AVEC UN DIA­MÈTRE MOYEN DE DOUZE MI­CRONS, LA FIBRE DE VI­GOGNE EST L’UNE DES PLUS FINES AU MONDE

Grands Reportages - - Pérou -

Inca- Que­chua pour la pro­té­ger. En 1992, la po­pu­la­tion de vi­gognes avoi­si­nait les cent vingt- cinq mille têtes, un chiffre loin du mil­lion d’in­di­vi­dus es­ti­mé pour la pé­riode pré­co­lom­bienne, mais un vé­ri­table mi­racle en re­gard des cinq mille res­ca­pés des an­nées 1960. Avec le re­tour à une si­tua­tion plus « nor­male » , le mo­ra­toire sur le com­merce de sa laine fut le­vé sous ré­serve d’une stricte tra­ça­bi­li­té de la pro­duc­tion. Le gou­ver­ne­ment pé­ru­vien confia aux com­mu­nau­tés inca- que­chuas la res­pon­sa­bi­li­té et le bé­né­fice de la pro­duc­tion de laine de vi­gogne, une ini­tia­tive ins­pi­rée qui re­mit d’ac­tua­li­té la tra­di­tion pré­co­lom­bienne du chac­cu. « Avec la vi­gogne et nos éle­vages d’alpaca, notre com­mu­nau­té peut en­fin vivre dé­cem­ment et en sé­cu­ri­té » , se fé­li­cite le maire de To­ma, l’un des trois vil­lages de Pi­co­ta­ni. On peut com­prendre le sou­la­ge­ment des vil­la­geois qui, sur un ter­ri­toire si­tué entre quatre mille et cinq mille mètres d’al­ti­tude, n’ont guère la pos­si­bi­li­té de cul­ti­ver lé­gumes ou cé­réales ( mis à part une pe­tite pro­duc­tion lo­cale de pommes de terre très in­suf­fi­sante pour faire vivre les vil­lages). Avec les re­ve­nus de la vi­gogne et l’ap­pui du gou­ver­ne­ment, la com­mu­nau­té très sou­dée de Pi­co­ta­ni a fi­nan­cé la mise en place de clô­tures et de check- points gar­dés par des hommes en armes pour as­su­rer la sé­cu­ri­té. Des me­sures qui peuvent sem­bler ex­ces­sives, mais il faut rap­pe­ler com­bien les com­mu­nau­tés de l’Al­ti­pla­no ont souf­fert des vio­lences des bra­con­niers – ve­nus d’autres ré­gions – ain­si que de la gué­rilla maoïste du Sen­tier Lu­mi­neux.

les vil­la­geois se re­trouvent dans la salle com­mu­nau­taire, une ba­raque en bar­dage as­sez vaste pour ac­cueillir tout le monde. En tout dé­but de soi­rée, le so­leil passe der­rière l’ho­ri­zon dé­chi­que­té de la cor­dillère. L’Al­ti­pla­no, plon­gé dans l’ombre des monstres de pierre et de glace qui l’en­serrent, glisse vers une nuit gla­ciale et si­len­cieuse. On pré­pare de

La tonte ter­mi­née et les vi­gognes li­bé­rées,

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