LOIN DES CLI­CHÉS DE CI­NÉ­MA, LES NA­VA­JOS ROULENT EN 4X4 ET LISENT LE NA­VA­JO TIMES

Grands Reportages - - Usa Road Movie Arizona / Utah / Nouveau Mexique -

Adap­té du ro­man épo­nyme de l’Amé­ri­cain Mi­chael Blake, le film

est in­ti­me­ment lié à Ke­vin Cost­ner, qui en fût à la fois le pro­duc­teur, l’acteur prin­ci­pal et le réa­li­sa­teur. Sor­ti en 1990, le film re­trace la lente

mé­ta­mor­phose du lieu­te­nant nor­diste John Dun­bar qui, res­té

seul gar­dien d’un avant- poste iso­lé dans la fo­rêt, par­tage peu à

peu la vie des in­diens Sioux jus­qu’à de­ve­nir l’un d’entre eux. e ci­né­ma a to­ta­le­ment fa­çon­né l’image de s Amé­rin­diens. Au­jourd’hui, lorsque les voya­geurs étran­gers viennent ici, cer­tains ima­ginent que nous por­tons tou­jours des plumes et que nous vi­vons par­qués dans des ré­serves » , re­grette Do­no­van Han­ley, le res­pon­sable des ventes de la Na­va­jo Na­tion Hos­pi­ta­li­ty En­ter­prise, la so­cié­té de tou­risme gé­rée par la com­mu­nau­té na­va­jo. « Mais en ve­nant jus­qu’en Ari­zo­na, ils dé­couvrent que la réa­li­té n’est plus celle de Danse avec les loups… » Pro­duit, réa­li­sé et in­ter­pré­té par Ke­vin Cost­ner en 1990, le film Danse avec les loups a pour­tant beau­coup par­ti­ci­pé au re­nou­veau de l’image des In­diens. « Qu’on le consi­dère comme un bon film ou comme une es­cro­que­rie in­tel­lec­tuelle, ce film em­blé­ma­tise une évo­lu­tion de l’ico­no­gra­phie de l’In­dien… » juge Anne Gar­rait- Bour­rier, maître de confé­rences à l’Uni­ver­si­té de Cler­mont- Fer­rand et spé­cia­liste de la lit­té­ra­ture amé­rin­dienne. Par­mi les cen­taines de Wes­terns pro­duits de­puis les an­nées 1920, Danse avec les loups est en ef­fet l’un des pre­miers à don­ner une vi­sion moins ma­ni­chéenne des Amé­rin­diens. Ré­com­pen­sé par sept Os­cars, trois Gol­den Globes, un Gram­my Award et un Ours d’ar­gent au Festival In­ter­na­tio­nal de Ber­lin, ce long mé­trage compte par­mi les plus pri­més de l’his­toire du ci­né­ma. « Comme la plu­part des wes­terns, ce film foi­sonne de cli­chés mais pour une fois, les In­diens ne sont pas de simples sau­vages, vio­lents et bru­taux » , pré­cise un guide na­va­jo ori­gi­naire de l’Utah. « Le ro­man de Mi­chael Blake du­quel a été ti­ré le film met en scène des Co­manches, et pour son adap­ta­tion, Cost­ner les a trans­for­més en Sioux… Mal­gré nos dif­fé­rences de langues et de culture, nous consi­dé­rons tous les In­diens comme des frères et nous aus­si, les Na­va­jos, avons été tou­chés par cette vi­sion plus mo­derne. » Avec trois cent dix mille in­di­vi­dus ré­par­tis à tra­vers le pays, les Na­va­jos consti­tuent au­jourd’hui le plus im­por­tant groupe eth­nique des États- Unis. Près de la moi­tié de cette po­pu­la­tion vit dans une ré­gion re­pré­sen­tant plus de 10% de la sur­face de la France. Avec ses soixante- et- onze mille ki­lo­mètres car­rés ré­par­tis au nord de l’Ari­zo­na, au sud- est de l’Utah et au nord- ouest du Nou­veau- Mexique, ce ter­ri­toire consti­tue ain­si la plus vaste ré­serve amé­rin­dienne du pays. Ma­gni­fiques de dé­nue­ment, ces terres na­va­jos sont ex­trê­me­ment arides, pous­sié­reuses et in­hos­pi­ta­lières, avec des tem­pé­ra­tures qui peuvent dé­pas­ser les 40° C en été. Tra­di tion nel­le­ment et spi­ri­tuel­le­ment, elles sont dé­li­mi­tées par quatre mon­tagnes sa­crées : la mon­tagne Bleue ( San Fran­cis­co Peak) au sud- ouest, la mon­tagne Tur­quoise ( Mount Taylor) au sud- est, la mon­tagne Blanche ( Blan­ca Peak) au nord- est et la mon­tagne Na­va­jo au nord- ouest. Entre1868 et 1934, les fron­tières ont été peu à peu éten­dues jus­qu’à ce que ce ter­ri­toire at­teigne sa di­men­sion ac­tuelle. De­puis la « Longue marche des Na­va­jos » en 1864, un long exode for­cé, sym­bole de ré­pres­sion des In­diens, la si­tua­tion a fort heu­reu­se­ment beau­coup évo­lué. Au fil des siècles, les Amé­rin­diens ont peu à peu trou­vé une place dans l’Amé­rique d’au­jourd’hui. « Lorsque j’étais en­fant, nous n’avions pas le droit de par­ler na­va­jo si­non on nous la­vait la bouche avec du sa­von ! » se sou­vient Ju­lius Tul­ley, un Na­va­jo tra­vaillant pour le gou­ver­ne­ment lo­cal. « De­puis, notre si­tua­tion s’est amé­lio­rée. Au­jourd’hui, il existe des lois qui pro­tègent notre culture, nos croyances et notre langue. » Au tour­nant des an­nées 1980, les Na­va­jos ont en ef­fet com­men­cé à s’or­ga­ni­ser de fa­çon of­fi­cielle. Une di­zaine d’en­tre­prises ont été créées par la com­mu­nau­té dans le do­maine de la construction, de l’ex­ploi­ta­tion du pé­trole, de l’agri­cul­ture et des jeux de ha­sard. Le terme « Na­va­jo » a même été pro­té­gé par un tra­de­mark afin que nul ne puisse faire com­merce en uti­li­sant ce mot sans l’ac­cord de la tri­bu. Avec près d’une ving­taine de parcs et de mo­nu­ments his­to­riques se trou­vant sur leurs terres, le tou­risme consti­tue l’une des plus im­por­tantes res­sources des Na­va­jos. Éva­luées entre deux et trois mil­lions d’eu­ros par an, les re­cettes du parc de Mo­nu­ment Val­ley, gé­ré par les Na­va­jos, sont ain­si re­dis­tri­buées dans des pro­jets de développement qui pro­fitent à la com­mu­nau­té grâce à un sys­tème d’aide or­ga­ni­sé à grande échelle. Par­mi ces sites par­ti­cu­liè­re­ment pro­fi­tables, l’un d’entre eux est ex­trê­me­ment

Danse avec les loups

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