DANS LA VILLE, CO­EXISTENT TI­BÉ­TAINS BOUD­DHISTES, MU­SUL­MANS HUIS ET HANS TAOÏSTES

Grands Reportages - - Chine- Tibet -

cultu­relles ti­bé­taines. La maî­trise im­pec­cable du chi­nois s’avère aus­si cru­ciale, plus que de l’an­glais » . Tous ces jeunes hommes, vifs, at­ta­chants, ne rêvent que de voya­ger, de par­tir s’ins­tal­ler en Amé­rique ou en Eu­rope. « Nous pour­rions mieux ga­gner notre vie en es­sayant de nous faire em­bau­cher dans des banques, des com­merces ou pour le gou­ver­ne­ment, mais le plus im­por­tant, c’est de ne pas lais­ser aux seuls guides chi­nois le mo­no­pole de faire dé­cou­vrir notre pays, notre ci­vi­li­sa­tion » . Et plus tard, désa­bu­sés : « On passe par­fois nos jour­nées à boire du thé, à fu­mer, à par­ler de plages, de li­ber­té, de nos rêves im­pos­sibles… » Je com­prends aus­si pour­quoi il est si dif­fi­cile de trou­ver un taxi à Lhas­sa. L’adage lo­cal est élo­quent : « 2 000 taxis roulent à Lhas­sa, mais 200 seu­le­ment tra­vaillent » . La rai­son : après les émeutes de 2008, le gou­ver­ne­ment a na­tio­na­li­sé tous les taxis, de fa­çon à contrô­ler cette cor­po­ra­tion tur­bu­lente. Sa­la­riés, ils doivent re­ver­ser une re­cette d’en­vi­ron 300 yuans par jour ( en­vi­ron 37 eu­ros). Une fois leur quo­ta at­teint, en deux trois heures tout au plus, ils s’ar­rêtent sim­ple­ment de prendre des clients ! Heu­reu­se­ment, les rick­shaws res­tent pri­vés et se dis­putent en­core les voya­geurs, mais leurs prix sont sou­vent su­pé­rieurs à ceux des taxis, et ils ne peuvent al­ler par­tout, car sou­mis à un plan de cir­cu­la­tion très strict. Autre té­moi­gnage, re­cueilli au­près d’un étu­diant ti­bé­tain : « Vous les tou­ristes, rous­pé­tez au su­jet de la dif­fi­cul­té ac­crue de vous rendre et de voya­ger au Ti­bet, de la paperasserie, des règles tou­jours plus contrai­gnantes : tour or­ga­ni­sé et ca­dré à l’avance, guide obli­ga­toire, per­mis spé­cial pour la ré­gion au­to­nome hy­per­con­trô­lée, interdiction de prendre des pho­tos à l’in­té­rieur des temples et mo­nas­tères… Mais pen­sez à notre si­tua­tion, ci­toyens de se­conde classe dans notre propre pays ! Il est de­ve­nu par exemple qua­si­ment im­pos­sible, pour un Ti­bé­tain, d’ob­te­nir un pas­se­port : pas moins de onze ad­mi­nis­tra­tions sont concer­nées ! Bri­mades ad­mi­nis­tra­tives et po­li­cières, res­tric­tions de toute sorte, paperasserie gran­dis­sante, chan­ge­ments in­ces­sants des règles, tout ce­la est notre lot quo­ti­dien. La sen­sa­tion de suf­fo­ca­tion lente, à la mer­ci d’un sys­tème froid, dur, in­hu­main. Que compte les pro­grès du dé­ve­lop­pe­ment, qui ne sont pas prio­ri­taires pour nous, en re­gard des aber­ra­tions de la co­lo­ni­sa­tion mas­sive ? En nous pre­nant notre pays, les Chi­nois nous ont ap­por­té beau­coup de souf­frances et de frus­tra­tions. Certes, ils ont mis fin à la théo­cra­tie, au ser­vage et à la dé­ca­dence de l’aris­to­cra­tie ti­bé­taine. À la place, nous avons main­te­nant la Chi­no­cra­tie, ou PC- cra­tie, nous sommes as­ser­vis par un pays tiers, et nous su­bis­sons la cor­rup­tion des élites qui nous gou­vernent. Où est le pro­grès ?

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