LE SEN­TIER DES DOUA­NIERS

Grands Reportages - - La Corse En Marchant -

« Là-haut, à la pointe ex­trême, entre mer Tyr­rhé­nienne et Mé­di­ter­ra­née, ce n'est plus une im­pres­sion, mais une cer­ti­tude, le bout de la Corse est une île dé­serte. » dixit Fa­brice Ni­co­li­no en juin 1994. Il est vrai qu’on ne peut qu’être conquis par cette grande tra­ver­sée, ce « tour du cap » to­nique et contras­té, où l’homme n’est pré­sent qu’au tra­vers de quelques ha­meaux per­dus et, sur­tout, d’in­nom­brables ves­tiges ar­chéo­lo­giques, cultu­rels et pa­tri­mo­niaux. Entre Macinaggio (com­mune de Ro­glia­no) et Centuri, près de 20 ki­lo­mètres sur un sen­tier lit­to­ral très va­rié, re­lient deux ports, le pre­mier as­sez bal­néaire et plai­san­cier sur la côte orien­tale, le se­cond, pit­to­resque et tra­di­tion­nel, sur la côte oc­ci­den­tale. Ac­quise et gé­rée par le Con­ser­va­toire du Lit­to­ral, la zone Cap Corse nord et îles Fi­noc­chia­ro­la, Gi­ra­glia et Ca­pense, a été clas­sée en 2013 SIC, ou Site d’In­té­rêt Com­mu­nau­taire, sur 2 685 hec­tares par la com­mis­sion eu­ro­péenne, pour « son en­semble re­mar­quable de mi­lieux lit­to­raux di­ver­si­fiés, leur ri­chesse flo­ris­tique et fau­nis­tique ». Il fau­drait un long ar­ticle pour dé­crire en dé­tail tous les centres d’in­té­rêt de cette longue im­mer­sion, aus­si en voi­ci sim­ple­ment un in­ven­taire à la Pré­vert, his­toire de vous mettre l’eau à la bouche. Tout de suite en par­tant, la grotte de la Pointe de la Cos­cia (en­core à l’étude, donc fer­mée au pu­blic) se­rait un site pa­léon­to­lo­gique ma­jeur. Les ves­tiges, foyers, tu­mu­li de crânes et d’os­se­ments de cerfs, at­tes­te­raient de la pré­sence sur l’île d’ho­mi­ni­dés -qui pourraient être l’homme de Néan­der­tal- au pa­léo­li­thique. En­suite, la splen­dide plage de Ta­ma­rone, vaste anse aigue-ma­rine, puis la ré­serve na­tu­relle des îles Fi­no­chia­ro­la. Il y a 2000 ans, la re­mon­tée du ni­veau des eaux a trans­for­mé la cen­taine de col­lines en­tou­rant la Corse, en îlots, tels des mi­cro­la­bo­ra­toires na­tu­rels. Site prin­ci­pal de ni­di­fi­ca­tion en Mé­di­ter­ra­née du Nord des Goé­lands d'Au­doin, et abri de nom­breux oi­seaux ma­rins, l'ar­chi­pel Fi­no­chia­ro­la est de­ve­nu ré­serve na­tu­relle en 1987. Le che­min ba­li­sé per­met de re­joindre l'an­cienne piève de San­ta Ma­ria, une com­mu­nau­té chré­tienne de la Corse du XIe siècle, avec son ad­mi­rable cha­pelle aux deux ab­sides (en res­tau­ra­tion) et de contem­pler la sil­houette hié­ra­tique et émou­vante de la tour della Ch­ja­pel­la, da­tant des an­nées 1560, bom­bar­dée par les An­glais en 1796. Plus haut en­core, les restes de l’op­pi­dum ro­main de Bug­j­hu, avant la Tour d'Agnel­lu per­chée de­puis le XVIe siècle sur son pro­mon­toire, là où le che­min bi­furque vers l’ouest. On tra­verse alors les dunes de Bar­cag­gio, ta­pis­sées de ge­né­vriers rouges, avant de pé­né­trer le ha­meau épo­nyme, face au ré­cif en lame de ra­soir de la Gi­ra­glia, phare du Cap Corse. Un peu plus loin, l’ir­ré­sis­tible ca­lanque de Tol­lare, qu’on croi­rait sor­tie d’un bout du monde bre­ton. Et puis voi­ci le sé­ma­phore de Ca­po Gros­so, à par­tir du­quel, le che­min se fait plus es­car­pé, s’éloigne quelque peu de la mer et re­des­cend vers le sud, pré­lude à d’autres mer­veilles : le vil­lage pas­to­ral fan­tôme de Grot­ta alle Piane, le mou­lin Mat­teï, le char­mant vil­lage per­ché de Ca­nelle, avec ses « tra­boules » et sa fon­taine mo­nu­men­tale sous roche, le port cro­qui­gno­let de Centuri en­fin, ca­pi­tale de la lan­gouste corse, avec ses au­berges fa­meuses où il est dit que : « ce qu’on mange vient des fi­lets, des ca­siers ou du fu­sil du pa­tron

La char­mante ma­rine de Tol­lare, près de Bar­cag­gio, avec au fond l’île de la Gi­ra­glia, à la proue de la Corse.

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