LES DANSES : DES JEUX DES­TI­NÉS À SÉ­DUIRE ET CONTEN­TER LA DÉI­TÉ

Grands Reportages - - Spécial Tibet Amdo -

prennent. Il bon­dit d’un coup sec, les yeux exor­bi­tés. Lha ba Ten­zim­bim donne des ordres aux vil­la­geois ve­nus dan­ser, pu­nit cer­tains, change d’autres de place. Il ef­fec­tue sa propre mise en scène, pos­sé­dé par l’es­prit. Les hommes lui obéissent. Ces danses sont consi­dé­rées comme des jeux, des­ti­nés à sé­duire et conten­ter la déi­té. Ain­si le Lha ba s’oc­troie- t- il le droit d’en dé­fi­nir les règles. En échange, les dan­seurs ( les joueurs) lui de­mandent ses fa­veurs : ob­te­nir d’abon­dantes mois­sons, échap­per aux ma­la­dies ain­si qu’aux ac­ci­dents… Dé­jà ci­té dans des textes re­trou­vés dans les grottes de Dun­huang, le Lurol trou­ve­rait son ori­gine au temps du roi Tri Ral­pa­chen au IXe siècle. De nom­breux conflits entre le Ti­bet et son voi­sin chi­nois, in­ci­tèrent le pays des neiges à si­gner un trai­té de paix en 821. La stèle au pied du Jo­khang à Lhas­sa at­teste de cet ac­cord si­no- ti­bé­tain. Le prin­ci­pal gar­de­fron­tière du Ti­bet ( le gé­né­ral Reb Tsha), ma­rié à une fille de la ré­gion, fit alors une grande cé­ré­mo­nie pour com­mé­mo­rer l’évé­ne­ment. De nom­breuses danses eurent lieu, com­plé­tées par des of­frandes et des sa­cri­fices de chèvres. Cette fête de­vint le ri­tuel ma­jeur de la ré­gion, qui re­met en scène chaque an­née le banquet des gardes fron­tières ac­com­pa­gné de ses of­frandes et sa­cri­fices. Les joueurs de tam­bours, dont cer­tains n’ont pas huit ans, ont les joues trans­per­cées de « bro­chettes » de 30 cm de long ; dans leurs dos, une dou­zaine d’ai­guilles de plus sont ac­cro­chées à leur peau. Au fur et à me­sure que la danse s’ac­cé­lère, les piques se dé­tachent des corps et tombent au sol, telles des sang­sues ga­vées. Le Lha ba du vil­lage de Lhang­gya vient de s’as­per­ger d’un litre d’al­cool. La tête et la che­mise trem­pées, un oeil à moi­tié fer­mé, la lame d’un cou­teau entre les dents, il en­tre­prend d’es­ca­la­der le mât qui sur­monte l’ef­fi­gie du Lha ( la déi­té). Ar­ri­vé au som­met, il at­trape le cou­teau qu’il te­nait dans la bouche, pour s’en­tailler le front et lais­ser dé­gou­li­ner un gros fi­let de sang. Non loin de là, des chèvres de paille com­mencent à flam­ber, sym­bo­li­sant ain­si toutes les vraies chèvres qui ont été grillées avant qu’il ne soit in­ter­dit de le faire. Bien que le

Les jeunes hommes du vil­lage de To­gay sont ali­gnés, les dos trans­per­cés de pic, un tam­bour à la main. Dans quelques ins­tants, ils dan­se­ront

pour le plai­sir des es­prits du lieu.

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