RÉVO. CUL. DANS L'EU­ROPE POP.*

Grands Reportages - - Édito -

La réa­li­sa­tion de ce nu­mé­ro spé­cial consa­cré à l'Eu­rope est di­rec­te­ment re­liée à l'ac­tua­li­té puisque nous éli­sions, le 25 mai der­nier, nos dé­pu­tés au par­le­ment eu­ro­péen. À l'heure où j'écris ces lignes, j'ignore les ré­sul­tats. L'abs­ten­tion at­tein­dra-t-elle des taux re­cords et les po­pu­listes ga­gne­ront-ils haut la main, comme le sug­gèrent les der­niers son­dages ? On ver­ra… Au-de­là du ré­sul­tat de cette élec­tion, qui té­moi­gne­ra des in­fluences res­pec­tives entre eu­ros­cep­tiques et fé­dé­ra­listes con­vain­cus, les deux trans­cen­dant d'ailleurs les fron­tières tra­di­tion­nelles entre « conser­va­teurs » et « pro­gres­sistes » puisque la ques­tion di­vise, l'image de l'Eu­rope, à tra­vers cette cam­pagne, se­ra de­meu­rée floue et pa­ra­doxale. Du vieux conti­nent, on dit le plus grand bien en même temps qu'on l'ac­cuse de tous nos maux ; il at­tire au

tant qu'il re­pousse. Dans un ar­ticle de Grand sRe­por­tages( 1), Thier­ry Cho­pin, di­rec­teur des études de la Fon­da­tion Ro­bert Schu­man (l'un des pères de l'Union), s'in­ter­ro­geait sur les ca­rac­té­ris­tiques de l'iden­ti­té eu­ro­péenne : s'ap­puyaient-elles sur des consi­dé­ra­tions d'ordre his­to­rique, géo­gra­phique ou cultu­rel ? Compte te­nu du poids de l'hé­ri­tage (une suc­ces­sion de guerres ra­va­geuses et meur­trières) et de la dif­fi­cul­té à en des­si­ner des fron­tières na­tu­relles co­hé­rentes, l'Eu­rope se fonde,

d'abord, et de­puis des siècles, sur son iden­ti­té cultu­relle. « De­puisle XV esiècle,s es grands mou­ve­ments ar­tis­tiques ont tous lar­ge­ment trans­cen­dé les fron­tières. La Re­nais­sance es­tau­tant ita­lienne que fran­çaise.Le mou­ve­ment ba­roque des si­neun­crois­sant qui com­men ceà Ro­me­pour

se pro­lon­ger jus­qu' à Prague,en pas­sant­par Vienne » rap­pe­lait, fort à pro­pos, Thier­ry Cho­pin. Dès lors, la construc­tion po­li­tique de l'Union, et no­tam­ment à tra­vers la pos­si­bi­li­té qui nous est do­ré­na­vant don­née de voya­ger li­bre­ment et sans fron­tières (les ac­cords de Schen­gen), prend tous son sens. Par­ta­ger la culture de nos voi­sins, en ap­pré­cier les dif­fé­rences et les points com­muns, c'est ren­for­cer iné­luc­ta­ble­ment nos liens et construire, ain­si, cette iden­ti­té eu­ro­péenne. Dans ce nu­mé­ro de Grands Re­por­tages, nous avons donc voya­gé en ou­vrant des pe­tites portes (pe­tites, eu égard à l'im­por­tance co­los­sale du patrimoine eu­ro­péen !) dans ce vaste conti­nent : dé­cou­vrir les châ­teaux de la Ré­pu­blique Tchèque (qui res­semblent si peu à « nos » châ­teaux du Val de Loire, c'est tout l'in­té­rêt…), par­cou­rir les lacs suisses en vé­lo (les Hel­vètes ont quelques lon­gueurs d'avance sur les modes de voyage « doux »), tra­ver­ser la Suède pour re­mar­quer ses as­pects les plus tra­di­tion­nelles (la fête de la Saint-Jean) ou les plus avant-gar­distes (Umeå, ca­pi­tale cultu­relle de l'Eu­rope en 2014, pré­ci­sé­ment) avant de fi­nir notre échap­pée à Co­pen­hague, ca­pi­tale du Da­ne­mark. En 2013, le rap­port an­nuel des Na­tions Unies sur le bon­heur a pla­cé, une nou­velle fois, le pays scan­di­nave en tête de son hit-pa­rade. On peut res­ter du­bi­ta­tif sur cette étude et l'ob­jet même de son su­jet( 2), ne se­rait-ce que par la dif­fi­cul­té de dé­fi­nir le terme de bon­heur( 3). N'em­pêche. En­voyé sur place, Jé­rôme Sa­glio, notre re­por­ter, té­moigne que la bien­veillance et la dou­ceur de vivre des Danois s'im­posent d'em­blée. Et que, pour un peu, il au­rait vo­lon­tiers pro­lon­gé son voyage…

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