B­TISSES SI­NO- POR­TU­GAISES, HÔ­TELS DE­SI­GN, AR­CHI­TEC­TURE TRA­DI­TION­NELLE THAÏE : PHU­KET MÉ­LANGE LES STYLES

Grands Reportages - - Thaïlande -

une baie dé­serte sur la­quelle s’est échouée une jonque. La réa­li­té offre des cen­taines de bai­gneurs ag­glu­ti­nés et as­phyxiés par les ef­fluves de ga­soil des ba­teaux ali­gnés. La pro­mis­cui­té et le bruit en font mal­heu­reu­se­ment ou­blier la beau­té stu­pé­fiante du pay­sage. Autre des­ti­na­tion très pri­sée : les pains de sucre ver­ti­gi­neux de la baie de Phang Nga, tou­jours aus­si « ma­gique, in­ou­bliable, fée­rique » , comme l’écri­vait Su­zanne Held. Mais dé­cou­vrir en ca­noë les grottes à fleur d’eau hé­ris­sées de sta­lac­tites re­lève au­jourd’hui plus de la course sur une au­to­route sa­tu­rée de pa­gayeurs que d’une ba­lade d’éco­tou­risme. Sur l’île de James Bond, ce ne sont plus les balles qui fusent, mais les clics des ap­pa­reils pho­to : tout le monde at­tend son tour pour s’im­mor­ta­li­ser de­vant le fa­meux pi­ton ro­cheux, là où 007 af­fron­tait en duel Sca­ra­man­ga dans L’Homme au Pis­to­let d’or. Vient l’heure du dé­jeu­ner sur Koh Pa­nyee, un vil­lage la­custre de 360 mai­sons sur pi­lo­tis, une mos­quée, 1 700 âmes… et jus­qu’à 10 000 vi­si­teurs par jour en haute sai­son ! Les pon­tons d’amar­rage ont été amé­na­gés pour ser­vir de can­tines géantes ; les sa­lons des ha­bi­tats font of­fice de bou­tiques à bi­be­lots. À 15 heures, quand les mo­teurs tous­so­teux des ba­teaux ré­sonnent au loin, la vie re­prend son cours. Les en­fants s’amusent à vé­lo sur les pon­tons de guin­gois ; les femmes se lavent de­hors, vê­tues d’un simple pa­réo avant de re­vê­tir leurs ha­bits plus cou­vrants de mu­sul­manes ; les oi­seaux chantent à nou­veau dans leur cage sculp­tée. Juste avant l’ap­pel à la prière qui en­ve­loppe d’une douce mé­lo­die toute la val­lée au so­leil cou­chant, les hommes ac­courent. Im­pos­sible de man­quer leur en­traî­ne­ment de foot… sur leur terrain flot­tant ! De­puis 2011, le FC Pa­nyee est l’un des clubs les plus ta­len­tueux de Thaï­lande. Le tou­risme re­pré­sente 50 % des re­ve­nus des ha­bi­tants. « Nous avons l’élec­tri­ci­té de­puis 7 ans. » , sou­ligne Si­ri­kun, une jeune fille guide. « Quant à l’eau, même si nous ne l’avons pas tous les jours de mars à mai, c’est quand même mieux qu’avant » . Avant que le tou­risme ne rem­plisse les poches des ha­bi­tants de Phu­ket, consi­dé­rée comme l’une des ré­gions les plus riches du pays. Le re­ve­nu par tête est com­pa­rable à ce­lui de Bang­kok. L’île a alors dé­ve­lop­pé ses in­fra­struc­tures : routes bi­tu­mées, hô­pi­taux, té­lé­com­mu­ni­ca­tions… Re­vers de la mé­daille, elle doit sup­por­ter des em­bou­teillages tou­jours plus denses, des cen­taines de mil­lions de ki­los d’or­dures à trai­ter, des émis­sions de CO2 en hausse, des pé­nu­ries d’eau ré­cur­rentes, un éco­sys­tème ma­rin me­na­cé par des plon­gées ir­res­pon­sables… De­puis 2009 pour­tant, le gou­ver­ne­ment ap­plique un plan « tou­risme vert » : lan­ce­ment du tri sé­lec­tif, créa­tion de ré­ser­voirs d’eau, mise en place de pan­neaux so­laires, re­fo­res­ta­tion. Un tram­way est même pré­vu pour 2017. L’industrie tou­ris­tique de Phu­ket se­rait- elle re­mise sur de bons rails ? Dans la salle de res­tau­rant do­rée et ar­gen­tée du parc d’at­trac­tions Fan­ta­sea, 4 000 cou­verts sont quo­ti­dien­ne­ment dres­sés. 4 000 per­sonnes in­gur­gitent à toute vi­tesse des ki­los de mets ré­chauf­fés pour al­ler en­suite di­gé­rer de­vant un show gran­diose digne des plus belles scènes de Las Ve­gas, « la Ville du Pé­ché » avec la­quelle Phu­ket est jus­te­ment ju­me­lée. Dans ce haut lieu thaï­lan­dais de l’amu­se­ment où le kitsch se veut fée­rique se ré­galent des hommes d’État, des fa­milles royales, des bu­si­ness­men, des cé­lé­bri­tés, des Miss Uni­vers et Mon­sieur- Ma­da­me­tout- le- monde. À Phu­ket, avant tout, the show must go on…

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