D’INS­PI­RA­TION PER­SANE, LES HA­VE­LÎS RA­CONTENT AVEC FASTE LA VIE DE COUR ET CELLE DES CA­RA­VANES

Grands Reportages - - Actus Lu -

Mais les pro­blèmes res­tent im­por­tants. Seule l'ins­crip­tion de ces pa­lais au Pa­tri­moine mon­dial de l’Unesco pour­rait les sau­ver » . Na­wal­ga­rh, Ram­nath Po­dar Ha­ve­lî, éton­nant té­moi­gnage du faste de l’âge d’or des Marwaris. De­puis le XVIe­siècle, de nou­velles routes com­mer­ciales s’étaient dé­ve­lop­pées au nord de l’Inde, au car­re­four des mar­chan­dises ve­nues d’Af­gha­nis­tan, du Pa­kis­tan, d’Irak ou de Sy­rie. La tra­ver­sée du dé­sert de Thar était alors re­dou­tée, avec peu de ca­ra­van­sé­rails pour faire étape. Certes, le pas­sage par la plaine de Jaï­pur, au sud, était plus fa­cile, mais le ma­ha­rad­jah im­po­sant de lourdes taxes, les mar­chands eurent tôt fait de com­prendre les bé­né­fices qu’ils au­raient à créer un nou­vel axe de tran­sit via le Shekhawati, s’ap­puyant sur des routes gra­tuites et un ré­seau d’étapes al­liant l’utile et l’agréable : les ha­ve­lîs, lieux de com­merce et d’hé­ber­ge­ment sé­cu­ri­sés. Cette double fonc­tion – af­faires et vie do­mes­tique – a dé­ter­mi­né une ar­chi­tec­ture spé­ci­fique dans l’or­don­nan­ce­ment des pièces et la dé­co­ra­tion artistique : la pre­mière cour, dont la taille va­rie en fonc­tion du sta­tut de la fa­mille, rem­plis­sait donc une fonc­tion so­ciale et com­mer­ciale, ré­ser­vée aux hommes. Murs et pla­fonds sont fas­tueux, sa­tu­rés de cou­leurs vives. Il s’agis­sait de flat­ter le vi­si­teur et d’im­pres­sion­ner le mar­chand afin de dé­mar­rer la né­go­cia­tion en po­si­tion de force. Sur les murs, des illus­tra­tions lé­gères : ban­quets, danses, scènes de séduction, comme ces femmes, par­fois re­pré­sen­tées avec des cor­sages lais­sant ap­pa­raître le

En échange de quelques rou­pies, les vi­si­teurs peuvent ad­mi­rer les tré­sors des mai­sons de fa­mille de riches mar­chands Marwaris, ici la ha­ve­lî Mur­mu­ria, à Man­da­wa.

bas des seins. Der­rière, pro­té­gée des re­gards par une chi­cane, ve­nait la deuxième cour, beau­coup plus sobre dans sa dé­co­ra­tion, do­maine ex­clu­sif des femmes. Ce ze­na­na ou pur­da­na, avec au centre un es­pace de sable à ciel ou­vert pour la vais­selle ou les ablutions, est bor­dé par les pièces uti­li­taires : cui­sines, gre­niers, ré­serves, avec les ap­par­te­ments pri­vés à l’étage. Après l’âge d’or du Shekhawati, du XVIIIe à la deuxième moi­tié du XIXe siècle, le com­merce est ré­or­ga­ni­sé sous l’in­fluence de la co­lo­ni­sa­tion bri­tan­nique, no­tam­ment par voie fer­rée et ma­ri­time : la ré­gion, en­cla­vée, en­tame un dé­clin ir­ré­ver­sible. Les Marwaris, qui ont fait for­tune au Shekhawati, s’ins­tallent dans les métropoles ma­ri­times mais ils conti­nue­ront, jus­qu’au dé­but du XXe siècle, à édi­fier et dé­co­rer des de­meures pa­la­tiales, pour mon­trer à tous leurs suc­cès en af­faires. Il est alors de bon ton d’ex­hi­ber sur ses murs, même si l’on n’y vit pas, ou peu, les nou­veaux sym­boles de la réus­site : trains, voi­tures, ba­teaux, ma­chines à va­peur… Ces nou­velles sources d’ins­pi­ra­tion contrastent de fa­çon insolite avec les por­traits de tha­kurs ( sei­gneurs lo­caux) ou de ra­jahs, les en­tre­chats des cour­ti­sanes, les dieux du pan­théon hin­douistes comme Ga­nesh ( puis­sance), Lax­mi ( pros­pé­ri­té), Kri­sh­na ( pro­tec­tion), ou en­core des ar­mées d’élé­phants, de dro­ma­daires et de che­vaux en grand ap­pa­rat, comme pour pro­té­ger les re­liques d’un monde en­fui.

Dé­tail d’une fresque de l’éco- mu­sée Anan­di Lal Pod­dar Ha­ve­lî, à Na­wal­ga­rh.

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