CAL­VI HOL­LY­WOO­DIENNE

AVEC SES PLAGES CLAIRES DO­MI­NÉES PAR LA CHAÎNE DU CIN­TO, CAL­VI TIENT DU DÉ­COR DE CI­NÉ­MA, MA­GNI­FIQUE ET IM­PO­SANT

Grands Reportages - - Corse Des Villes -

Blot­ti au­tour de sa for­te­resse, Cal­vi a tout de la carte pos­tale avec ses plages do­rées do­mi­nées par la chaîne mon­ta­gneuse du Cin­to. Un dé­cor de ci­né­ma qui compte par­mi les prin­ci­paux pôles tou­ris­tiques de Corse.

Le jour va bien­tôt se le­ver sur la baie de Cal­vi. « Je­lè­ve­mon­verre,le coeur­gros,aux­frè­re­sauxa­misde Tao… » ajoute Jacques Hi­ge­lin dans sa chan­son consa­crée à la pe­tite ville de Hau­teCorse La­bal­la­de­de­chez Tao( 1). Comme un clin d’oeil, la strophe sui­vante re­prend la devise af­fi­chée au fron­ton du fa­meux bar. « Vi­vez­heu­reuxau­jourd’hui.De­mai­nil­se­ra trop­tard. » De­puis près de cent ans, le club « Chez Tao » est in­ti­me­ment lié à l’his­toire de la ville. À la fin des an­nées 1920, un of­fi­cier du Tsar de Rus­sie nom­mé Tao Kan Bey Ke­re­foff s’éta­blit à Cal­vi, s’y ma­rie et ouvre quelques an­nées plus tard le pre­mier club de Corse dans le pa­lais Giu­be­ga au coeur de la Ci­ta­delle. Bien vite, l’éta­blis­se­ment de­vient une ins­ti­tu­tion in­con­tour­nable et ac­cueille des per­son­na­li­tés et des ar­tistes comme John­ny Hal­li­day, Serge Gains­bourg, Claude Nou­ga­ro, Jacques Brel, Car­los, Jacques Du­tronc… mais aus­si des mi­nistres comme Alain Jup­pé ou l’ac­tuel lo­ca­taire de l’Ély­sée, Fran­çois Hollande. « Ici,ilyau­nes­prit­de­bras­sa­geet­de­con­vi­via­li­té » ex­plique Tao By, le fils du fon­da­teur qui tient l’éta­blis­se­ment avec son frère Jean-Té­mier « Des­pê­cheurs­du­villa­geet­des­mil­liar­dai­res­vien­nent­faire la­fê­teen­semble. » Tous sont en­voû­tés par l’at­mo­sphère unique et le site re­mar­quable de la pe­tite com­mune de 5 500 ha­bi­tants. « De­puis­tou­jours, Cal­vi at­tire le bling-bling, les yachts chics, la jet­set… » plai­sante Éric Villain, le ca­pi­taine d’un ca­ta­ma­ran qui croise au­tour de l’île. Avec son cadre en­chan­teur et le dé­ve­lop­pe­ment du tou­risme en Corse à par­tir des an­nées 1960, le site de Cal­vi n’a pas tar­dé à de­ve­nir l’un des prin­ci­paux pôles tou­ris­tiques de la Ba­lagne et de la Corse, tout comme Por­to-Vec­chio au Sud de l’île. Force est de reconnaître que par sa géo­gra­phie, la ville porte une di­men­sion ex­trê­me­ment ci­né­ma­to­gra­phique. Vaste et sy­mé­trique, la baie qui forme un arc de cercle par­fait lui offre en ef­fet de belles plages claires avec en toile de fond la chaîne mon­ta­gneuse du Cin­to, souvent en­nei­gée jusque tard dans la sai­son. Comme pour ajou­ter à ce dé­cor de carte pos­tale, ce­lui que l’on sur­nomme en­core le tri­ni­chel­lu, « le trem­blo­tant », en rai­son des sou­bre­sauts que ses an­ciennes lo­co­mo­tives fai­saient au­tre­fois su­bir à ses pas­sa­gers, vient ache­ver son voyage à Cal­vi. Bap­ti­sé « Le tram­way des plages » sur cette por­tion, le train – jusque-là mon­ta­gnard - se fait es­ti­val. En quit­tant la ligne cen­trale et ses vil­lages per­chés, il re­trouve la Mé­di­ter­ra­née et, les rails dans le sable, longe la côte tur­quoise, double l’Île Rousse et s’échoue au pied de la ci­ta­delle de Cal­vi. Sur ce tron­çon, les rotations sont dou­blées en été, et pour l’oc­ca­sion, on res­sort trois an­tiques lo­co­mo­tives pleines de charme et de sou­ve­nirs. « Alorsque le­ré­seaues­ten­plei­ne­mo­der­ni­sa­tion,l’été,les vieilles­lo­co­mo­tives re­pren­nent­du­ser­vi­ce­sur­la por­tion­lit­to­ra­le­pour­le­cô­té­pit­to­resque » ex­plique Ni­co­las Ora­bo­na, l’un des contrô­leurs sai­son­niers sur la ligne Cal­vi – Île Rousse. Avec les beaux jours, les plai­san­ciers apprécient en ef­fet d’em­prun­ter ces an­tiques mo­trices qui font halte au bord des plus belles criques et des cam­pings. Une ser­viette sur l’épaule, ils mu­sardent d’une sta­tion à l’autre comme à bord d’un vul­gaire mé­tro pa­ri­sien. « iln’ya­pas­qu’un­seul­cal­vi » consi­dère Luc Lau­gier, fi­dèle de­puis plus de vingt ans. « IlyaunCal­vi­pour le­sa­ma­teurs­de­far­nien­teetd’ac­ti­vi­té­de­plei­nair ave­cla­ville­bas­seet­le­port­de­plai­sance.Ilyaun Cal­vi­pour­les­pas­sion­nés­de­mu­si­que­qui­ne­man­quent­pas­le­fes­ti­valCal­vion­theRocks.UnCal­vi des­gas­tro­no­mes­qui­dé­gus­tent­duBas­te­li­cac­ciuau lait­de­bre­bis.Etun Cal­vi­pour­le­sa­mou­reuxdes vieilles­pierres qui­vi­si­tent­la­haute-vil­le­his­to­rique, ou­la­ca­thé­drale Saint-Jean Bap­tiste. » Où que l’on jette le re­gard à Cal­vi, le pas­sé est om­ni­pré­sent. Op­pres­sant disent même cer­tains. La cité n’a pas pous­sé en une nuit comme les villes nou­velles. C’est un bourg mé­dié­val qui s’est bâ­ti len­te­ment. Fon­dée comme Bo­ni­fa­cio par les Gé­nois, la cité fut avant tout une place forte, dé­fen­sive et dé­fen­due. Au­jourd’hui, Cal­vi rime avec nos­tal­gie. Une nos­tal­gie qui rap­pelle que « De­main il­se­ra­trop­tard ». Une fois l’été et les va­cances ache­vés, nom­breux se­ront pro­ba­ble­ment les voya­geurs à res­sen­tir une émo­tion sem­blable à celle que Jacques Hi­ge­lin ex­prime dans les der­niers vers de sa chan­son. Une tris­tesse douce de voir les va­cances s’ache­ver. « Le­jours’est­le­véà Pa­ris. Mes­pen­séess’en­vo­lent­versCal­vi.Dans­la­ci­ta­delle de­me­sa­mis. »

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