LA PRÉ­SENCE HU­MAINE DANS LA BAIE D’HA­LONG RE­MONTE À PRÈS DE 20 000 ANS

Grands Reportages - - Actus Lu -

queue cou­pante, dé­ci­da de s’y éta­blir. Sa pro­gé­ni­ture veille en­core dans les pro­fon­deurs… Il fal­lait bien l’aide de la lé­gende pour ex­pli­quer ces for­ma­tions kars­tiques in­com­pré­hen­sibles. La théo­rie sou­tient que c’est le fleuve Rouge, avec l’aide d’une forte éro­sion éolienne et plu­viale, qui ef­fec­tua ces dé­cou­pages uniques, se fai­sant un plai­sir de mo­de­ler comme du beurre ce cal­caire doux, créé il y a 300mil­lions d’an­nées par ac­cu­mu­la­tion de sé­di­ments ma­rins, pour pro­duire des feng­cong ( pi­tons co­niques) ou des fen­glin ( karsts à tours). Un effondrement du bas­sin au­rait en­suite per­mis à la mer de re­ve­nir en­va­hir le dé­cor. Ses al­lées et ve­nues ont conti­nué l’oeuvre de sculp­ture, créant des gorges à la base des fa­laises, comme on n’en voit nulle part ailleurs dans le monde. Deux icônes du free­clim­bing, les Amé­ri­cains Todd Skin­ner et Lynn Hill, qui furent les pre­miers à les es­ca­la­der en 1996, après l’ou­ver­ture du pays, par­laient dans Na­tio­nal Geo­gra­phic d’une « folle fo­rêt de pierre » . Notre guide, Dong, ne ta­rit pas non plus d’éloges sur la spé­ci­fi­ci­té de ces for­ma­tions. Mais il en­tend aus­si at­ti­rer notre at­ten­tion sur d’autres re­cords : « On trouve dans les eaux de la baie d’Ha­long plus de 400 es­pèces de pois­sons, 160 es­pèces de co­rail, 140 es­pèces d’algues, 40 types dif­fé­rents de man­grove. Même les grottes y sont ex­cep­tion­nelles par leurs di­men­sions. Celle- ci, dite des Sur­prises, a été dé­cou­verte par des ma­rins fran­çais, en 1904. Re­gar­dez leurs graf­fi­tis ! » Les Fran­çais ne res­pectent donc rien, à si­gner ain­si cha­cune de leurs conquêtes… La bous- cu­lade au por­tillon d’en­trée, les échos des com­men­taires qui s’en­tre­choquent sous la voûte, les éclai­rages verts ou bleus comme dans un sons et lu­mières ne donnent qu’une en­vie : re­tour­ner sur l’eau et at­tendre que le cré­pus­cule éclair­cisse les rangs des fausses jonques. Dans les vil­lages flot­tants, les po­lis­seurs de perles rangent leurs cou­teaux à manche de plas­tique jaune et l’on ferme la porte de l’école. Comme par­tout, celle- ci pos­sède ses bancs en bois, ses des­sins ac­cro­chés aux murs, son globe. Mais le plan­cher tangue… La nuit tombe et la lune – for­cé­ment – éclaire le pay­sage. On dé­roule le ca­bes­tan et l’on jette l’ancre. La mer est d’encre – for­cé­ment – et l’on se ré­gale de crabes et de soupe de pois­son, de riz et de ca­la­mars frits, et du fa­meux cha ca épi­cé. Au petit ma­tin, c’est sûr, on ver­ra le pê­cheur pas­ser sur son em­bar­ca­tion, ti­rant ses fi­lets ra­vau­dés tan­dis que ses hardes sèchent sur la corde ten­due. D’ailleurs, le voi­ci à l’ombre des ba­teaux de croi­sière en­core as­sou­pis. On le croi­rait sor­ti du car­ré de soie Her­mès « Jonques et sam­pans » … Rien de neuf ! Son an­cêtre fai­sait les mêmes gestes et vi­vait la même exis­tence. Dans un Viet­nam en trans­for­ma­tion fré­né­tique, voi­là un homme qui tient fer­me­ment les fils du pas­sé… Une baie d’Ha­long, il ne peut y en avoir qu’une. En réa­li­té, non : il en existe une se­conde. Elle a une par­ti­cu­la­ri­té : elle est au mi­lieu des terres. Dé­nom­mer un lieu du nom sur­réa­liste de « baie d’Ha­long ter­restre » , n’est- ce pas un abus de pou­voir, une basse ma­noeuvre mar­ke­ting ? Pas tant que ce­la. Si cet épi­gone se trouve

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.