LE JOUR DE LA PLEINE LUNE, LES CÉ­LÉ­BRA­TIONS DE KAKKU AT­TIRENT DES MIL­LIERS DE PÈ­LE­RINS

Grands Reportages - - Birmanie -

cin­quante- cinq mil­lions de la po­pu­la­tion to­tale du pays. Lin­guis­ti­que­ment proches du groupe Ka­ren, ils sont consi­dé­rés par les scien­ti­fiques comme d’as­cen­dance ti­bé­to- bir­mane et se se­raient ins­tal­lés dans la ré­gion de l’État Môn au­tour de 1000 avant Jé­sus- Ch­rist. Si près des trois quarts d’entre eux vivent au­jourd’hui au sud de l’État Shan, ils se ré­par­tissent éga­le­ment dans les États Kayah, Kayin, Môn, ain­si que dans la ré­gion de Ba­go. Vi­vant es­sen­tiel­le­ment dans des ré­gions ru­rales au­tour de Kakku et du lac In­lé, les Pa- O sont, pour qua­tre­vingts pour cent d’entre eux, agri­cul­teurs… mais aus­si de fa­rouches dé­fen­deurs de leurs in­té­rêts ! En conflit avec le pou­voir cen­tral bir­man du­rant des dé­cen­nies, les Pa- O ont fi­ni par si­gner un trai­té de paix en 1991 et pos­sèdent au­jourd’hui leur propre gou­ver­ne­ment lo­cal, la Pa- O Na­tio­nal Or­ga­ni­sa­tion ( PNO). De­puis le ces­sez- le- feu, la si­tua­tion de la ré­gion de Kakku a ra­di­ca­le­ment évo­lué. « Avant les an­nées quatre- vingt- dix, les routes étaient im­pra­ti­cables » , se sou­vient Khu­mok Khan, un moine du mo­nas­tère de Naung Kae. « Il fal­lait deux jours pour re­joindre Taung­gyi contre seule­ment trois heures au­jourd’hui. Il n’y avait pas d’école, pas de dis­pen­saire et la ré­gion était com­plè­te­ment fer­mée aux étran­gers. » Ce n’est en ef­fet que de­puis 2001 que les voya­geurs sont au­to­ri­sés à vi­si­ter le site de Kakku… mais uni­que­ment pour des ex­cur­sions à la jour­née. Jus­qu’à très ré­cem­ment, il fal­lait ain­si par­cou­rir six heures de route al­ler- re­tour en voi­ture dans la jour­née pour dé­cou­vrir le site au pas de course. « Au cours des der­nières an­nées, quelques trek­keurs en pro­ve­nance du lac In­lé ont tout de même dor­mi ici de fa­çon of­fi­cieuse, mais ce n’était pas au­to­ri­sé of­fi­ciel­le­ment par le gou­ver­ne­ment » , ré­vèle Nan Htur Khe qui tra­vaille pour le pe­tit res­tau­rant ins­tal­lé face à la pa­gode. Ce n’est que de­puis le dé­but de l’an­née 2015 que les étran­gers sont au­to­ri­sés à dor­mir à Kakku… même s’il n’existe pas en­core vé­ri­ta­ble­ment d’hé­ber­ge­ments pour les re­ce­voir. « Au­jourd’hui, il est pos­sible de dor­mir chez l’ha­bi­tant et il fau­dra pro­ba­ble­ment at­tendre une di­zaine d’an­nées avant que l’on construise un hô­tel ici » , consi­dère Khun Maung Nyo, l’un des vingt- cinq guides pa- o of­fi­ciels agréés. Mal­gré cette ré­cente ou­ver­ture, le tou­risme reste en ef­fet en­core très en­ca­dré par le gou­ver­ne­ment lo­cal qui im­pose aux vi­si­teurs étran­gers – qu’ils voyagent de fa­çon in­di­vi­duelle ou en groupe – d’être obli­ga­toi­re­ment ac­com­pa­gnés par un guide Pa- O. « Il va y avoir des dis­cus­sions dans les mois à ve­nir pour rendre l’ac­cès à la ré­gion et à la pa­gode de Kakku plus fa­cile aux vi­si­teurs » , pré­dit ce­pen­dant le guide. « Kakku ne res­te­ra pas une terre ou­bliée du tou­risme très long­temps ! » Em­blé­ma­tique, la si­tua­tion de Kakku est à l’image du tou­risme en Birmanie qui a vé­cu une vé­ri­table ex­plo­sion au cours des der­nières an­nées. Avec l’as­sou­plis­se­ment du ré­gime mi­li­taire, le vent de li­ber­té qui souffle sur le pays de­puis 2011 a dé­clen­ché une vé­ri­table tem­pête tou­ris­tique. « Plus de trois mil­lions de tou­ristes ont vi­si­té le pays en 2014 » , s’est fé­li­ci­té le pré­sident bir­man Thein Sein lors de l’une de ses al­lo­cu­tions ra­dio­pho­niques men­suelles. Ces chiffres marquent une aug­men­ta­tion de cin­quante pour cent par rap­port à l’an­née pré­cé­dente avec deux mil­lions qua­rante mille vi­si­teurs en 2013 et dé­passent même les pré­vi­sions du mi­nis­tère de l’hô­tel­le­rie et du tou­risme ! Un boom qui au­rait rap­por­té deux mil­liards sept cent mille eu­ros au pays. « Si la crois­sance conti­nue à cette vi­tesse, le nombre de vi­si­teurs pour­rait at­teindre sept mil­lions d’ici 2020 » , a dé­cla­ré le pré­sident de l’as­so­cia­tion du Tou­risme bir­man, Phyo Wai Yar Zar au quo­ti­dien The Ir­ra­wad­dy. Afin d’élar­gir son offre et d’évi­ter l’en­gor­ge­ment des sites les plus fré­quen­tés, le mi­nis­tère sou­haite dé­ve­lop­per le tou­risme dans plu­sieurs zones iso­lées qui étaient fer­mées ou peu ou­vertes aux voya­geurs jus­qu’à au­jourd’hui, comme la pa­gode de Kakku, les an­ciennes ci­tés de Pyu ou la zone de Loi­kaw à la fron­tière avec la Thaï­lande. Comme en 1996, l’an­née 2016 a été dé­si­gnée « An­née du tou­risme en Birmanie » afin d’en­cou­ra­ger le dé­ve­loppe - ment des in­fra­struc­tures d’ac­cueil, de com­mu ni­ca­tion et de trans­port. « Nous es­pé­rons que cet évé­ne­ment au­ra un im­pact po­si­tif sur la ré­gion et qu’il y au­ra beau­coup plus de vi­si­teurs à Kakku pour le pro­chain fes­ti­val de la pleine lune ! » s’en­thou­siasme Khun Maung Nyo, le guide pa- o. Dé­cou­vrir la pa­gode de Kakku à l’oc­ca­sion de sa grande fête an­nuelle offre en ef­fet une oc­ca­sion unique d’ob­ser­ver la dé­vo­tion qui en­toure le site

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