OB­JEC­TIF TRÈS COL­LEC­TIF EN MARCHE : LA RE­NAIS­SANCE DES GRANDES FÊTES DU PLA­TEAU, DÈS CETTE AN­NÉE

Grands Reportages - - Spécial Déserts Corrèze- Creuse Haute- Vienne -

d’ha­bi­tants dans pas mal de com­munes ici, on peut dis­tin­guer plu­sieurs strates de “néo­ru­raux”, qui ont été at­ti­rés par Mille­vaches. La campagne, ici, c’est his­to­ri­que­ment au XXe siècle, un dé­fi­cit d’homme. Les pre­miers à être ve­nus s’ins­tal­ler, ce furent des agri­cul­teurs hol­lan­dais, dans le s an­nées 1950. Pre­mier bou­le­ver­se­ment : ils lais­saient leurs trou­peaux de­hors, la nuit ! Il y a eu la vague de 1968. Le retour à la terre. La re­ven­di­ca­tion oc­ci­tane. Dans les an­nées 1980, d’autres ar­ri­vants, plus axés sur les ques­tions de dé­ve­lop­pe­ment lo­cal, d’iden­ti­té de pays. Puis, dans les an­nées 2000, des gens por­tés par les ques­tions de dé­crois­sance, d’au­to­no­mie. Et, au fond : mal­gré les dif­fé­rences de dis­cours, tous cherchent la même chose, d’une cer­taine ma­nière : la pos­si­bi­li­té d’échap­per ou de s’op­po­ser au flux gé­né­ral. Et d’in­ven­ter d’autres formes de vie. Pas de les rê­ver. De les vivre. »

Mille­vaches, un monde clôt et im­mo­bile ?

Tra­ver­sés de ré­seaux, de col­lec­tifs, de fes­ti­vals, de col­loques, d’ini­tia­tives lo­cales, les ho­ri­zons quo­ti­diens du pla­teau des­sinent une vie plu­tôt pas­sion - née et pas­sa­ble­ment au­to­nome, af­fi­chant avec constance une vo­lon­té tran­quille d’évi­ter les ra­dars ins­ti­tu­tion­nels et les re­pères po­li­tiques clas­siques. Ruches as­so­cia­tives ? Né­bu­leuse d’ini­tia­tives ? Bis­trot d’hi­ver, fo­rums so­ciaux, l’Ate­lier, l’as­so­cia­tion Pi­voine, Quar­tier Rouge, Col­lège as­so­cia­tif, as­sem­blée Po­pu­laire, Fêtes des nuits du 4août : la liste des en­ga­ge­ments et des pro­jets mi­li­tants du pla­teau, des groupes de sou­tien aux Za­distes aux caisses de so­li­da­ri­té lo­cale est une forme d’ex­cep­tion cultu­relle plu­tôt dé­to­nante, vue de l’ex­té­rieur. De l’in­té­rieur, pas vrai­ment. À trente ans, Clé­mence, qui est née et a gran­di au sein d’un col­lec­tif à Guize, est re­ve­nue « chez elle » après des études su­pé­rieures de ci­né­ma : « Je suis re­ve­nue parce que je ne connais pas d’autre lieu où les ré­seaux soient aus­si denses qu’ici. On s’en­gage. On ren­contre. On fait. » Elle a tra­vaillé pour TV Mille­vaches, une té­lé­vi­sion elle aus­si unique. Vingt- sept ans d’exis­tence. Pas de ré­seau hert­zien. Mais tous les deux mois, deux cents co­pies de chaque ma­ga­zine pro­duit – par et pour les ha­bi­tants – partent pour être pro­je­tées et dis­cu­tées dans les vil­lages. « En ce mo­ment, je suis en train de m’oc­cu­per du fes­ti­val Bo­bines Re­belles. L’en­trée ? C’est prix libre, comme dans pra­ti­que­ment tous les évé­ne­ments qui s’or­ga­nisent ici. » L’avant- pre­mière, cet été, au­ra lieu à Tar­nac.

Tar­nac ? Trois cents ha­bi­tants. Et une pe­tite étoile ( rouge) sur la vi­trine du ma­ga­sin gé­né­ral.

Sur la place du Cou­derc, de­puis 2008, l’épi­ce­rie et son bar­can­tine in­carnent phy­si­que­ment l’épicentre géo­gra­phique de l’un des pro­cès ju­di­ciaires les plus hou­leux de l’his­toire de l’an­ti­ter­ro­risme en France1. Aux com­mandes du Comp­toir, Ben­ja­min Ro­soux qui fai­sait par­tie des neuf in­cul­pés de « la bande de Tar­nac » sou­rit : « Nous sommes ar­ri­vés ici il y a plus de dix ans main­te­nant. Nous cher­chions un lieu en France, pour pou­voir tra­vailler sur nos pro­jets col­lec­tifs. Nous sommes ve­nus un peu par ha­sard, sur la piste d’ex­pé­riences de com­mu­nisme ru­ral dans le coin. Je me sou­viens qu’en dis­cu­tant avec des pay­sans, un gars nous avait dit : “Tar­nac, c’est le vil­lage le plus rouge du Li­mou­sin. Ou peut- être de France…” On a com­men­cé par ache­ter un corps de ferme, qua­rante hec­tares et des chèvres, au Gou­tailloux. C’est tou­jours un lieu à usage col­lec­tif, que l’on re­cons­truit vrai­ment de­puis trois ans. Vient qui veut, pour tra­vailler là- haut. On ac­cueille des com­pa­gnons ar­ti­sans al­le­mands aus­si bien que des Za­distes. Le comp­toir ? Il était ici de­puis tou­jours. On l’a re­pris pour avoir de quoi se re­trou­ver, dis­cu­ter. Les re­pas de notre can­tine sont pré­pa­rés bé­né­vo­le­ment. On fait des tour­nées, avec la ca­mion­nette, pour li­vrer ou don­ner des coups de main aux gens. Voi­là. C’est du col­lec­tif qui dure, tout ça. Tar­nac, c’est un es­pace où l’on peut s’or­ga­ni­ser au­tre­ment. Où l’on a du temps. Où l’on peut prendre nos af­faires en main. Des gens viennent, passent ou res­tent. Des en­fants naissent. D’an­ciens in­cul­pés sont élus au conseil mu­ni­ci­pal. C’est aus­si simple que ça. » Un ca­fé au comp­toir. La jour­née n’est pas fi­nie. Dans les agen­das de Ben­ja­min, il y a en­core la confé­rence que donne le so­cio­logue Luc Bol­tans­ki à La Ville­dieu. Une pro­jec­tion- dé­bat sur l’af­faire Snow­den et les li­ber­tés pu­bliques à Us­sel. Et sur­tout, une réunion de pré­pa­ra­tion pour la grande af­faire de Mille­vaches de cette an­née : l’or­ga­ni­sa­tion d’une vrai fête de la mon­tagne li­mou­sine, réunis­sant tous les ac­teurs et les ha­bi­tants du pla­teau. Ce se­ra fin sep­tembre. Et pas ailleurs qu’à Tar­nac…

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