AJAC­CIO L’IM­PÉ­RIALE

«C’EST À AJAC­CIO QUE J’AI EU MON PRE­MIER GRAND ÉBLOUIS­SE­MENT.» HEN­RI MA­TISSE

Grands Reportages - - Corse Des Villes -

Cité im­pé­riale où na­quit Na­po­léon Bo­na­parte, Ajac­cio est au­jourd’hui la plus im­por­tante ville de Corse. Une cité fière de son his­toire et de son âme mé­di­ter­ra­néenne.

« A près­trois­jours­de­na­vi­ga­tion,on­se­trou­va­de­vant­lesSan­gui­nai­re­set le­ma­gni­fi­quep ano­ra­ma­du­gol­fed’ Ajac­cio… » écrit Pros­per Mé­ri­mée dans Co­lom­ba, sa fa­meuse nou­velle consi­dé­rée comme le chef-d’oeuvre de l’au­teur avec Car­men. « C’es­ta­ve­crai­son­qu’on­le­com­pa­reà­la­baiede Naples;etau­mo­men­toù­la­goé­let­teen­trait­dans le­port,un­ma­qui­senf eu,cou­vrant­de­fu­mée laPun­ta­diGi­ra­to,rap­pe­lait­leVé­suve,eta­jou­tait à la res­sem­blance(…)Tout­dans­ce­pay­sa­geest d’une­beau­té­gra­veet­triste. » Plus d’un siècle et de­mi après la des­crip­tion ré­di­gée par l’aca­dé­mi­cien fran­çais en 1840, le site n’a rien per­du de son pa­nache. Ma­gni­fiques de dé­nue­ment, les îles San­gui­naires s’étirent à la Pointe de la Parata comme des frag­ments de Corse aban­don­nés, que la na­ture trop pres­sée au­rait ou­blié de rat­ta­cher à la terre. Se­lon que l’on arrive ou que l’on quitte la ville par la mer, elles ouvrent ou ferment le golfe d’Ajac­cio comme des points de sus­pen­sion. Au fil des siècles, la ville s’est dé­ve­lop­pée à une di­zaine de ki­lo­mètres de là, au creux d’une anse mo­deste et sy­mé­trique, à l’abri des lames et du vent. Au­jourd’hui, avec ses 67 000 ha­bi­tants, elle est de­ve­nue la com­mune la plus im­por­tante de Corse et son centre éco­no­mique, com­mer­cial et ad­mi­nis­tra­tif. Mal­gré cette im­por­tance, Ajac­cio est res­tée se­reine et non­cha­lante. En un mot : mé­di­ter­ra­néenne. « Ajac­cioes­tu­ne­vil­le­char­nel­leet très­sen­suelle.Tra­di­tion­nel­le­ment,les­fem­me­sy son­té­lé­gan­te­se­to­naimes’ymon­trer » confie l’his­to­rien Ro­bert Co­lon­na d’Istria qui vit non loin du port. Il fait bon se pro­me­ner place du Ma­ré­chalFoch pour ob­ser­ver la ville qui se ré­veille ou traî­ner place Ab­ba­tuc­ci pour ache­ter des pro­duits régionaux. Bien peu de choses au fond lui donnent une di­men­sion im­pé­riale. Et pour­tant. La cité est en ef­fet liée à un per­son­nage his­to­rique de tout pre­mier ordre : Na­po­léon Bo­na­parte. Né à Ajac­cio le 15 août 1769, fils de Charles-Ma­rie Bo­na­parte et de Ma­ria Lae­ti­tia Ra­mo­li­no, ce­lui qui de­vien­dra le pre­mier em­pe­reur quitte la France à l’âge de 9 ans et de­mi. Et n’y re­vien­dra plus. Ou presque. En de­hors des quelques jours de 1799 au re­tour de sa cam­pagne d’Égypte. Au­jourd’hui, de nom­breuses sta­tues et mo­nu­ments ho­norent sa mé­moire tra­vers la ville : place Foch, place du Gé­né­ral-de-Gaulle, place d’Aus­ter­litz… Édi­fiée par Na­po­léon III, la cha­pelle im­pé­riale abrite les sé­pul­tures des pa­rents de son oncle. Trans­for­mée en musée de­puis 1923, sa mai­son na­tale est éga­le­ment de­ve­nue l’un des prin­ci­paux mo­nu­ments tou­ris­tiques de la ville. « Mê­me­siles Cor­sesn’ont­ja­mais­beau­coup ido­lâ­tré Bo­na­parte, sa­mé­moi­rees­ten­co­re­très pré­sente » rap­pelle Jean-Pierre Com­mun-Or­sat­ti, l’an­cien conser­va­teur. « Ici,onaen­co­rel’im­pres­sion que­tou­tes­les­grands-mè­re­sont­per­son­nel­le­ment connul’Em­pe­reur.Hier,onm’aen­co­re­pro­po­sé d’ache­te­ru­ne­de­ses­let­tresà­la Reine Or­tance… C’es­tin­croyable! » Aus­si étonnant que ce­la puisse pa­raître, l’Em­pe­reur n’a pas sou­hai­té être en­ter­ré sur son île et de­man­da à re­po­ser sur les bords de la Seine. Après avoir été ex­hu­mé sur l’île d’Elbe où il mou­rut en 1821, il fut ra­pa­trié à Pa­ris et en­ter­ré, plus tard, aux In­va­lides. Au­jourd’hui, l’aé­ro­port d’Ajac­cio a hé­ri­té du nom de Na­po­léon Bo­na­parte. Le pe­tit port de plai­sance, lui, a re­çu ce­lui d’un autre en­fant du pays : Ti­no Ros­si, un autre « em­pe­reur » in­ti­me­ment lié à la ville. Né le 29 avril 1907 à Ajac­cio, le «Roi des chan­teurs de charme » est en ef­fet consi­dé­ré comme le Fran­çais ayant ven­du le plus de dis ques dans le monde, cer­tains avan­çant le chiffre de 700 mil­lions de pièces. « Ti­noes­ta­vant­tout,pour­nous,un­mythe. Ilaé­tél’am­bas­sa­deur­de­no­treî­leà­la­quel­lei­lem­prun­tait­les­traits: cha­leu­reuxet­pu­dique » dé­cla­ra Si­mon Re­nuc­ci, l’an­cien maire d’Ajac­cio, lors d’une cé­ré­mo­nie ren­due en hom­mage au chan­teur. « Grâce àlui,l’âme­corse,si­sou­vent­mal­me­née,ga­gnait une­re­con­nais­sance. » Ajac­cio se­rait-elle une terre d’ins­pi­ra­tion pour les ar­tistes ? Voire. En 1900, le peintre Hen­ri Ma­tisse âgé de 31 ans, sé­jour­na en ef­fet à Ajac­cio plu­sieurs mois et y peint une sé­rie de toiles à l’huile. Au cours de son sé­jour, le maître du fau­visme écri­ra y avoir « vu » la lu­mière pour la pre­mière fois : « C’es­tàA­jac­cio­quej’aieu­mon­pre­mier­gran­dé­blouis­se­ment.Quel­vi­re­ment­pour­moi cet­teir­ra­dia­tion­de­la­lu­miè­re­sur­la­cou­leur!Ce­la agui­dé­tout­le­res­te­de­ma­vie­pour­tout­ce­quej’ai pu­pein­dreen­joie. »

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