BA­GAN SE VI­SITE COMME UN LIVRE D’AR­CHI­TEC­TURE À CIEL OU­VERT

Grands Reportages - - Actus Lu -

Re­gar­dez, il n’existe pas plus bel en­droit au monde à survoler en mont­gol­fière… » souffle Sue Car­den, la pi­lote, en ti­rant sur son brû­leur alors que, len­te­ment, la na­celle s’élève sur la val­lée de l’Ir­ra­wa­dy en­core en­gour­die par la fraî­cheur de la nuit. « Seul le bal­lon per­met d’em­bras­ser du re­gard un site comme Ba­gan, avec ses cen­taines de pa­godes, de temples et de stû­pas qui se perdent jus­qu’à l’ho­ri­zon. » Pri­sés des vi­si­teurs, les sur­vols en mont­gol­fières per­mettent en ef­fet de sai­sir l’am­pleur de la « plaine des sei­gneurs » et de contem­pler du ciel ses mil­liers de pa­godes po­sées comme les pièces mo­nu­men­tales d’un échi­quier his­to­rique long­temps au centre de la Bir­ma­nie. Ba­gan, ou Pa­gan pour les an­glo­phones, ne fut- elle pas le coeur de l’em­pire entre le XIe et le XIIIe siècle ? Comme tant d’autres, la ca­pi­tale d’hier vit sur la ma­gni­fi­cence de son pas­sé. Fa­bu­leuse, elle dé­gage une au­ra ir­réelle à la croi­sée des époques et des ci­vi­li­sa­tions. Une at­mo­sphère qui tient un peu d’Ang­kor Vat ( Cam­bodge) avec son dé­cor de ci­té per­due gi­gan­tesque aux mo­nu­ments ren­dus à la na­ture. Une am­biance de Pu­sh­kar bir­man aus­si, avec sa terre pous­sié­reuse où hommes et bêtes piaffent dans la lu­mière am­brée. Un air de petit Ba­li tou­ris­tique – en­fin - avec son flo­ri­lège de bou­tiques à sou­ve­nirs, ses hô­tels et ses res­tau­rants bon mar­ché. Consi­dé­ré au­jourd’hui comme l’un des plus vastes sites ar­chéo­lo­giques d’Asie du sud- est, Ba­gan fut, du temps de sa splen­deur, la ca­pi­tale du pre­mier em­pire bir­man entre le XIe et le XIIIe siècle. Née de la réunion de 19 vil- lages aux en­vi­rons de l’an 849, Ba­gan se dé­ve­lop­pa à par­tir de 1044 sous l’in­fluence du roi Ana­wra­tha, qua­rante- deuxième sou­ve­rain de sa dy­nas­tie. À par­tir de ce car­re­four com­mer­cial stra­té­gique sur le fleuve Ayeyar­wa­dy, Ana­wra­tha uni­fia en ef­fet l’en­semble du pays et - fraî­che­ment conver­ti au boud­dhisme The­ra­va­da - en­tre­prit l’édi­fi­ca­tion d’im­menses pa­godes à la gloire du Boud­dha. Du­rant deux siècles et de­mi, ses suc­ces­seurs, em­por­tés par une même fer­veur re­li­gieuse et ar­chi­tec­tu­rale, bâ­tirent alors plus de 4 000 mo­nu­ments re­li­gieux, jus­qu’à ce que les troupes mon­goles de Ku­bi­laï Khan ne s’abattent sur l’Em­pire en 1287. Dé­chue, l’an­cienne ca­pi­tale som­bra alors dans l’ou­bli, jus­qu’à ce qu’un nou­veau ca­ta­clysme s’abatte sur le site en juillet 1975 : un trem­ble­ment de terre dé­vas­ta­teur de ma­gni­tude 6,5 sur l’échelle de Rich­ter ! Après près de vingt ans de tra­vaux de res­tau­ra­tion me­nés par le dé­par­te­ment d’Ar­chéo­lo­gie de Bir­ma­nie et l’Unesco, une qua­ran­taine de temples ma­jeurs ont été sau­vés, ren­dant à Ba­gan – un peu – de sa splen­deur d’au­tre­fois. « Beau­ti­ful… Beau­ti­ful… Beau­ti­ful… » , ré­pète un pas­sa­ger amé­ri­cain comme hyp­no­ti­sé par le dé­cor qui se dé­roule sous ses yeux alors que la mont­gol­fière prend de l’al­ti­tude. D’une am­pleur ex­cep­tion­nelle, le site, qui compte plus de deux mille mo­nu­ments, n’a pour­tant pas en­core été clas­sé sur la liste du pa­tri­moine mon­dial de l’hu­ma­ni­té. « Beau­coup de spé­cia­listes consi­dèrent que Ba­gan fait par­tie des sites ma­jeurs du pa­tri­moine in­ter­na­tio­nal, car il consti­tue un té­moi­gnage unique de l’his­toire du boud­dhisme » , es­time ce­pen­dant Kyung

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