LA FOR­TE­RESSE DES TAF­FO­NI

LE CASTELLU D’ORNUCCIU PAR LE CHE­MIN DE LA VACCA ET LA VIRE MÉ­DIANE

Grands Reportages - - La Corse En Marchant - http://ours­jean­ca­po­ros­si. per­so.neuf.fr/Chro­nique/ Sei­zieme.html

Les chro­niques in­su­laires, qu’elles soient l’oeuvre du vé­né­rable mon­sei­gneur Agos­ti­no Gius­ti­nia­ni, au XVIe siècle, ou la prose contem­po­raine, non moins dé­lec­table, de Paul Sil­va­ni, men­tionnent l’exis­tence an­ces­trale, au­tour de Bavella, non pas d’un seul châ­teau, mais de plu­sieurs en­sembles dé­fen­sifs, qui com­man­daient, il y a plus de cinq siècles, la tra­ver­sée du col. Il y en au­rait eu exac­te­ment neuf, à l’époque où sé­vis­saient ma­la­ria et fièvres, raz­zia bar­ba­resques et turques, ven­det­tas in­ter­mi­nables entre clans, que­relles entre fiefs et in­sou­mis­sion par rap­port aux Gê­nois qui ad­mi­nis­traient alors la Corse. Mais entre toutes ces ci­ta­delles, celle d’Ornucciu, pro­ba­ble­ment alors connue sous le nom de Roc­ca­ta­glia­ta (roche taillée) était peut-être la plus au­da­cieuse. Pro­fi­tant du bel­vé­dère qua­si-in­ex­pug­nable de deux mo­no­lithes

ro­cheux per­chés au-des­sus du pro­fond ca­nyon de la Vacca, le comte Re­nuc­cio della Roc­ca, puis­sant seigneur de la ré­gion ac­tuelle de l’Al­ta Roc­ca et du Sartenais, y au­rait for­ti­fié une an­cienne re­doute moyen­âgeuse, la do­tant « d’une­gran­de­tour­ca­pa­bled’ac­cueilli­ru­ne­gar­ni­son­for­ted’une­quin­zaine

d’hommes ». En­tré en ré­volte au dé­but du XVIe­siècle contre l’Of­fice gé­nois de Saint-George, char­gé de co­lo­ni­ser l’île de Beau­té, il lui livre quatre guerres. Vain­queur des trois pre­mières, (1502, 1504, et 1507), mais se com­por­tant en ty­ran in­trai­table, il perd fi­na­le­ment la qua­trième en 1510, avant d’être as­sas­si­né l’an­née sui­vante par un de ses en­ne­mis hé­ré­di­taires. L’ami­ral An­drea Do­ria, en­voyé pour ré­ta­blir l’au­to­ri­té de Gênes sur des féo­daux de­ve­nus in­con­trô­lables, avait mis entre-temps à feu et à sang la ré­gion, dé­trui­sant bon nombre de ces châ­teaux « en­ma­qui­sés ». Que reste-t-il de Roc­ca­ta­glia­ta, alias la for­te­resse d’Ornucciu, dans ce mer­veilleux bas­tion per­ché ? Dès le pre­mier la­cet du col de La­rone, on pé­nètre un autre monde, face aux hautes mu­railles des Fer­riate et do­mi­nant le gron­de­ment du tor­rent de la Vacca, où convergent les eaux de Bavella (San Pe­trone, Re­na­ju, Po­li­schel­lu et Purcaraccia) comme les ama­teurs en te­nue Néo­prène. Deux émi­nences de gra­nite orange, truf­fés de taf­fo­ni, se tiennent en sen­ti­nelle au-des­sus des gorges : sur le Cas­te­luc­cio, ou pe­tit châ­teau, les grim­peurs friands de lignes es­thé­tiques. Sur le Castellu, des ves­tiges ar­chéo­lo­giques, par­fois édi­fiants, en­châs­sés dans les in­nom­brables ca­vi­tés na­tu­relles. Le che­min mène fa­ci­le­ment à une vire em­brous­saillée qui s’en­roule au­tour du ro­cher, pre­nant pe­tit à pe­tit de la hau­teur. Pre­mières ruines, pre­miers sor­ti­lèges. Une sé­rie de che­mi­nées et de gra­dins plus ou moins acro­ba­tiques mène au som­met, pié­des­tal entre les bar­rières nord et sud de Bavella. Am­biance ga­ran­tie ! Re­ve­nu sur la vire, un pas dé­li­cat, plein gaz, mais sé­cu­ri­sé par une chaîne, per­met en­suite de prendre pied sur le « trot­toir » sui­vant, afin de pour­suivre l’ex­plo­ra­tion. Par­ve­nu en face est, on dé­couvre alors les ves­tiges rui­nés d’un « pa­lais » tro­glo­dyte sur trois étages, avec no­tam­ment une émou­vante porte for­ti­fiée, par la­quelle on se glisse en se contor­sion­nant, pour dé­bou­cher sur la vire su­pé­rieure. Tra­ver­sant deux pe­tites grottes, et se his­sant sur un « es­ca­lier » du ver­tige ré­ser­vé aux seuls ama­teurs de sen­sa­tions fortes, on at­teint alors le der­nier étage, une ul­time grotte sus­pen­due et par­tiel­le­ment mu­rée, dans la­quelle on pour­ra mé­di­ter sur la for­mi­dable ré­si­lience du seigneur d’Ornucciu.

Au XVIe siècle, un seigneur lo­cal, Re­nuc­cio della Roc­ca, en ré­bel­lion contre l’Of­fice de Gênes qui ad­mi­nistre la Corse, tient le maquis de­puis un bel­vé­dère na­tu­rel sur la haute So­len­za­ra.

Pour mettre pied sur la par­tie su­pé­rieure de la vire mé­diane don­nant ac­cès aux ves­tiges de son pa­lais tro­glo­dy­tique sur trois ni­veaux, il faut fran­chir un pe­tit res­saut (chaîne).

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