MAL­GRÉ SON AM­BIANCE DE VIL­LÉ­GIA­TURE, LHAS­SA RESTE UNE VILLE SOUS HAUTE SUR­VEILLANCE

Grands Reportages - - Chine- Tibet -

À dé­faut, les in­nom­brables web­cams ins­tal­lées par­tout au­raient tôt fait de ra­meu­ter les es­couades an­ti­émeutes. Les au­to­ri­tés ont la han­tise des ma­ni­fes­ta­tions an­ti­chi­noises et des im­mo­la­tions par le feu de ci­toyens ti­bé­tains. Lhas­sa est de­ve­nue, de fait, la ca­pi­tale des ex­tinc­teurs. Pre­mière im­pres­sion : la ville est presque to­ta­le­ment si­ni­sée, ali­gnant des édi­fices sou­vent sans charme, plus ou moins mo­dernes. Le­ven­son évoque en 1985 une po­pu­la­tion de 100 000 ha­bi­tants, la ville a donc quin­tu­plé en trente ans ! Il est fa­cile de s’orien­ter à Lhas­sa : à l’ouest, la ville chi­noise, com­mer­çante et ad­mi­nis­tra­tive. Ar­chi­tec­tu­ra­le­ment in­si­pide. Là, c’est « bu­si­ness as usual » . Au centre, l’énorme masse du Mar­po­ri, ou col­line rouge, our­lée du Po­ta­la, l’an­cienne for­te­resse bi­co­lore des Da­laïLa­mas. Pa­lais blanc et pa­lais rouge té­moignent des deux pou­voirs, tem­po­rel ( po­li­tique) et in­tem­po­rel ( spi­ri­tuel) qui furent long­temps leur apa­nage. À l’est, la ville ti­bé­taine « his­to­rique » , re­li­gieuse et tou­ris­tique. C’est ici que tout se passe. Y règne en ap­pa­rence une at­mo­sphère dé­ten­due de centre de vil­lé­gia­ture. Des ar­ma­das de rick­shaw- cycles ba­rio­lés, char­gés de jeunes couples en shorts et lu­nettes de so­leil, ri­va­lisent de klaxons sur les grands bou­le­vards. Ma­ga­sins de mode pour élé­gantes, ga­le­ries d’art et res­tau­rants né­pa­lais, ti­bé­tains, mu­sul­mans ou si­chua­nais font le plein. Le centre com­mer­cial ul­tra- mo­derne Times Square, flam­bant neuf, ex­hibe avec os­ten­ta­tion ses es­ca­la­tors et ses bou­tiques de luxe. On consomme, on s’amuse, on rit fort. Sur les trot­toirs du quar­tier Snow­land, des jeunes Ti­bé­taines sont pen­chées sur les che­ve­lures de jeunes tou­ristes chi­noises, leur ap­pli­quant ces longues tresses de plumes mul­ti­co­lores, qui font fu­reur par­tout en Asie. Les nom­breux bor­dels em­blé­ma­tiques d’une ville pion­nière, d’une ville de gar­ni­son, et qui avaient pi­gnon sur rue, ont dis­pa­ru, rem­pla­cés par de dis­crètes of­fi­cines de coif­fure où l’on dis­pense, aus­si, des « mas­sages » dans les ar­rières salles. Seuls signes d’une ten­sion sous­ja­cente : les vi­giles ju­chés sur de nom­breux toits, ju­melles au poing, et les por­tiques rayons X avec fouilles au corps bor­dant tous les lieux « sen­sibles » , qu’ils soient saints ou tou­ris­tiques. Au­tant de sym­boles de la pa­ra­noïa am­biante, de­puis les graves émeutes de 2008. Deux sites prin­ci­paux conti­nuent de drai­ner le flot des vi­si­teurs. Le Po­ta­la d’abord, énorme, splen­dide, mi­ra­cu­leu­se­ment épar­gné par les Gardes rouges. Bien que ré­duit à l’état de co­quille mu­séo­gra­phique, far­ci de mi­cros, de ca­mé­ras et de flics en ci­vil, il conti­nue d’ai­man­ter les re­gards, les coeurs et les pas. Les tou­ristes- pè­le­rins n’ont droit

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