GRÂCE À SA SONDE, SP3H OUVRE LA VOIE À DES MO­TEURS IN­TEL­LI­GENTS ET ÉCO­LO­GIQUES

En­tre­tien avec ALAIN LUNATI Pré­sident et fon­da­teur de SP3H

Green Innovation - - Mobilités Transports & Durables -

Green In­no­va­tion. En quoi consiste la tech­no­lo­gie dé­ve­lop­pée par SP3H ? Alain Lunati. Nous dé­ve­lop­pons un scan­ner in­fra­rouge per­met­tant d’iden­ti­fier la struc­ture mo­lé­cu­laire des car­bu­rants. C’est une in­no­va­tion im­por­tante, car le fait de pou­voir ana­ly­ser en temps réel ce qui part du ré­ser­voir pour al­ler au mo­teur per­met de mieux ré­gler ce­lui-ci sur la va­ria­bi­li­té des car­bu­rants. Concrè­te­ment, nous don­nons un pro­fil de com­por­te­ment du car­bu­rant lors­qu’il est brû­lé dans le vé­hi­cule. Nous pro­po­sons un ou­til in­té­gré qui per­met de trans­mettre cette in­for­ma­tion au contrôle mo­teur et, à par­tir de là, d’ajus­ter le ré­glage en temps réel. L’ou­til en lui-même n’amé­liore pas le com­por­te­ment du mo­teur, mais per­met d’ob­te­nir l’in­for­ma­tion man­quante. Grâce à cette sonde, il est pos­sible de ré­duire la consom­ma­tion et les émis­sions de pol­luants comme les NOx. En ef­fet, au­jourd’hui, les mo­teurs ne s’adaptent pas bien que la ré­gle­men­ta­tion eu­ro­péenne, pour­tant stricte, au­to­rise une large va­ria­tion dans la com­po­si­tion mo­lé­cu­laire des car­bu­rants. Cette va­ria­tion est to­lé­rée, et même prô­née, compte te­nu des dif­fé­rences géo­gra­phiques et cli­ma­tiques afin que les voi­tures fonc­tionnent de ma­nière cor­recte, qu’elles cir­culent en Fin­lande ou au Por­tu­gal. Jus­qu’à pré­sent, le constructeur ne dis­po­sait d’au­cune in­for­ma­tion sur cette va­ria­bi­li­té et ca­li­brait donc son mo­teur au­tour de celle-ci avec des marges. Green In­no­va­tion. Avez-vous tes­té un vé­hi­cule avec votre cap­teur ? Alain Lunati. Oui, nous l’avons fait en 2015. Nous avons été fi­nan­cés par l’Union eu­ro­péenne pour tes­ter pen­dant six mois un vé­hi­cule équi­pé de notre cap­teur. Nous avons pla­cé ce­lui-ci là où c’est le plus dif­fi­cile, c’est-à-dire sous le ca­pot. La voi­ture est par­tie pour un pé­riple de quatre mois au cours du­quel elle a tra­ver­sé 15 pays d’Eu­rope. Ar­ri­vés à Bruxelles après 50 000 km, nous avons dé­mon­tré trois choses. La pre­mière est la per­for­mance du cap­teur, qui a par­fai­te­ment fonc­tion­né à − 15 °C comme à 45 °C, que ce soit en ville ou à 180 km/h sur des au­to­routes al­le­mandes. La deuxième tient à la va­ria­bi­li­té de car­bu­rant qu’il a ob­ser­vée : nous avons fait 64 pleins et avons dé­mon­tré qu’il exis­tait bien une va­ria­bi­li­té en Eu­rope. C’était une pre­mière mon­diale puisque pour dé­mon­trer une va­ria­bi­li­té des car­bu­rants, il fal­lait jus­qu’à pré­sent réa­li­ser une ana­lyse ma­nuelle. Or le vé­hi­cule a pu, de ma­nière au­to­nome, dé­mon­trer toute la va­ria­bi­li­té des car­bu­rants en Eu­rope. En­fin, nous avions conser­vé 5 l de chaque plein pour com­pa­rer les ré­sul­tats du cap­teur afin de vé­ri­fier qu’il don­nait de bonnes in­for­ma­tions. Nous avons dé­mon­tré que les dif­fé­rences consta­tées entre les car­bu­rants en­traî­naient des va­ria­tions si­gni­fi­ca­tives des émis­sions et de la consom­ma­tion. En fin de compte, nous avons pu mon­trer qu’il se­rait pos­sible de ré­duire de 3 % la consom­ma­tion, rien que dans la zone Eu­rope. Green In­no­va­tion. Quelles sont les pro­chaines étapes main­te­nant ? Alain Lunati. La pro­duc­tion en sé­rie de­vrait être lan­cée d’ici à quatre ans, par des équi­pe­men­tiers au­to­mo­biles de re­nom. En grand vo­lume, le pro­duit de­vrait coû­ter moins de 30 eu­ros. Par­tant du prin­cipe que dès 2019 chaque gramme de CO émis par ki­lo­mètre (au-de­là de la norme de 95 g de CO /km) im­pli­que­ra une taxe de 95 eu­ros pour un vé­hi­cule, notre in­no­va­tion au­ra tout son sens. Entre-temps, nous al­lons pou­voir ci­bler d’autres mar­chés, no­tam­ment dans les pays émer­gents où les groupes élec­tro­gènes Die­sel sont uti­li­sés mas­si­ve­ment pour ali­men­ter des sites in­dus­triels ou des villes. Or, s’il y a de l’eau dans le ré­ser­voir, tout peut s’ar­rê­ter et il n’y a pas de so­lu­tion de re­change. Notre sys­tème per­met de pré­ve­nir ce cas de fi­gure etn plus gé­né­ra­le­ment, les fraudes. Par ailleurs, nous nous sommes ren­dus au Con­su­mer Elec­tro­nic Show (CES) à Las Ve­gas. Avec les Smart­phones, il se­ra pos­sible de re­mon­ter des in­for­ma­tions re­la­tives à ce qui se passe dans les voi­tures, comme la consom­ma­tion ou de mau­vais dé­mar­rages mo­teurs. De­main, cer­taines ap­pli­ca­tions per­met­tront à la com­mu­nau­té des au­to­mo­bi­listes équi­pés du cap­teur de choi­sir un car­bu­rant de meilleure qua­li­té. Grâce à notre « fuel box », l’au­to­mo­bi­liste ci­toyen et res­pon­sable pour­ra contri­buer plei­ne­ment à ré­duire non seule­ment la consom­ma­tion en car­bu­rant, mais aus­si les émis­sions de par­ti­cules no­cives.

Propos recueillis par Tris­tan Hu­rel

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