IL Y A 30 ANS, L’ÎLE ÉTAIT MÉ­CON­NUE. AU­JOURD’HUI, QUI N’A JA­MAIS EN­TEN­DU PAR­LER DE PHU­KET ?

Grands Reportages - - Thaïlande -

Sur la scène, les play­backs, les dé­cors et les époques se suc­cèdent. Nous voi­ci au temps des Pha­raons, sur une place de Rus­sie, dans un jar­din fleu­ri de Chine, dans les al­lées du Taj Ma­hal puis dans un spec­tacle de new bur­lesque. Voi­là 25 longues an­nées que le Ca­ba­ret Si­mon ex­hibe ses « filles » , de sen­suelles ka­toï – les plus belles du pays, pa­raît- il – qui créent leurs shows en fonc­tion des na­tio­na­li­tés des spec­ta­teurs. La fa­meuse re­vue me­née par des trans­sexuels ne se dé­roule pas à Las Ve­gas, mais à Phu­ket, haut lieu de la plu­ra­li­té. La plus grande île de Thaï­lande est au­jourd’hui la des­ti­na­tion in­ter­na­tio­nale exo­tique la plus pri­sée de la pla­nète. En 2013, quelque 8 mil­lions de tou­ristes sont ve­nus bar­bo­ter dans ses eaux tur­quoise, bor­dées de plages au sable do­ré, paille­tées de co­co­tiers. Un chiffre qui ri­va­lise avec le nombre de vi­si­teurs du Louvre ou de la Grande muraille de Chine ! Il y a tout juste 30 ans pour­tant, « Phu­ket vi[ vai] t hors du temps, loin du monde » . Se­lon la jour­na­liste Su­zanne Held, « le tou­risme n’a[ vait] pas en­core in­ves­ti l’île » écri­telle dans le nu­mé­ro 42 de Grands Re­por­tages ( juillet 1984). Vi­sion­naire, elle an­non­çait éga­le­ment que l’on y cueillait cer­tai­ne­ment « les der­nières images du bon­heur- na­ture » avant de conclure que Phu­ket « se­ra la des­ti­na­tion bran­chée des an­nées à ve­nir » … Si l’adresse se trans­met­tait ja­dis dis­crè­te­ment entre ini­tiés, elle est dé­sor­mais le lieu où cha­cun sait qu’il trou­ve­ra as­su­ré­ment ce qu’il est ve­nu cher­cher. L’éti­quette « ro­bin­son­nade » s’est ef­fa­cée au pro­fit d’une mul­ti­tude d’autres atouts. Ain­si, sur cette terre si vaste qu’on en ou­blie que c’est une île, se re­groupent aus­si bien les fa­milles en quête d’éva­sion que les no­ceurs en­dia­blés, les étu­diants en sac à dos, les têtes cou­ron­nées ou en­core les VIP dé­pen­siers. Pas ques­tion pour au­tant de se mé­lan­ger : cha­cun reste dans ses « quar­tiers » . Phu­ket est en ef­fet de­ve­nue un re­paire… aux re­pères très pré­cis. Les jeunes bran­chés se réunissent plu­tôt à Phu­ket town, connue pour ses ves­tiges si­no- por­tu­gais. Les bâ­tisses à ar­cades sculp­tées, uniques dans tout le pays, abritent des ca­fés à la dé­co­ra­tion ré­tro, une phar­ma­cie aux re­mèdes tra­di­tion­nels et des an­ti­quaires, dont les éta­gères dé­bordent d’ob­jets vin­tage. Les fa­milles de classe moyenne, elles, pré­fèrent s’éta­blir à Ka­ron, clas­sé par le Lo­ne­ly Pla­net par­mi les 10 meilleures des­ti­na­tions au monde pour des va­cances fa­mi­liales. Plus au nord, le dis­trict de Tha­lang ac­cueille des couples, beau­coup plus ai­sés. Là, le La­gu­na Phu­ket a peu à peu mu­té en un pa­ra­dis de 400 hec­tares où les pe­louses ne dé­passent ja­mais le cen­ti­mètre, où les par­terres fleu­ris ne fanent ja­mais. Le long des al­lées ser­pen­tines, sept hô­tels de luxe, leurs pis­cines, leurs lacs, leurs greens et leurs plages se dé­ploient sur ce qui fut le « Moon Land » , une éten­due lu­naire gri­gno­tée par des mines d’étain. Les der­niers mi­neurs de l’île ont dé­fi­ni­ti­ve­ment ran­gé leurs casques en 1992. Dès lors, on con­ti­nua de creu­ser le sol, cette fois pour po­ser les fon­da­tions des fu­turs lo­ge­ments pour va­can­ciers et ex­pa­triés. De­puis 5 ans, le mar­ché immobilier pro­gresse de 10 % chaque an­née. An­glais, Fran­çais, Al­le­mands, Russes, Aus­tra­liens, Chi­nois, Sin­ga­pou­riens in­ves­tissent. À Ka­thu, plus de 500 ap­par­te­ments se sont ven­dus en 3 heures seu­le­ment ! Jus­qu’à pré­sent, Ka­thu n’était qu’un char­mant vil­lage tran­quille de re­trai­tés d’ori­gine chi­noise, dont les murs des mai­sons en bois conservent le sou­ve­nir de leurs an­cêtres. Phu­ket vit un se­cond tsu­na­mi1 : ce­lui de l’immobilier. Au­jourd’hui, l’île dé­nombre 1 100 re­sorts ! Sans comp­ter les ré­centes vil­las des­ti­nées à la jet- set sur la côte est. Les ré­si­dences her­cu­léennes s’ac­crochent aux flancs des mon­tagnes es­car­pées et boi­sées.

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