LA TEN­TA­TION DU SUD

Au bon­heur des grands clas­siques corses ? L’éclat des fa­laises de Bo­ni­fa­cio, sur l’ul­time point sud de la Corse rou­tière : la route du sé­ma­phore, en di­rec­tion du cap de Per­tu­sa­to.

Grands Reportages - - La Corse En Roulant -

Ilest à peine 7 heures dans la baie d’Ajac­cio. Plate-forme de la gare maritime. À deux pas du centre-ville, le Me­ga ex­press de Cor­si­ca fer­ries de Tou­lon rend à la terre ferme quelques cen­taines de vé­hi­cules. Du cam­ping-car XXL à la dé­ca­po­table de luxe, sans oublier les grappes de mo­tards, dans le re­gard de pas mal de conduc­teurs, une pointe d’ex­ci­ta­tion est dé­ce­lable. Une tra­ver­sée comme une pe­tite aven­ture ? La mer a été plus que belle. Et le temps d’une nuit un peu courte, des der­nières ba­lises de la rade au phare des san­gui­naires, tous viennent d’ava­ler dans le ber­ce­ment as­sour­di des ma­chines quelque 150 miles nau­tiques (280 ki­lo­mètres) à une moyenne de 50 ki­lo­mètres heures. C’est peu ? Voire. En terme de sa­cro-sainte moyenne au­to­mo­bile, c’est pro­ba­ble­ment un peu mieux que ce que leur ré­servent cer­taines pe­tites dé­par­te­men­tales de l’iti­né­raire qui suit… Car il faut se mé­fier des cartes. À pre­mière vue, la liai­son Ajac­cio-Bo­ni­fa­cio est une his­toire de trois pe­tites heures. La N 196 est là pour ce­la : le trait court plein sud à bonne dis­tance d’un lit­to­ral aus­si dé­cou­pé que ce­lui d’une Bre­tagne nord. En terme d’ef­fi­ca­ci­té, dif­fi­cile de faire mieux. Les mi­cros ré­gions à peine aper­çues dé­filent sans peine : Or­na­no, Ta­ra­vo, un coin sud de l’Al­ta Roc­ca, l’Or­to­lo… Seul point noir, re­dou­té en haute sai­son par la Corse du sud tout en­tière : le cé­lèbre feu rouge d’Ol­me­to. Entre les murs res­ser­rés du vil­lage, y ex­pé­ri­men­ter le sup­plice de la cir­cu­la­tion al­ter­née obli­ga­toire au mi­lieu de 10 000 vé­hi­cules par jour mé­rite de pos­sé­der une excellente cli­ma­ti­sa­tion. Mais la na­tio­nale ou­blie sur­tout deux mondes ma­jeurs : le lit­to­ral et les hautes terres. Le pre­mier sec­teur est qua­si-tout en­tier une vaste carte pos­tale de Mé­di­ter­ra­née. Et les ac­cès un peu re­cu­lés, les har­mo­nies de gra­nit et de bleu trans­lu­cide des criques ne sont pas ex­ces­si­ve­ment com­pli­qués à dé­cou­vrir : il faut juste ad­mettre que ces des­ti­na­tions un peu se­crètes, un peu ca­chées, se mé­ritent. La côte au plus prés pour une pre­mière jour­née ? Au sud d’Ajac­cio, le lit­to­ral du Golfe tombe droit sur le Ca­po di Mu­ro. Ob­jec­ti­ve­ment ? Ce lit­to­ral-là est presque trop fa­cile. Sauf si la plage pour la plage est un mo­tif de dé­pla­ce­ment vrai­ment va­lable, Por­tic­cio (ses cam­pings, ses paillotes et ses boîtes de nuit) n’est pas une prio­ri­té ab­so­lue. Plus com­plexe, plus dis­cret, et to­ta­le­ment et dé­ca­lé du lit­to­ral, l’en­vo­lée de crêtes douces en pe­tits cols de la D 302 re­tombe vers la fo­rêt de Cor­tone sur la tour de Ca­po di Mu­ro. Un bout du monde pour un cap ? Une grosse de­mi-heure à pied, au bout de la route d’Ac­qua Do­ria. La tour est la seule du Golfe à être ou­verte : de son che­min de ronde, c’est la baie en­tière d’Ajac­cio qui vous ap­par­tient. Mais la route ne fait que com­men­cer… Pas­sé l’em­bou­chure du Ta­ra­vo, deux sites pré­his­to­riques im­por­tants de

MER OU MONTGANE ? AU BOUT DES ROUTES MI­NUS­CULES, LE MÊME SEN­TI­MENT DE BEAU­TÉ IN­TACTE…

Corse sont à quelques mi­nutes : Fi­li­to­sa et ses énig­ma­tiques mé­ga­lithes an­thro­po­morphes. Mais en­core, moins connu, le Cas­tel­lo de Cun­tor­ba, ves­tiges de l’époque tor­réenne, per­chés au-des­sus du Golfe de Va­lin­co… Plus loin, plus bas ? Une fois pas­sé Pro­pia­no, le jeu se com­plique. La côte ? Une sau­va­ge­rie de baies et de ca­la, d'où émergent les sil­houettes élé­gantes des taf­fo­ni, ces blocs de gra­nit sculp­tés en creux par les élé­ments. En vé­hi­cule « nor­mal », le vaste sec­teur qui en­toure le cap de Se­ne­to­sa n’est ac­ces­sible qu’en deux en­droits : bel­vé­dère de Cam­po­mo­ro (une dou­zaine de ki­lo­mètres sur la D 127 de­puis Pro­pia­no) et le pe­tit pa­ra­dis de Ti­zan­no ( via la D 48 à la sor­tie de Sar­tène). S’il fal­lait un in­dice de sau­va­ge­rie, cette par­tie du lit­to­ral corse, avec Por­to et les Agriates, rem­por­te­rait haut la main une note maxi­mum… Jour deux : une pe­tite pointe de vi­tesse d’Ajac­cio à Por­to-Vec­chio ? Mais sur­tout, avant de quit­ter le lit­to­ral, sa­luer les plages cé­lèbres de San­ta Giu­lia de Ta­ma­ric­cio ou de la Palombaggia. Loin des heures de pointe es­ti­vales, à vue de l’ar­chi­pel sarde des Mad­da­le­na, les sites ont des al­lures de Pa­ci- fique ou de Sey­chelles. Pro­fi­tez : à l’est de Por­toVec­chio, une fois la D 368 en­ga­gée, les vi­rages vers L’Os­pé­dale et le lac de Fe­nag­gia, sous le monte Ros­so sont une bas­cule ma­jeure d’uni­vers. Fo­rêts somp­tueuses de pins et de chênes verts. Ta­pis d’ai­guilles et de fou­gères. Sil­houettes de blocs et de fa­laises : pas­sés les der­niers points de vue sur le Golfe, l’Al­ta Roc­ca prend toute sa puis­sance. Un chant plu­to­nique, vol­ca­nique, que la route tranche en di­rec­tion de Zon­za. Au nord ? Les splen­deurs des ai­guilles et du col de Bavella. Après l’iso­le­ment de la côte, ce­lui des mon­tagnes ? Pre­nez le temps de l’ex­pé­rience, dans le tri­angle Fe­nag­gia, Zon­za, Le­vie, des toutes pe­tites routes dé­par­te­men­tales. Ha­meaux, fermes et champs par­fai­te­ment iso­lés. Les heures ont cou­ru ? Un oeil sur la carte, son­ger au re­tour. Choi­sir de des­cendre sur Le­vie puis Sainte-Lu­cie-de-Tal­la­no et son mo­nas­tère, vers Sar­tène ? Ou re­ve­nir plein ouest, par les hau­teurs si­len­cieuses d’Aul­lène, vers le col de Saint-Eustache ? De­puis l’Al­ta Roc­ca, une seule cer­ti­tude : la moyenne re­tour ne de­vrait pas ex­cé­der celle du fer­ry-boat…

Une après-mi­di de fes­ti­val folk­lo­rique à Pro­pia­no : il n’y a

sur­tout pas que les plages, dans la vie des routes corses.

Une côte dé­chi­que­tée. Su­blime par­fois. C’est au bout de routes sans is­sues que souvent naissent quelques perles du lit­to­ral corse :

ici, le port de Tiz­za­no, à 20 ki­lo­mètres de Sar­tène.

Un bon­heur après les vi­rages sans fin ? Les vil­lages, et l’am­biance des haltes où se cô­toient lo­caux et tou­ristes. Ici, sur la D 268 entre Le­vie et Sar­tène, la place de Sainte-Lu­cie de Tal­la­no.

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