MÉ­CON­NU, LE SITE AR­CHÉO­LO­GIQUE DE BA­GAN COMPTE POUR­TANT PAR­MI LES PLUS VASTES D’ASIE DU SUD- EST

Grands Reportages - - Actus Lu -

Hoon Yi, l’un des ex­perts de l’Unesco char­gés de la mise en oeuvre de la conven­tion du pa­tri­moine mon­dial au Myanmar. Après une pre­mière ten­ta­tive d’ins­crip­tion pré­sen­tée par le dé­par­te­ment d’Ar­chéo­lo­gie en oc­tobre 1996, la can­di­da­ture a été re­je­tée par l’ins­ti­tu­tion qui poin­ta le manque de ri­gueur lors des tra­vaux de res­tau­ra­tion ain­si que l’ab­sence to­tale de loi pro­té­geant et en­ca­drant le dé­ve­lop­pe­ment du site. Les pro­grammes de tra­vaux ini­tiés par la junte dans les an­nées quatre- vingt- dix ont en ef­fet été una­ni­me­ment condam­nés par une com­mu­nau­té scien­ti­fique émue des re­cons­truc­tions ju­gées hâ­tives et ar­bi­traires. Deux concep­tions ra­di­ca­le­ment op­po­sées s’af­frontent en ef­fet au­tour de l’in­es­ti­mable site. D’un cô­té, l’Unesco sou­haite conser­ver l’au­then­ti­ci­té des bâ­ti­ments sé­cu­laires avec des moyens de pré­ser­va­tion res­pec­tueux des formes et des tech­niques ori­gi­nelles. De l’autre, les Bir­mans consi­dèrent le site comme un site vi­vant où les boud­dhistes en pè­le­ri­nages viennent pour ac­qué­rir des mé­rites… en par­ti­ci­pant à sa re­cons­truc­tion. Nulle ac­tion plus mé­ri­toire pour un boud­dhiste que de construire un temple ou un stû­pa. L’ar­gent ré­col­té par les dons per­met ain­si de payer de nou­velles constructions et « res­tau­ra­tions » réa­li­sées – non pas par une ins­ti­tu­tion com­pé­tente et scien­ti­fique – mais par des so­cié­tés pri­vées qui re­cherchent la ren­ta­bi­li­té plus que la fi­dé­li­té his­to­rique. Un pro­blème d’au­tant plus cru­cial que le dé­par­te­ment d’Ar­chéo­lo­gie du Myanmar au­to­rise ou en­cou­rage lui- même des constructions qui dé­na­tu- rent le site. Ins­pi­ré d’un pa­lais royal, le mu­sée ar­chéo­lo­gique a ain­si été bâ­ti en 1998 au coeur des pa­godes. Une tour pa­no­ra­mique a éga­le­ment été ou­verte en avril2005. Sui­vie par un golf et une voie ra­pide. Connue pour ses dé­ci­sions ra­di­cales et ses in­ter­ven­tions mus­clées, la junte s’est éga­le­ment illus­trée lors de ce que beau­coup ont ap­pe­lé le « dé­mé­na­ge­ment for­cé » . Il y a une ving­taine d’an­nées, les ha­bi­tants de Ba­gan étaient en ef­fet ma­jo­ri­tai­re­ment ins­tal­lés au coeur de la zone ar­chéo­lo­gique, à l’in­té­rieur même des mu­railles de la ci­té an­tique. Of­fi­ciel­le­ment pour des rai­sons ar­chéo­lo­giques et tou­ris­tiques, le gou­ver­ne­ment dé­cré­ta en 1990 le déplacement for­cé de la po­pu­la­tion vers une zone aride et vierge si­tuée à 3 ki­lo­mètres au sud. On ra­conte ain­si que les six mille vil­la­geois n’eurent qu’une se­maine pour quit­ter les lieux et s’ins­tal­ler sur les terres vierges de ce qui est de­ve­nu le ha­meau de Ba­gan Myo­thit. Seuls, les bu­reaux de l’agence Myanmar Tra­vels & Tours et de la com­pa­gnie Myanmar Air­ways ain­si qu’une poi­gnée d’hô­tels de luxe ont été au­to­ri­sés à de­meu­rer sur place, fai­sant de l’en­droit un site tou­ris­tique pro­pret, dé­bar­ras­sé des pay­sans et des pe­tites échoppes ani­mées. De­puis ce dé­mé­na­ge­ment au­to­ri­taire et bru­tal, la vie a re­pris son cours. Le centre an­cien a été bap­ti­sé Old Ba­gan et la ville mo­derne New Ba­gan. Avec ré­si­gna­tion, les vil­la­geois ont re­cons­truit une pe­tite bour­gade ani­mée, bon­dée d’hô­tels et de res­tau­rants bon mar­ché. Comme si de rien n’était, la sai­son sui­vante, le com­merce est re­par­ti.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.