LE NORD DE L’ES­PAGNE ABONDE EN LIEUX AL­LIANT SAU­VA­GE­RIE NA­TU­RELLE ET DO­MES­TI­CA­TION PAR L’HOMME

Grands Reportages - - Spécial Déserts Pyrénées Espagnoles -

Du bleu plein les yeux ! À sa­tié­té, mal­gré l’am­biance sa­hé­lienne d’un ciel de chauffe et du re­dou­table ma­quis épi­neux, qu’éclairent ge­nêts do­rés et cistes roses. Dans ma quête de l’eau au coeur de la four­naise ca­ta­lane, j’ai lon­gé la grande bleue de­puis Port­bou, à la fron­tière fran­coes­pa­gnole. Puis grim­pé jus­qu’au mirador de l’ab­baye de Sant Pere de Rodes, an­cien lieu de pèle ri nage mé­dié­val et pre­mière étape du che­min de Saint- Jaume vers Santiago. Le lit­to­ral es­pa­gnol avant Ca­da­qués, du cô­té du cap de Creus, marque l’ex­tré­mi­té orien­tale de la pé­nin­sule Ibé­rique, le fi­nis ter­rae mé­di­ter­ra­néen. Tel un pè­le­rin de Com­pos­telle, je sa­voure le pa­no­ra­ma à 360 de­grés, et à près de 700 mètres d’al­ti­tude, de­puis les ves­tiges du Cas­tel de San Sal­va­dor, au terme d’une rude mon­tée de­puis le char­mant vil­lage cô­tier de Port de la Sel­va. Le lieu, gran­diose, ac­cueillit d’abord un er­mi­tage, puis un pe­tit mo­nas­tère dès 878, avant que ne soit éri­gée, un siècle plus tard, l’ab­baye bé­né­dic­tine ( cf. en­ca­dré p. 43). Au fil du temps, Sant Pere de Rodes de­vint, avec Saint- Jacques- deCom­pos­telle, le lieu de pè­le­ri­nage le plus im­por­tant de la pé­nin­sule Ibé­rique. Les ruines du vil­lage de San­ta Creu de Rodes sont en­core gar­dées par l’ex­quise cha­pelle pré­ro­mane San­ta He­le­na. Lieu de culte fré­quen­té jus­qu’au XVe siècle, elle fut aban­don­née en 1880, suite au dé­peu­ple­ment pro­gres­sif de la ré­gion, en rai­son de la pi­ra­te­rie et de la peste. Mais sa si­tua­tion idéale en fait un site en­sor­ce­lant al­liant poé­sie et am­pli­tude.

Dans la ré­gion de Bar­ce­lone, im­mer­sion dans la

per­due de San Llo­renç del Munt,

sier­ra un mas­sif cal­caire cou­vert de pi­nèdes, et de­ve­nu Parc na­tu­rel en 1987. La ré­gion, mé­con­nue, se ré­vèle par­ti­cu­liè­re­ment sau­vage, tor­tueuse, iso­lée. N’ayant pas le temps de grim­per à dos de mule au som­met de sa prin­ci­pale cu­rio­si­té, la Mo­la, som­met ta­bu­laire et pe­lé de 1 104 mètres coif­fé d’un mo­nas­tère ro­man, je me ra­bats sur un autre sanc­tuaire in­tri­gant : le site tro­glo­dy­tique de Sant Mi­quel del Faï. Fon­dé au­tour de l’an 1000, ce lieu d’as­cèse fut long­temps cou­pé du monde. Il s’ac­croche en pleine fa­laise, tout au bord du vide, dans un insolite en­semble aqua­tique for­mé par des grottes, des cas­cades, des ca­naux et des étangs. D’abord ro­mane, l’église fut construite au Xe siècle dans une grotte for­mée par la ri­vière Tenes. Agran­di et « go­thi­fié » au XVe siècle, cet édi­fice, unique en son genre, est la plus grande église ru­pestre d’Es­pagne. La vi­site, insolite grâce aux mille et une eaux qui ruis­sellent de toutes parts, pro­cure un en­chan­te­ment aus­si ver­ti­gi­neux que ra­fraî­chis­sant. La ba­lade longe une large vire qui par­court le do­maine, via des cas­cades pé­tri­fiantes, un bas­sin sus­pen­du, la grotte à concré­tions Sant Mi­quel et le « lac des nonnes » sou ter­rain : en guise de châ­ti­ment di­vin pour avoir

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.