SH­WE­DA­GON FUT, EST ET SE­RA PRO­BA­BLE­MENT EN­CORE LONG­TEMPS LE PLUS IM­POR­TANT CENTRE BOUD­DHISTE DU PAYS

Grands Reportages - - Dossier Birmanie 48 Heures -

im­mo­bi­lière s’est consi­dé­ra­ble­ment ac­crue. De pe­tites ban­lieues sa­tel­lites naissent par­tout au­tour de la ci­té et dans le centre- ville les prix at­teignent des som­mets. Par­fois jus­qu’à un mil­lion et de­mi d’eu­ros pour un ap­par­te­ment de cent mètres car­rés. Au­jourd’hui, ville ca­pi­tale à l’échelle de la na­tion sans être LA ca­pi­tale du pays, Yan­gon semble vivre une si­tua­tion « d’ape­san­teur » , une sorte de flot­te­ment quant à sa po­si­tion na­tio­nale. Si elle n’est plus l’ag­glo­mé­ra­tion su­prême du pays, elle n’en reste pas moins le centre éco­no­mique, cultu­rel, spi­ri­tuel et af­fec­tif. Un épi­centre na­tio­nal dé­pouillé de son sta­tut po­li­tique qui semble en équi­libre in­stable sur ses propres contra­dic­tions. Ca­pi­tale du pays de­puis 1885, Yan­gon a dû en ef­fet cé­der en no­vembre 2005 son sta­tut à Nay Pyi Daw, une ville nou­velle éta­blie à trois cent vingt ki­lo­mètres au nord de Yan­gon. Le plus haut di­ri­geant de la junte, le gé­né­ral Than Shwe, or­di­nai­re­ment sur­nom­mé « Nu­mé­ro 1 » , dé­ci­da – contre toute at­tente et sur les conseils d’un as­tro­logue – de trans­fé­rer les ins­ti­tu­tions nationales dans cette ré­gion mon­ta­gneuse et iso­lée pour d’obs­cures rai­sons stra­té­giques. Bien que les ad­mi­nis­tra­tions gou­ver­ne­men­tales aient été trans­fé­rées dans ce nou­veau bas­tion mi­li­taire, di­plo­mates étran­gers, né­go­ciants et sièges so­ciaux n’ont pas quit­té la ca­pi­tale dé­chue. En 2013, à de rares ex­cep­tions près, les am­bas­sades re - chignent tou­jours à dé­mé­na­ger et res­tent ins­tal­lées à Yan­gon en­vers et contre tout. Il faut dire que l’ef­fer­ves­cence et le dy­na­misme de l’ex- ca­pi­tale contraste ra­di­ca­le­ment avec l’apa­thie pe­sante de Naw Pyi Daw, la nou­velle ca­pi­tale dé­serte.

De­puis le dé­but du pro­ces­sus de li­bé­ra­li­sa­tion,

Yan­gon a d’ailleurs as­sis­té à une vé­ri­table « valse des V. I. P » . Le monde se presse de ve­nir y « sa­luer les ré­formes en cours » comme l’a dé­cla­ré Alain Jup­pé, l’ex­mi­nistre des Af­faires étran­gères, lors de sa vi­site of­fi­cielle en jan­vier 2012. Les dé­lé­ga­tions of­fi­cielles se suc­cèdent pour res­ser­rer les liens di­plo­ma­tiques et en pro­fi­ter pour tis­ser de nou­velles re­la­tions éco­no­miques. Lors de sa vi­site of­fi­cielle qui n’a du­ré que six heures, le pré­sident amé­ri­cain a bou­dé Nay Pyi Daw, pour­tant ca­pi­tale of­fi­cielle, pour lui pré­fé­rer Yan­gon où il a don­né un dis­cours à l’uni­ver­si­té et briè­ve­ment vi­si­té Sh­we­da­gon, la plus sa­crée des pa­godes du pays. Une vi­site qui dé­montre bien la place sym­bo­lique et cen­trale de la ci­té. Avec près de quatre mil­lions et de­mi d’ha­bi­tants, la ville la plus peu­plée du pays vit in­con­tes­ta­ble­ment une pé­riode char­nière. Comme l’ur­ba­nisme et l’ar­chi­tec­ture, les ha­bi­tudes de ses ha­bi­tants ont été bou­le­ver­sées. « De­puis que la cen­sure a été sup­pri­mée, des di­zaines de jour­naux et de ma­ga­zines ont fleu­ri. À pré­sent, ils sont ven­dus par­tout dans les rues de Yan­gon » , dé­crit Than Zaw, l’homme d’af­faires. Lire des jour­naux ou té­lé­pho­ner : aus­si simples ces évo­lu­tions puissent- elles pa­raître aux yeux des Oc­ci­den­taux, elles consti­tuent pour­tant une vé­ri­table ré­vo­lu­tion pour les ha­bi­tants de Yan­gon et les Bir­mans en gé­né­ral. Mal­gré un évident en­thou­siasme po­pu­laire, ces mu­ta­tions ne sont pas aus­si una­ni­me­ment ac­cueillies qu’on pour­rait le croire comme en té­moigne d’Ar­ker Kyaw, un jeune ar­tiste de vingt ans qui a peint un por­trait de Ba­rack Oba­ma – en guise de bien­ve­nue lors de sa vi­site fin 2012 – sur le mur de l’une des ave­nues les plus pas­santes de la ville. En quelques jours, sa pein­ture mu­rale a fait le tour du Web et l’am­bas­sade des ÉtatsU­nis a même in­vi­té l’ar­tiste à as­sis­ter au dis­cours don­né par le pré­sident le 19no­vembre 2012. « Il y a quelques an­nées, je n’au­rais pas pu réa­li­ser cette pein­ture, mais si le pays a chan­gé, il ne faut pas croire que tous les gens ont chan­gé, car cette fresque a été dé­truite à plu­sieurs re­prises » , tient- il à pré­ci­ser. « Ré­cem­ment, j’ai éga­le­ment peint le mot “Dé­mo­cra­tie“sur un au­tr e mur. Ter­mi­née à cinq heures du ma­tin, cette cal­li­gra­phie était dé­jà van­da­li­sée à neuf heures le même jour… pro­ba­ble­ment par des gens que ce mot dé­range. »

Long­temps gar­rot­tée par les res­tric­tions gou­ver­ne­men­tales

et les sanc­tions in­ter­na - tio nales, Yan­gon ap­prend au­jourd’hui peu à peu à jouir de sa li­ber­té. Mais ne risque- t- elle

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