LES SPEC­TACLES FOLK­LO­RIQUES, ENTRE AUTRES, AN­NONCENT LA « DISNEYSATION » DE BA­GAN

Grands Reportages - - Actus Lu -

Chaque an­née, du­rant les mois d’hiver entre oc­tobre et mars, le site connaît un très fort af­flux tou­ris­tique. D’après les chiffres of­fi­ciels, Ba­gan a ac­cueilli 38 000 vi­si­teurs en 2008, 55 000 en 2009, 76 000 en 2010 et 102 000 en 2011. Une aug­men­ta­tion ré­gu­lière qui pré­fi­gure à peine la fa­ra­mi­neuse crois­sance pro­gram­mée en 2013, 2014 et 2015. « Avec les chan­ge­ments po­li­tiques, nous nous at­ten­dons à ce que le tou­risme aug­mente au cours des pro­chaines an­nées » , pré­dit Che­try Win Tin, le di­rec­teur d’une agence lo­cale de tou­risme. « Et si le tou­risme ex­plose, Ba­gan va ex­plo­ser ! » Nom­breux sont les ob­ser­va­teurs à s’in­quié­ter du dé­ve­lop­pe­ment an­non­cé du pays, dont Ba­gan se­rait pro­ba­ble­ment l’un des pre­miers bé­né­fi­ciaires. « Nous sommes at­ten­tifs à la sur­fré­quen­ta­tion du sit e » pré­cise ce­pen­dant U Htay Aung, le mi­nistre des Hô­tels et du Tou­risme. « La pres­sion éco­no­mique est forte, mais nous avons d’ores et dé­jà mis en oeuvre de nom­breux pro­jets afin de pré­ser­ver Ba­gan au mieux. Au­cun nou­vel hô­tel ne pour­ra voir le jour à proxi­mi­té du site : tous les nou­veaux éta­blis­se­ments de­vront être construits à Pak­ko­ku, de l’autre cô­té du fleuve. Nous pla­ni­fions éga­le­ment de dé­pla­cer l’aé­ro­port de Ba­gan pour l’éloi­gner du com­plexe ar­chéo­lo­gique. » Au­jourd’hui, avec l’ou­ver­ture dont fait preuve le ré­gime, les ex­cès du pas­sé se­ront- ils oubliés ? Dé­mé­na­ge­ment for­cé, res­tau­ra­tions bâ­clées et constructions ana­chro­niques ne se­raient que de mau­vais sou­ve­nirs, af­firment les dé­fen­seurs du site. Voire. Lors d’une vi­site of­fi­cielle à Ba­gan, le 8 août 2012, la di­rec­trice gé­né­rale de l’Unesco, Iri­na Bo­ko­va, a ain­si en­cou­ra­gé les au­to­ri­tés bir­manes à sou­mettre une nouvelle fois la can­di­da­ture du site ar­chéo­lo­gique à une ins­crip­tion sur la liste du pa­tri­moine mon­dial. Au cours de cette ren­contre, le di­rec­teur gé­né­ral du dé­par­te­ment d’Ar­chéo­lo­gie, U Kyaw Oo Lwin a of­fi­ciel­le­ment sol­li­ci­té l’aide de l’Unesco pour mettre en oeuvre un pro­gramme de conser­va­tion, de res­tau­ra­tion et d’éli­gi­bi­li­té du site. D’après l’Unesco, « bien que le gou­ver­ne­ment se pré­pare à pré­sen­ter la can­di­da­ture de l’an­cienne ci­té de Pyu à l’Unesco en 2013, les au­to­ri­tés bir­manes tra­vaillent éga­le­ment à la ré­so­lu­tion des dif­fé­rents pro­blèmes de ges­tion du site de Ba­gan et à l’éla­bo­ra­tion d’un plan ri­gou­reux de pré­ser­va­tion du site. » D’une am­pleur com­pa­rable aux cé­lèbres temples d’Ang­kor, le site re­join­dra pro­ba­ble­ment bien­tôt la longue liste des sites re­con­nus par l’Unesco pour leur in­es­ti­mable va­leur à l’échelle de notre ci­vi­li­sa­tion. Au terme du vol en bal­lon, per­sonne n’a de doute sur la ques­tion : Ba­gan n’a pas d’égal de par le monde ! « Beau­ti­ful… Beau­ti­ful… Beau­ti­ful… » , ré­pète tou­jours le New- yor­kais, alors que la na­celle re­trouve la terre ferme. En dou­ceur. Comme si elle ne l’avait ja­mais quit­tée. « Dé­jà ? » s’étonnent deux pas­sa­gers qui n’ont pas vu pas­ser le temps. Le voyage en bal­lon n’a du­ré qu’une heure. Pour­tant, la mont­gol­fière a sur­vo­lé plus de dix siècles d’his­toire.

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