L’ul­time bas­tion du Peace & Love

Grands Reportages - - Spécial Europe Danemark -

C’est un vil­lage hip­pie plan­té au bord des ca­naux, à 10 mi­nutes à pied du centre-ville. De mul­tiples en­trées et pas de grilles : à Christiania, on entre dans une « cité libre ». Un nuage eu­pho­ri­sant flotte dans l’air, qui sent la bière et le ha­schich. Le plus grand squat d’Eu­rope est né en 1971, lors­qu’un groupe de babas uto­pistes et de mar­gi­naux anar­chistes prit pos­ses­sion d’une base mi­li­taire désaf­fec­tée sur l’île de Ch­ris­tian­shavn. Ils his­sèrent leur dra­peau li­ber­taire pour faire de cette en­clave une so­cié­té al­ter­na­tive ba­sée sur le consen­sus, la to­lé­rance, l’éco­lo­gie, le yo­ga, le re­jet de la pro­prié­té pri­vée et des voi­tures. Au­jourd’hui, la com­mu­nau­té au­to­gé­rée de Ch­ris­ti­nia, éten­due sur 35 hec­tares, abrite 900 ha­bi­tants, dont 200 en­fants. Plus d’un mil­lion de vi­si­teurs y flânent chaque an­née, ce qui en fait la deuxième at­trac­tion de Co­pen­hague. « Les tou­ristes viennent cher­cher des sen­sa­tions, ob­ser­ver des gens bi­zarres. Ce­la fait un peu zoo hu­main, mais tant pis, au moins on peut leur mon­trer qu’il existe un autre mode de vie pos­sible », es­time Ni­na, une Ch­ris­tia­nite bé­né­vole qui mène l’une des vi­sites gui­dées. De prime abord, cette ci­ta­delle beat­nik a quelque chose d’un peu glauque. C’est Pu­sher Street, la rue des dea­lers aux étals gar­nis de ha­schisch et de can­na­bis. Ras­tas dé­chi­rés, jun­kies hir­sutes et clo­chards peu cé­lestes y ti­tubent sous l’oeil pa­ti­bu­laire des Hells An­gels qui contrôlent le tra­fic. « Pu­sher Street est un mal né­ces­saire pour éloi­gner les drogues dures, in­ter­dites ici. Il n’y a pas de pa­ra­dis sans crottes dans les coins », ar­gu­mente Ni­na. Mais pas­sé Pu­sher Street, Christiania res­semble plu­tôt à un re­paire bu­co­lique dé­bor­dant de fan­tai­sie. Un ca­phar­naüm rus­tique, ba­rio­lé de fresques psy­ché­dé­liques. Au fil des sen­tiers ver­doyants sur­gissent de drôles de bi­coques faites de bric et de broc, des ga­le­ries, salles de spec­tacles, ate­liers coopératifs (dont une cé­lèbre fa­brique de tri­por­teurs), bars, res­tau­rants, com­merces, et même et un jar­din d’en­fants. De­puis plus de 40 ans, Christiania ré­siste avec achar­ne­ment aux ten­ta­tives de nor­ma­li­sa­tion. Dé­jouant tous les pro­nos­tics, la com­mu­nau­té a fi­na­le­ment ob­te­nu en 2011 l’ac­cord de l’État pour res­ter, en lui ra­che­tant pro­gres­si­ve­ment les ter­rains oc­cu­pés.

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