À L’EN­DROIT OÙ SAN­TA OROSIA FUT DÉ­CA­PI­TÉE, UNE SOURCE MI­RA­CU­LEUSE AU­RAIT JAILLI, INS­PI­RANT UN GRAND PÈ­LE­RI­NAGE

Grands Reportages - - Spécial Déserts Pyrénées Espagnoles -

une sier­ra aux al­lures de dé­sert d’al­ti­tude at­tire ir­ré­sis­ti­ble­ment le re­gard : le mas­sif du Co­tiel­la. Haut, vaste, aride, étrange et so­li­taire, on parle vo­lon­tiers à son pro­pos d’am­biance afri­caine. Ses arêtes dé­chi­que­tées et ses im­menses pier­riers le font res­sem­bler, de loin, à une ci­ta­delle en ruines. Dans Sou­ve­nirs d'un mon­ta­gnard, Hen­ry Rus­sell, pion­nier de l’exploration py­ré­néenne au XIXe­siècle s’en­flamme : « ce qui m'en­chan­ta sur­tout ce fut l'ap­pa­ri­tion su­bite du géant dé­char­né que j'avais si sou­vent contem­plé de loin, ou dans mes rêves. […] Quel sin­gu­lier ob­jet ! […] Brû­lé par­tout, il res­sem­blait à une mon­tagne de cendres […]. Je n'ai ja­mais rien vu de plus lu­gubre et de plus nu : et ce­pen­dant, l'en­semble de cette es­pèce de monstre était em­preint d'une ma­jes­té bi­zarre. » Dès le len­de­main, me voi­ci sur ses flancs. La piste d’ac­cès du Co­tiel­la, de­puis la val­lée Gis­tain, im­pose quinze ki­lo­mètres de mon­tagnes russes. Un rite de pas­sage… Mais le voyage en vaut la chan­delle ! Au pied de ce « monstre chauve » , une mer­veille de dou­ceur : le lac, ou Ibon, de Plan ( en­core ap­pe­lé Vasa de La Mo­ra). À 1 913 mètres, ser­ti dans un écrin de fo­rêts, mais cer­né de toutes parts par d’im­po­sants pla­teaux caillou­teux et croupes arides, le contraste est sai­sis­sant : un bloc de Ro­cheuses ca­na­diennes échoué en terre ibé­rique !

Der­nier émer­veille­ment de ce cô­té- ci des Py­ré­nées, aux en­vi­rons de Ja­ca : le sen­tier des er­mi­tages,

dis­sé­mi­nés le long de la py­ra­mide her­beuse du To­zal de Otu­ria, culmi­nant à 1 921 mètres. Cette pe­tite sier­ra entre Bies­cas et Sa­bi­na­ni­go abrite en ef­fet une de­mi- dou­zaine de sanc­tuaires dé­diés aux com­pa­gnons de San­ta Orosia, la sainte pa­tronne de la Ja­ce­te­nia ( province de Ja­ca). Ce haut lieu spi­ri­tuel de l’Ara­gon évoque, le long d’un che­min de croix don­nant lieu, chaque 25juin, à un grand pè­le­ri­nage ap­pe­lé Ro­me­ria, le mar­tyre de cette per­son­na­li­té fé­mi­nine lo­cale. Sous la fa­laise, les deux cha­pelles su­per­po­sées de la Cue­va et de San Cor­ne­lio, offrent une vi­sion sai­sis­sante, en­châs­sées dans le ro­cher et « pro­té­gées » , mé­ta­pho­ri­que­ment, par une cas­cade bon­dis­sante. Une « fa­ja » , vire sus­pen­due, mène en­suite sur le pla­teau som­mi­tal, où se tient la cha­pelle prin­ci­pale. C’est ici qu’eut lieu la dé­ca­pi­ta­tion de San­ta Orosia : se­lon les chro­niques, un guer­rier, maure ou wi­si­goth, avait dé­ci­dé de l’of­frir en ca­deau à son chef pour ga­gner de l’avan­ce­ment. La jeune fille ayant dé­cli­né tout net, il lui tranche de fa­çon tout aus­si nette la tête, qui roule dans la prai­rie. Jaillit alors une source mi­ra­cu­leuse ! Après trois cents ans d’el­lipse, la jeune fille ré­ap­pa­raît à un ber­ger, lui en­joi­gnant de construire un er­mi­tage à cet en­droit même, pour vé­né­rer sa tête, tout en trans­fé­rant le reste de son corps à la ca­thé­drale de Ja­ca. Ce qui fut fait. On at­tri­bue de­puis à San­ta Orosia le don de gué­rir la fo­lie et sur­tout… les maux de tête !

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