­douisme ont été aban­don­nés au pro­fit des pein­tures mu­rales di­dac­tiques et co­lo­rées. La plu­part des oeuvres re­pré­sentent Boud­dha, gé­né­ra­le­ment avant son en­trée au Nir­va­na, mais éga­le­ment des épi­sodes du Ream­ker, la ver­sion khmère du Ra­maya­na, ain­si que des scènes où ap­pa­raissent des sym­boles ani­mistes. Après avoir été vic­time de la des­truc­tion mas­sive des Kh­mers rouges entre 1975 et 1979, les plus an­ciennes pein­tures mu­rales du pays sont à pré­sent me­na­cées par les affres du temps, les ré­no­va­tions hâ­tives et la né­gli­gence des moines qui, sans avoir conscience de la va­leur de ce patrimoine ex­cep­tion­nel, couvrent les pein­tures historiques par des pein­tures mo­dernes.

Sym­bo­lique, la dis­po­si­tion spatiale d’Ang­kor Wat au Cam­bodge consti­tue une ré­plique de l’or­ga­ni­sa­tion de l’uni­vers se­lon la cos­mo­go­nie khmère. La tour cen­trale re­pré­sente le Mont Meru, la mon­tagne my­thique de la my­tho­lo­gie hin­doue, qui se re­flète dans le mi­roir des océans.

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