ON DI­RAIT LE SUD…

Grands Reportages - - Top 25 - TEXTE ET PHO­TOS FRANCK CHAR­TON

Le Ma­roc ac­cueille plus de tour­nages qu’au­cun autre pays d’Afrique grâce à la di­ver­si­té de ses pay­sages. Mon­tagnes de l’At­las, sables du Sa­ha­ra, route des cas­bahs, dje­bels, lit­to­ral at­lan­tique…, le sud foi­sonne à lui seul d’une mul­ti­tude de « dé­cors » ins­pi­rants. Ils s’ap­pellent Oth­mar, Ayub, Ra­chid ou Mou­rad. Ils ont au­tour de 10 ans et un sa­cré coup d’oeil.

Ce sont les pe­tits « fron­deurs » d’Imi N’Ifri, ( « en­trée de la grotte » ) : de re­dou­tables chas­seurs d’hi­ron­delles des ca­vernes. À 15- 20 mètres, ju­chés sur une vire acro­ba­tique, ils ar­rivent à faire mouche sur les gra­cieux vo­la­tiles ni­chés dans les an­frac­tuo­si­tés de la gi­gan­tesque arche de tuf ocre, si­tuée à la sor­tie de Dem­nate. En moins de vingt mi­nutes, ils en « dé­gom­me­ront » trois, ce qui n’em­pêche nul­le­ment la ronde des autres, vol­ti­geant et piaillant à tout va en un étour­dis­sant bal­let. Plu­més, dé­ca­pi­tés et évis­cé­rés en un tour­ne­main, les voi­là prêts à la vente ou à la consom­ma­tion. « Ma mère dit que ce n’est pas bien, mais elle les cuisine quand même ! » lâche Ayub avec un clin d’oeil. Mag­daz est sans doute le plus beau vil­lage de la Tes­saout, et même de l’At­las oc­ci­den­tal. Il semble tout droit sor­ti d’une gra­vure d’époque. Pas de fils élec­triques, pas de rues, pas de voi­tures. Ados­sé contre la mon­tagne, au creux d’un val­lon ru­gueux éclai­ré par l’éclat cha­toyant des ver­gers et des ter­rasses, il se pré­sente comme un sa­vant em­pi­le­ment de mai­sons de terre dans un brou­ha­ha d’ânes char­gés de four­rage, pro­té­gé par une dou­zaine d’an­ciens gre­niers for­te­resses, ou tigh­remt, dres­sant leurs élé­gantes mu­railles au- des­sus des toits plats. Quelques pan­neaux so­laires et une poi­gnée d’an­tennes pa­ra­bo­liques rap­pellent que le pro­grès matériel est, dis­crè­te­ment, pas­sé par là. Une jour­née de piste nous sé­pare de la « val­lée heu­reuse » , le ter­ri­toire des Aït Bou­gue­mez : un sillon fer­tile ali­gnant une bro­chette d’oa­sis pros­pères, sous le géant tu­té­laire du M’Goun, « pa­tron » de l’At­las cen­tral avec ses 4 071 mètres. Des di­zaines de nids de ci­gognes coiffent murs et po­teaux, of­frant le spec­tacle dé­bri­dé des jeunes piaf­fant d’im­pa­tience de prendre leur en­vol, bat­tant les ailes et sau­tant comme des res­sorts. Au som­met du gre­nier ma­ra­bout de Si­di Mous­sa, construit de forme cir­cu­laire, en vi­gie entre Agou­ti et Ta­bant, nous tom­bons sur une cé­ré­mo­nie is­sue de la nuit des temps ber­bères. C’est le ri­tuel du pou­let. Sous la hou­lette de Ta­har Saïn, le vieil imam gar­dien du temple, une fa­mille lo­cale est ve­nue re­mer­cier le saint Mous­sa, à qui la sa­gesse po­pu­laire prête des pou­voirs ma­giques, d’avoir exau­cé son voeu de ma­ter­ni­té, après une longue pé­riode d’at­tente. Un coq et quatre poules sont pres­te­ment égor­gés de­vant les mu­railles de pierre do­mi­nant toute la val­lée, et mis à cuire. Leur dé­gus­ta­tion, après une courte prière et une of­frande au gar­dien, est une ma­nière de rendre grâce à la ma­gna­ni­mi­té de Si­di Mous­sa, ga­rant de la fé­con­di­té des fi­dèles. Après une suc­ces­sion d’orages et quelques cols sup­plé­men­taires, nous voi­ci dans l’At­las orien­tal. En bor­dure du sillon de l’As­sif Me­loul, le vil­lage d’Ou­di­ti, en fin de piste, est en ef­fer­ves­cence : les ber­gers Aït Ha­di­dou font vac­ci­ner leurs trou­peaux avant la mon­tée aux es­tives. De rudes Ber­bères em­poignent les mou­tons par les jar­rets et les poussent, telles des brouettes, vers le vé­té­ri­naire qui ino­cule à tour de bras. Il faut voir ces gaillards, sour­cils en ba­taille mais bac­chantes au garde à vous, le chèche de guin­gois dans la pous­sière et le tu­multe des bê­le­ments, la lippe tor­due par la con­cen­tra­tion. Mais « sur­tout pas de pho­tos » pré­vient le guide, « sous peine d’émeute »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.