EM­BLÉ­MA­TIQUE DES TRA­GÉ­DIES DU SIÈCLE PAS­SÉ, LA VILLE AS­SUME SON DE­VOIR DE MÉ­MOIRE AVEC COU­RAGE ET LU­CI­DI­TÉ

Grands Reportages - - Allemagne -

sur­vit « avec cy­nisme et dé­ri­sion dans un dé­cor lu­gubre » . « Ber­lin est une vieille dan­seuse qui coûte très cher à ses pro­prié­taires oc­ci­den­taux » , raillait l’ar­ticle, énu­mé­rant les co­los­sales sub­ven­tions qui main­te­naient la ville à flot. On au­rait pu en dire au­tant de Ber­lin- Est, alors éri­gé en vi­trine du so­cia­lisme triom­phant par la pro­pa­gande du ré­gime, et de sa po­pu­la­tion sou­mise à la sur­veillance im­pi­toyable de la Sta­si. Sauf qu’à l’époque, per­sonne n’au­rait su pré­dire que le mur s’ef­fon­dre­rait. L’his­toire, qui pa­rais­sait fi­gée, s’est brus­que­ment em­bal­lée un soir de no­vembre 1989, pre­nant de cours tous les ob­ser­va­teurs. « Le Mur était quelque chose qui fai­sait par­tie de notre quo­ti­dien. Les gens avaient fi­ni par vivre sur deux pla­nètes dif­fé­rentes » , ra­conte Ya­de­gar Asi­si, ar­tiste qui a conçu, près du Check­point Char­lie, un pa­no­ra­ma vir­tuel du mur de Ber­lin qui per­met aux vi­si­teurs de vi­sua­li­ser la réa­li­té de l’époque. À dire vrai, ces der­niers sont sou­vent sur­pris lors­qu’ils dé­barquent en ville, in­ca­pables de sa­voir de quel cô­té ils se trouvent. Beau­coup cherchent un Ber­lin qui n’existe plus. L’Est et l’Ouest ? La dis­tinc­tion n’est plus per­ti­nente. Les tra­vaux de ré­ha­bi­li­ta­tion ont abo­li les fron­tières. Les dif­fé­rences sont à pré­sent da­van­tage liées aux quar­tiers, les Kiez, entre les coins chics ou mo­destes, bran­chés ou rin­gards, et se­lon les com­mu­nau­tés eth­niques qui les ha­bitent. Autre sur­prise de taille : on ar­rive dans cette ville, sym­bole des tra­gé­dies de la se­conde moi­tié du XXe siècle, en guet­tant les ba­lafres de l’His­toire, les traces de balles, les pans de mur. À la place, on découvre une mé­tro­pole verte, tran­quille et éco­lo, toute pro­vin­ciale dans son rythme lent, son ab­sence de bruit et de tra­fic au­to­mo­bile. Plus d’un tiers de son im­mense su­per­fi­cie est re­cou­vert d’es­paces verts, de fo­rêts et de lacs, et il n’est pas rare d’y tom­ber nez à nez avec des la­pins, re­nards ou san­gliers. Du pas­sé, Ber­lin a fait table rase ? La ville réuni­fiée a fait peau neuve, in­con­tes­ta­ble­ment. Au prix d’énormes in­ves­tis­se­ments, le pay­sage ur­bain s’est trans­for­mé des deux cô­tés de la porte de Bran­de­bourg. Dans une boucle de la Spree, un nou­veau quar­tier fé­dé­ral a vu le jour, qui re­groupe le siège du gou­ver­ne­ment, la nouvelle chan­cel­le­rie et le Reichs­tag res­sus­ci­té, coif­fé d’une cou­pole trans­pa­rente. Au nord s’élève la plus grande gare fer­ro­viaire d’Eu­rope, la Haupt­bahn­hof, en forme de vais­seau spa­tial vi­tré. Au sud, la Pots­da­mer Platz, nou­veau quar­tier d’af­faires éri­gé sur une friche du mur, dresse ses gratte- ciel qui ma­té­ria­lisent la puis­sance re­trou­vée et la mo­der­ni­té de la ca­pi­tale. Car le Neues Ber­lin est de­ve­nu un la­bo­ra­toire pour les ar­chi­tectes du monde en­tier. La par­tie orien­tale a aus­si été re­mo­de­lée. Au bout de l’ave­nue Un­ter den Lin­den, le quar­tier de Mitte a re­trou­vé sa po­si­tion cen­trale. Un vaste chan­tier y ac­cou­che­ra bien­tôt d’une ré­plique de l’an­cien châ­teau prus­sien. Avec la ca­thé­drale et l’Île des

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.