CI­TÉS PERDUES

LOIN DE LA COHUE DU MACHU PICCHU ET DU CHE­MIN DE L’INCA, CHOQUEQUIRAO AC­CUEILLE À PEINE QUELQUES MIL­LIERS DE TOU­RISTES CHAQUE AN­NÉE. AU-DE­LÀ, SEULS QUELQUES RAN­DON­NEURS S’AVEN­TURENT DANS L’AM­BI­TIEUSE TRAVERSÉE DE LA COR­DILLÈRE DE VIL­CA­BAM­BA, BERCÉS PAR L’

Grands Reportages - - Édito - STÉ­PHANE VAL­LIN

De Choquequirao à Machu Picchu, la grande traversée de Vil­ca­bam­ba.

Ce n’est nul­le­ment par ha­sard que ce dos­sier s’in­té­resse à la cor­dillère de Vil­ca­bam­ba, l’une des plus belles du Pérou, non loin de Cusco, constel­lée de sites ar­chéo­lo­giques ma­jeurs : Machu Picchu, Choquequirao, Vit­cos ou en­core Espí­ri­tu Pam­pa. À tra­vers ce « ter­ri­toire sa­cré » (cf. en­ca­dré page 50), les che­mins té­moignent d’un maillage dense de voies de com­mu­ni­ca­tion pé­né­trant jusque dans les contre­forts dé­sor­mais in­ex­plo­rés de la jungle haute d’Ama­zo­nie. À la croi­sée des prin­ci­pales routes incas, le site ar­chéo­lo­gique de Vit­cos jouxte au­jourd’hui la bour­gade ru­rale de Huan­ca­calle, ha­bi­tée par des po­pu­la­tions pay­sannes de langue que­chua. On de­vine les hautes Andes au loin, mais le vil­lage hé­site entre les pré­mices des tro­piques et celle de la haute mon­tagne. Pas de tou­risme de masse ni de voya­geurs im­pa­tients. Un pe­tit hos­tal jouxte une pas­se­relle de la­quelle les rares voya­geurs peuvent dé­cou­vrir le site, si­tué à une de­mi-heure de marche. Un tron­çon de che­min inca s’élance, ma­jes­tueux, à quelques di­zaines de mètres à peine de la pierre gra­vée de Ro­sas­pa­ta, cer­née de pâ­tu­rages.

OASIS DE MON­TAGNE

Le ré­seau des che­mins pré­co­lom­biens rayonne en étoile au­tour de Vit­cos. Rien de plus ten­tant donc que d’ar­pen­ter ce pay­sage comme une carte à ciel ou­vert, en re­liant ces dif­fé­rents sites char­gés de mé­moire, à pied. Les voies prin­ci­pales ar­rivent du Machu Picchu à l’est, de Choquequirao au sud, d’Aya­cu­cho et de Pu­ma­cha­ca à l’ouest. En­fin un che­min file au nord-ouest, en di­rec­tion des basses fo­rêts ama­zo­niennes, vers Espí­ri­tu Pam­pa (cf. page 68). Le meilleur moyen de dé­cou­vrir Vit­cos est d’y ar­ri­ver à pied, de­puis Ca­cho­ra et le col de Ca­pu­liyoc. Dès le pre­mier jour, on y res­sent les pré­mices d’une géo­gra­phie abrupte et chao­tique. La ri­vière Apu­ri­mac ci­sèle la cor­dillère des Andes, don­nant nais­sance à une gorge pro­fonde. Le bruit as­sour­dis­sant de la ri­vière ré­sonne au fond du ca­nyon

aride, dont les eaux sont cap­tées par les hauts som­mets du Pa­dreyoc (ou Qui­shuar, 5 771 m) et du Sal­kan­tay (6 271 m). Deux mille trois cents mètres de dé­ni­ve­lée se­ront né­ces­saires pour fran­chir l’obs­tacle. Une fois tra­ver­sé l’Apu­ri­mac, la re­mon­tée jus­qu’au pre­mier camp est raide. Elle se fait dans la cha­leur étouf­fante de l’après-mi­di. San­ta Ro­sa Ba­ja est un mi­nus­cule pro­mon­toire ro­cheux sur le­quel un pay­san y cultive du maïs et des fruits tro­pi­caux, si bien que l’en­droit res­semble à une oasis agrip­pée sur les flancs de la mon­tagne. Le bi­vouac s’ins­talle ra­pi­de­ment dans une aire spé­cia­le­ment amé­na­gée. Nous ne sommes

Alors que l’on en­tame la des­cente sur Ya­na­ma, on dé­couvre tout à coup la vue pa­no­ra­mique sur le massif du Pu­ma­sillo ou Sak­sa­rayoc, dont les som­mets avoi­sinent les 6 000 m.

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