VIET­NAM

Grands Reportages - - Sommaire - TEXTE RA­FAEL PIC

Chef- d’oeuvre de sculp­tures mi­né­rales plan­tées au coeur du golfe de Ton­kin, la baie d'Ha­long est vic­time de son suc­cès. À moins d'em­bar­quer pour sa pe­tite soeur ter­restre qui par­tage beau­coup de ses ca­rac­té­ris­tiques, la foule en moins.

Guide pra­tique pages93 et94.

CHEF- D’ OEUVRE DE SCULP­TURES MI­NÉ­RALES PLAN­TÉES AU COEUR DU GOLFE DE TON­KIN, LA BAIE D'HA­LONG EST D'ORES ET DÉ­JÀ VIC­TIME DE SON SUC­CÈS. TROP DE TOU­RISTES TUENT LE TOU­RISME. À MOINS D'EM­BAR­QUER POUR SA PE­TITE SOEUR TER­RESTRE QUI PAR­TAGE BEAU­COUP DE SES CA­RAC­TÉ­RIS­TIQUES, LA FOULE EN MOINS.

Sont- elles 1 600 ( comme l’an­nonce l’Unesco) ? 1 969 ( un chiffre cher aux au­to­ri­tés viet­na­miennes car cor­res­pon­dant à la date de la mort d’Ho Chi Minh) ? 3 000 ( comme le pré­tendent Wi­ki­pe­dia et cer­tains ha­bi­tants du lieu) ? Nul ne pour­ra ja­mais dé­ter­mi­ner le nombre pré­cis d’îles que contient la baie d’Ha­long, sur ses quelque 1 500 km2, au large du grand port d’Haï­phong. Moins d’une cen­taine est ha­bi­tée, les autres n’étant par­fois que de simples ro­chers émer­geant des eaux gris perle, et ser­vant de per­choir aux oi­seaux crieurs. Mais sans ce se­mis de blocs cal­caires, havres ché­ris des pê­cheurs lorsque les ty­phons dé­clenchent des tem­pêtes dan­tesques avec leurs vagues de 15 mètres, la baie d’Ha­long ne se­rait cer­tai­ne­ment pas ce qu’elle est. Qu’est- elle, au fond ? L’un des pay­sages my­thiques de notre pla­nète, sanc­ti­fié par deux clas­se­ments suc­ces­sifs au pa­tri­moine de l’Unesco ( 1994 et 2000) pour « re­pré­sen­ter des phé­no­mènes na­tu­rels ou des aires d'une beau­té na­tu­relle et d'une im­por­tance es­thé­tique ex­cep­tion­nelles » et pour être un exemple « émi­nem­ment re­pré­sen­ta­tif des grands stades de l'his­toire de la terre » . Dans la quête ef­fré­née de clas­se­ments et de hit- pa­rades qui ca­rac­té­rise notre temps, la baie d’Ha­long est un na­tu­ral win­ner. Au­tre­fois do­maine ex­clu­sif des pê­cheurs et de quelque spé­léo­logue au­da­cieux, la baie d’Ha­long est de­ve­nue une au­to­route du tou­risme in­ter­na­tio­nal. C’est, de loin, le site le plus po­pu­laire du Viet­nam, un pays qui, en s’ou­vrant, a vu sa fré­quen­ta­tion bon­dir de 3,5mil­lions de tou­ristes en 2006 à plus de 7mil­lions en 2013. Alors que la baie n’ac­cueillait que quelques di­zaines de mil­liers de per­sonnes en 1995, elle est dé­sor­mais sou­mise chaque an­née à la pres­sion de mil­lions de vi­si­teurs. On es­time que 200 000 voyages en ba­teau sont or­ga­ni­sés chaque an­née en baie d’Ha­long. Soit plus de cinq cents em­bar­que­ments par jour : on se croi­rait sur les quais de Rotterdam… Pour sub­ve­nir aux be­soins de ces pè­le­rins in­nom­brables et gé­né­ra­le­ment pres­sés d’en dé­coudre avec le pay­sage, les pe­tits bourgs de pê­cheurs sont de­ve­nus des ci­tés- dor­toirs où l’on dé­bite les pla­teaux- re­pas à la chaîne. Les cen­taines de ka­rao­kés et de sa­lons de mas­sage fré­quen­tés par des Chi­nois en go­guette n’ont même pas l’ex­cuse de res­sem­bler aux tri­pots du Shan­ghai de l’entre- deux­guerres : for­mi­ca, mo­les­kine et plexi­glas ne réus­sissent pas à res­sus­ci­ter les fan­tômes des lu­pa­nars à ve­lours rouge et des fu­me­ries d’opium cos­mo­po­lites… Est- ce à dire que la baie d’Ha­long doit être évi­tée ? Cer­tai­ne­ment pas, si l’on réus­sit à s’éloi­gner du quai et à pas­ser la nuit sur l’eau. Le si­lence de­vient alors sou­ve­rain et l’on ne voit plus que le bal­let des lan­ternes qui cli­gnotent sur l’eau. Du pont, on peut plon­ger dans le mi­roir li­quide, qui change de cou­leur avec les heures, en es­pé­rant que le fa­meux monstre long de 30 mètres ne vienne pas nous ava­ler par le bas. C’est que l’on est ici en ter­ri­toire my­tho­lo­gique, comme l’in­dique le nom Ha­long ou « le dragon qui des­cend » . Au­tre­fois, cet ani­mal sa­cré vint se pos­ter sur place pour ar­rê­ter les en­va­his­seurs et, après avoir fait place nette avec sa

PHO­TOS BER­TRAND RIE­GER

La vue de la baie d’Ha­long n’a rien per­du de sa ma­gie, ce qui lui a va­lu de fi­gu­rer dans le clas­se­ment des sept nou­velles « mer­veilles du monde » , éta­bli en 2012.

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