édito

Green Innovation - - Edito -

La ré­cente dé­cla­ra­tion du pré­sident amé­ri­cain Do­nald Trump, de re­tour du som­met du G7 à Taor­mi­na en Si­cile, an­non­çant le re­trait des États-Unis du l’ac­cord de Pa­ris sur le climat (1), a nour­ri nombre de cri­tiques à l’en­contre de Wa­shing­ton. Cette dé­ci­sion, conforme aux pro­messes élec­to­rales du can­di­dat ré­pu­bli­cain, ne consti­tue pour­tant pas un tour­nant dans la lutte contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. D’une part, parce que l’ac­cord de Pa­ris lui-même est for­te­ment em­preint de prag­ma­tisme à l’an­glo­saxonne : il s’agit d’une dé­cla­ra­tion d’in­ten­tion, sans aucune me­sure coer­ci­tive. Aucune amende ni me­sure de ré­tor­sion pré­vue, à l’in­verse du pro­to­cole de Kyo­to. De fait, la ré­duc­tion des émis­sions de gaz à ef­fet de serre n’en­gage en rien les États-membres des Na­tions unies si­gna­taires de l’ac­cord de Pa­ris sur le climat. Les plus gros émet­teurs de CO (Chine, 2 États-Unis, Inde, Bré­sil, Ca­na­da et Rus­sie), qui re­pré­sentent à eux seuls plus de la moi­tié des émis­sions de CO2, sont cen­sés ré­duire dé­li­bé­ré­ment leur pol­lu­tion car­bone sans qu’au­cun mé­ca­nisme de me­sure ef­fi­cace ne soit mis en place, et sans le moindre in­ci­ta­tif fi­nan­cier contrai­gnant du type taxe car­bone. En somme, l’ac­cord de Pa­ris, aus­si mé­dia­ti­sé soit-il, consti­tue avant tout un ac­cord ju­ri­dique sans obli­ga­tions, qui pose pour pos­tu­lat que l’ob­jec­tif re­cher­ché par les si­gna­taires se­ra at­teint. Au-de­là, rap­pe­lons que des élé­ments-clés ont été pu­re­ment et sim­ple­ment pas­sés à la trappe lors des né­go­cia­tions de la COP21, pour ne pas heur­ter cer­taines sen­si­bi­li­tés na­tio­nales. Ain­si, alors que l’ob­jec­tif d’un ré­chauf­fe­ment de moins de 2 °C im­plique de bas­cu­ler vers des sources d’éner­gie non car­bo­nées en re­non­çant à l’ex­trac­tion d’une grande par­tie du char­bon, du pé­trole et, dans une moindre me­sure, du gaz na­tu­rel, l’aban­don de l’ex­trac­tion des éner­gies fos­siles n’a pas été évo­qué dans l’ac­cord de Pa­ris pour ne pas heur­ter l’Ara­bie saou­dite, la­quelle s’est op­po­sée avec suc­cès à toute men­tion des mots « éner­gies fos­siles », « pé­trole » ou « char­bon » (et alors que les éner­gies fos­siles sont la pre­mière cause du chan­ge­ment cli­ma­tique, consti­tuant 65 % de toutes les émis­sions de gaz à ef­fet de serre). Ain­si donc, l’en­trée ou la sor­tie d’un État de l’ac­cord de Pa­ris, ne chan­ge­ra fi­na­le­ment pas grand-chose en termes de lutte contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. Car le vrai vec­teur de chan­ge­ment et d’amé­lio­ra­tion en ce do­maine ré­side avant tout dans le sec­teur pri­vé, le­quel a dé­jà bien com­pris tous les bé­né­fices qu’une rup­ture de pa­ra­digme éner­gé­tique et en­vi­ron­ne­men­tal pour­rait gé­né­rer. Dans un monde où la puis­sance des États s’ef­face peu à peu de­vant celle des firmes mul­ti­na­tio­nales, c’est vers ces mêmes grands groupes que re­posent en ef­fet les es­poirs de chan­ge­ment. Les grandes en­tre­prises amé­ri­caines, très ma­jo­ri­tai­re­ment contre la dé­ci­sion de Do­nald Trump, l’ont quant à elles bien com­pris...

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