LE FES­TI­VAL MÊLE IN­TENSE DÉ­VO­TION RE­LI­GIEUSE ET NOM­BREUX ÉPI­SODES FES­TIFS

Grands Reportages - - Spécial Tibet Amdo -

toile ré­vèle l’image du boud­dha Ami­tabha en pos­ture de mé­di­ta­tion, te­nant entre ses mains un vase conte­nant le nectar d’im­mor­ta­li­té. Consi­dé­ré comme le « boud­dha des boud­dhas » , il est re­vê­tu de rouge, cou­leur du so­leil cou­chant, de la com­pas­sion et de l’amour bien­veillant. Pour la mul­ti­tude mas­sée à ses pieds, la vision de ce « boud­dha de lu­mière in­fi­nie » est, à elle seule, une grâce, une aide pré­cieuse, un via­tique pour com­men­cer l’an­née sous les meilleurs aus­pices. Mais tous ne sont pas dans la même dis­po­si­tion d’es­prit : ados­sé à la ri­vière, face à la grande thang­ka, un dé­ta­che­ment de po­li­ciers an­ti­émeute monte la garde, prêt à pa­rer à toute éven­tua­li­té. De­puis le dé­but des fes­ti­vi­tés, la ten­sion est pal­pable : Les ca­mé­ras de sur­veillance tournent 24 heures sur 24, les com­mu­ni­ca­tions sont cou­pées, té­lé­phones por­tables et in­ter­net ne fonc­tionnent plus pour évi­ter tout risque de mé­dia­ti­sa­tion en cas de dé­ra­page. Cette fois- ci pour­tant, les seuls dé­bor­de­ments vien­dront d’un grand tigre en pa­pier mâ­ché, trouble fête de car­na­val, char­gé par les au­to­ri­tés mo­nas­tiques de conte­nir la foule en fon­çant sans crier gare vers tous ceux qui sortent des li­mites im­po­sées. Une fois la thang­ka re­pliée, le flot des pè­le­rins se dis­perse peu à peu dans le dé­dale des ruelles avoi­si­nantes. Les femmes ar­borent leurs plus belles pa­rures, lourds col­liers de co­rail, pen­den­tifs et boucles d’oreille en tur­quoise, les éle­veurs no­mades ont re­vê­tu pour l’oc­ca­sion leurs splen­dides toques de four­rure, leurs man­teaux de fête aux cols et manches re­haus­sés de bro­cart. La jour­née du len­de­main est consa­crée aux danses ri­tuelles dans la cour de la salle de prière du Grand Su­tra, ados­sée à la col­line. La foule est plus dense en­core et il faut à grand- peine se frayer un che­min pour ten­ter d’aper­ce­voir quelques bribes du spec­tacle. Seule dif­fé­rence no­table avec les mo­nas­tères pré­cé­dents, des ca­va­liers laïcs en te­nue d’ap­pa­rat font leur ap­pa­ri­tion. Vê­tus comme des princes de sang, coif­fés de larges couvre- chefs à franges rouges, ils as­surent le ser­vice d’ordre, ac­com­pagnent la mise en place d’une grande tor­ma et cé­lèbrent sa des­truc­tion par des salves de vieux mous­quets. La fête se ter­mine en apo­théose l‘ après- mi­di sui­vant par une éton­nante ex­po­si­tion de sculp­tures en beurre de yack. Ces ex­tra­or­di­naires réa­li­sa­tions ont de­man­dé aux moines près de trois mois de tra­vail dans des salles non chauf­fées pour pré­ser­ver l’in­té­gri­té des oeuvres. Ils ont dû pé­trir à mains nues des mottes en­tières plon­gées dans l’eau froide, qu’ils ont peintes d’un mé­lange de beurre cré­meux et de cou­leurs. Pla­cées sur des pan­neaux de bois, les sculp­tures, qui re­pré­sentent boud­dhas et déi­tés pro­tec­trices, au­réo­lés d’une pro­fu­sion de fleurs et de dra­gons, sont his­sées à la vue de tous sur des écha­fau­dages hauts de 4 m, coif­fés de pa­ra­sols. Le jour dé­cline peu à peu : Une neige per­sis­tante s’est mise à tour­billon­ner, sau­pou­drant la scène et la ville tout en­tière d’une fine couche im­ma­cu­lée. Im­pi­toyables, le gel et le froid re­prennent leurs droits. Pour­tant, la fer­veur des fi­dèles, ras­sem­blés en une longue file in­in­ter­rom­pue, ne fai­blit pas. Ils at­tendent vaillam­ment leur tour sous la bour­rasque et re­çoivent un à un l’ul­time bé­né­dic­tion de ces images éphé­mères, source d’émer­veille­ment et nour­ri­ture pour l’âme…

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