UNE MON­TAGNE DE VI­RAGES…

La Corse est une mon­tagne ? De part et d’autre du grand axe Ajac­cio-Bas­tia, les vi­rages ne se comptent plus vrai­ment. Sur les dé­par­te­men­tales per­dues, le bon­heur, souvent, est tout en­tier dans les hau­teurs.

Grands Reportages - - La Corse En Roulant -

Il fau­drait persque in­ven­ter une so­cio­lo­gie, voire une an­thro­po­lo­gie des routes corses. Avant même d’ac­cos­ter sur l’île, une vague en­quête pré­li­mi­naire en dit long sur l’im­por­tance de ce sup­port aus­si es­sen­tiel que si­len­cieux de tout voyage en corse. Des ima­gi­naires en­tiers d’iso­le­ment, de beau­té, d’in­su­la­ri­té, de par­ti­cu­la­risme et de spé­ci­fi­ci­té dé­boulent – à tort et à rai­son – au­tour de ce thème dont les guides tou­ris­tiques, con­trai­re­ment aux criques se­crètes, à la dif­fi­cul­té du GR 20 ou aux bonheurs des char­cu­te­ries lo­cales, ne font que ra­re­ment cha­pitres. Ces routes, dans les guides, glissent dis­crè­te­ment dans les des­crip­tions, de point de vue en mi­cro­ré­gion, re­liant en quelques ad­jec­tifs ano­dins des listes de res­tau­rants, quelques plans de villes, des vil­lages tou­jours un plus peu per­chés ou des plages plus se­crètes en­core… Mais pour tous ces in­ter­lo­cu­teurs conti­nen­taux qui avaient voya­gé en Corse (un échan­tillon non re­pré­sen­ta­tif de purs va­can­ciers d’été, de quelques mo­tards et pos­ses­seurs de cam­ping-car, mais en­core de pas­sion­nés de ran­don­nées ou mon­tagne…) ce cha­pitre route ré­veillait à chaque fois de co­quettes sommes de sou­ve­nirs et d’anec­dotes, ma­ti­nées par­fois d’aver­tis­se­ments so­len­nels sur le ca­rac­tère im­pré­vi­sible, voir ris­qué de l’exer­cice, mê­lant chèvres ou san­gliers sur­gis­sant sur la chaus­sée, vi­rages ta­pis­sés de châ­taignes, voire de si­len­cieux chas­seurs fu­sil à l’épaule… Des routes donc, comme un re­flet pos­sible d’une « spé­ci­fi­ci­té corse » ? Si tous les pays dé­sor­mais, mêmes les plus loin­tains, pos­sèdent leur guide Mi­che­lin et leurs GPS in­ter­ac­tifs, les la­cets de l’île, à l’évi­dence, en­tre­tiennent sa­vam­ment leur lé­gende… No­tam­ment en mon­tagne. Ce ma­tin, vitre ou­verte au frais des fo­rêts entre un cam­ping-car hol­lan­dais et un poids lourd im­ma­tri­cu­lé en Haute-Corse, notre voi­ture tour­nait le dos à la baie d’Ajac­cio en gri­gno­tant les pre­miers vi­rages de la mon­tée vers le col de Viz­za­vo­na. Pre­mier étage de nos rêves d’al­ti­tude ? Corte. Pour l’ins­tant : ça roule ! L’axe de la N 193 qui nous pro­pulse dans le Vec­cio est aus­si confor­table au­jourd’hui que stra­té­gique de­puis tou­jours. De­puis l’an­ti­qui­té, cette longue ligne de fai­blesse dans les re­liefs de l’île-mon­tagne a des­si­né le par­cours le plus simple et le plus ra­pide pour re­lier l’ac­tuelle Ajac­cio à Bas­tia. Une diagonale entre les deux fa­çades op­po­sées de la côte est et ouest ? Un trait ma­jeur entre hautes terres et lit­to­ral ? Des frag­ments d’im­pro­bables via­ro­ma­na aux ou­vrages Eif­fel de la voie de che­min de fer, des mi­nus­cules

Un mythe du tour de Corse qui ira bien plus vite que vous sur

les pe­tites routes ? De­vant l’église de Cam­pile, une al­pine

A 110 res­sus­cite l’épo­pée des grandes an­nées d’une épreuve que les pi­lotes ont sur­nom­mé le

ral­lye des 10 000 vi­rages. Haut lieu de na­ture et iti­né­raire

ma­jeur : le spec­tacle des ai­guilles de Bavella, via le col de Bavella (1 220 mètres) et l’excellente D 268 est un must ap­pré­cié no­tam­ment

par les mo­tards.

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