EN 20 ANS, NEW YORK À TO­TA­LE­MENT RE­BAT­TU SES CARTES. LA VILLE AF­FICHE UNE SAN­TÉ IN­SO­LENTE…

Grands Reportages - - États Unis -

la dé­cen­nie jus­qu’au mi­lieu des an­nées qua­tre­vingt- dix, n’est vrai­ment pas au mieux de sa forme. Une ville vio­lente, dan­ge­reuse. La mé­ga­pole, de ses fi­nances à son taux de cri­mi­na­li­té, s’en­fonce dans le rouge à tom­beau ou­vert. La dé­ser­ti­fi­ca­tion in­dus­trielle est lar­ge­ment en­ta­mée de­puis les an­nées soixante- dix. Friches et chô­mage : du trans­port à l’édu­ca­tion, les ser­vices pu­blics sont en chute libre. New York City Blues ? Har­lem, le Bronx, Queens, mais en­core Al­pha­bet city ou Bo­we­ry, sans ou­blier le très dé­con­trac­té Bryant Park ac­tuel, sont, à l’époque, en passe de de­ve­nir des su­per­mar­chés de la drogue. Le crack, un dé­ri­vé bas de gamme de la co­caïne, com­mence à s’en­gouf­frer, pour deux ou trois dol­lars la dose, dans les mi­lieux dé­fa­vo­ri­sés – blancs comme « co­lo­red » - des grandes villes amé­ri­caines. Am­biances d’époque ? Re­voyez Taxi Dri­ver ( 1976) ou en­core la dé­rive as­sez cau­che­mar­desque d’Af­ter Hours ( 1986) de Mar­tin Scor­sese. Ou re­li­sez Clo­kers ( Ri­chard Price/ 1992, por­té à l’écran par Spike Lee en 95). Autre épi­dé­mie, qui échappe de jus­tesse aux des­crip­tions de ce nu­mé­ro : le Si­da. Si un exergue de l’ar­ticle, « Les gays ne sont plus mar­gi­naux » pointe avec jus­tesse la to­lé­rance his­to­rique de la ville aux mou­ve­ments les­biens, gays, bi­sexuels ou trans­sexuels ( la pre­mière Gay Pride de l’his­toire s’est dé­rou­lée à NY en 70), pas un mot sur l’épi­dé­mie émergente, ap­pe­lée pour­tant GRID ( Gay- Re­la­ted Im­mune De­fi­cien­cy) alors en­core au­réo­lée de mys­tère et d’ignorance. La ma­la­die n’est pas propre à New York. Mais elle va mar­quer pro­fon­dé­ment les mi­lieux cultu­rels et un­der­ground de la ci­té. Une dé­cen­nie à ou­blier ? Pas si vous ai­mez la li­ber­té et l’éner­gie. Dans ce New York « dur » des an­nées quatre- vingt, la puis­sance créa­trice de la ville fonc­tionne à plein ré­gime. Dans la rue, la mu­sique s’em­pare de gi­gan­tesques block par­ties. Re­lé­guant le dis­co à une ai­mable frian­dise, le rap et la cul­ture Hip Hop sont par­tout. Les kids dansent sur les trot­toirs et dans les parcs. La nuit, la vi­bra­tion des Sound Sys­tems des­sine le phra­sé et les ra­cines d’un mou­ve­ment bien­tôt mon­dial. Des rames de mé­tro au moindre bout de mur, les graf­fi­tis et les tags trans­fi­gurent, eux, la sa­le­té des quar­tiers dé­gra­dés. Dans les ga­le­ries, les Jean- Michel Bas­quiat, Keith Haring ou Ken­ny Scharf prennent pied sur le mar­ché de l’art. Ces an­nées sonnent aus­si la fin des mou­ve­ments contes­ta­taires et de la Beat Ge­ne­ra­tion sur la côte est. On peut croi­ser Al­len Gins­berg dans Green­wich Vil­lage. Pat­ty Smith au CBGB. Mais le New York fin de siècle at­tend un maire em­blé­ma­tique, Ru­dolph Giu­lia­ni pour af­fi­cher un tout nou­veau vi­sage. 1994- 2001 : vous ne trou­ve­rez pas un New- yor­kais qui n’ait son mot à dire ( louanges ou in­jures) sur ces an­nées Ru­dy. En deux man­dats consé­cu­tifs, ce Ré­pu­bli­cain né à Brook­lyn va ( le terme est sou­vent em­ployé), « net­toyer la ville » . À coup de To­lé­rance Zé­ro pour les dé­lits de tout type, et avec 10 000 nou­veaux postes sup­plé­men­taires au NYPD, les chiffres de la dé­lin­quance, des cambriolages, des vols de voi­ture et des ho­mi­cides chu­te­ront tous de 70%! Giu­lia­ni lutte contre la cor­rup­tion, les ma­fias. Et re­dresse spec­ta­cu­lai­re­ment au pas­sage les fi­nances va­cillantes de Big Apple. New York fait peau neuve ? New York s’est asep­ti­sé ? De Har­lem à Brook­lyn, une vague de gen­tri­fi­ca­tion spec­ta­cu­laire ac­com­pagne ces an­nées flo­ris­santes. Exemple em­blé­ma­tique : le Lower East Side. En 1988, ce quar­tier mul­ti­ra­cial à haute con­cen­tra­tion de sans- abri et de tra­fics est en émeute qua­si ou­verte contre les forces de

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