Ma pla­nète green...

Green Innovation - - Actualities - EN­TRE­TIEN AVEC JACQUES SÉGUÉLA Propos recueillis par Ma­rie Cor­net-Ash­by

G

reen In­no­va­tion. Quelle est pour vous la sym­bo­lique du mot green ?

Jacques Séguéla. Je suis un être pa­ra­doxal, je suis vert à rendre vert de rage… les verts de par mon sta­tut pu­bli­ci­taire, guère en es­time chez les éco­lo­gistes ! Or, je suis vert dans l’âme ayant eu l’in­croyable chance de par­tir à 22 ans faire le 1er tour du monde au vo­lant d’une 2 CV Ci­troën. Pen­dant 600 jours au vo­lant de la voi­ture la plus éco­nome du monde à l’époque, nous avons par­cou­ru avec Jean-Claude Bau­dot mon frère d’aven­ture, 150000 km, tra­ver­sé cinq conti­nents, 8 dé­serts, 50 pays. Pas une seule fois, nous ne sommes al­lés au res­tau­rant ou à l’hô­tel. 600 nuits à la belle étoile... les plus belles de mon exis­tence. Un pé­riple qui m’a per­mis de pu­blier mon pre­mier livre : La Terre en rond. L’ou­vrage, par un ha­sard in­croyable, est ar­ri­vé sur le bu­reau du pro­prié­taire de Pa­ris Match, Jean Prou­vost, qui m’a en­ga­gé comme re­por­ter. J’ai in­té­gré Pa­ris Match où Ro­ger Thé­rond m’a ap­pris « le choc des images », puis France Soir où Pierre La­za­reff qui lui m’a trans­mis le « poids des mots ». En­fin, à 30 ans, j’ai trou­vé la femme de ma vie : j’ai épou­sé la pu­bli­ci­té !

Green In­no­va­tion. Le green au ser­vice de la pla­nète, vous le voyez comment ?

Jacques Séguéla. Ce tour du monde m’a fait ai­mer pro­fon­dé­ment la na­ture, j’ai vé­cu in­ti­me­ment à son contact et ce­lui de ses po­pu­la­tions. J’ai ap­pris que l’on est tou­jours le « sau­vage » de quel­qu’un. Dans un dé­sert, le pa­tron, c’est le Toua­reg qui vous in­dique la route, dans un vil­lage per­du au coeur de l’Amé­rique du Sud, c’est le mé­ca­ni­cien qui trouve la panne. Le tour du monde, c’est le tour de soi-même, on en re­vient avec le res­pect de l’autre. De­puis, je suis un ter­rien amou­reux de la mer. Pour moi la sé­ré­ni­té sur terre, est d’être sur mont petit ba­teau avec ma femme à re­gar­der la mer en face. C’est mon havre de paix. Aus­si, lorsque je dé­couvre dans mes in­ces­sants voyages de bu­si­ness, l’état de la pla­nète au­jourd’hui, j’ai mal au coeur. Je me

dis : quel échec des ter­riens dont je fais par­tie. Et, je pense que l’on n’en fe­ra ja­mais as­sez pour le green...

Green In­no­va­tion. Vous le res­sen­tez aus­si, de quelle fa­çon idéa­le­ment…

Jacques Séguéla. Je suis le petit-fils d’un homme de la terre, un fer­mier. J’ai donc ce res­pect de la terre et cet amour de la mer. Je suis un mi­né­ral, je suis un vé­gé­tal. J’ai be­soin de sen­tir les élé­ments de la na­ture. Je ca­resse la mer dès que je la re­trouve, et les arbres lorsque je les croise. J’ai eu la chance de connaître Fran­çois Mit­ter­rand qui m’a « ap­pris » les arbres. Il les connais­sait tous, les ap­pe­lait par leur nom, dé­taillait leurs pou­voirs. Je re­trou­vais les cours bo­ta­niques de mes études phar­ma­ceu­tiques. Nos­tal­gie… Nos­tal­gie !

Green In­no­va­tion. Un ob­jet vous ins­pire lors­qu’il est ques­tion de green ?

Jacques Séguéla. La For­mule 1. Pour­quoi dé­pense-t-on tant d’ar­gent pour sa­voir qui brûle le plus car­bu­rant lors de ces jeux de cirque mo­derne ? J’ai as­sis­té aux 24 heures du Mans, j’ai failli de­ve­nir sourd. Ce­la semble in­com­pré­hen­sible que l’on n’oblige pas ce sport à al­ler vers l’élec­trique ; quelle belle idée ce se­rait pour l’éco­lo­gie. La F1 est une sym­bo­lique d’hier, elle de­vien­drait d’un coup celle de de­main…

Green In­no­va­tion. La per­son­na­li­té qui re­pré­sente le green pour vous ?

Jacques Séguéla. Pour moi, c’est un homme à trois têtes. Da­niel Cohn-Ben­dit, à la fois ré­vo­lu­tion­naire et po­li­tique, il a réus­si à in­car­ner l’éco­lo­gie po­si­tive. Et l’éco­lo­gie ne peut réus­sir au ni­veau mon­dial que si elle est por­tée par la po­li­tique. La COP21 en té­moigne. Mer­ci, Ni­co­las Hu­lot, mon autre men­tor, il a su mé­dia­ti­ser l’éco­lo­gie en pro. Et mon der­nier est Pa­py Pôle, Jean-Louis Étienne, le ca­pi­taine Had­dock de l’ex­plo­ra­tion. Il a pas­sé sa vie dans sa ca­bane construire dans un arbre au coeur de la France entre deux tra­ver­sées aux deux ex­trêmes du monde, de pôle en pôle Et ce­rise sur le gâ­teau, il écrit mer­veilleu­se­ment. Il est pour moi, la plume de l’éco­lo­gie po­si­tive. Je suis contre l’éco­lo­gie ré­pres­sive. L’éco­lo­gie se mord la queue lors­qu’elle est coer­ci­tive ! Il ne sert à rien de culpa­bi­li­ser les Fran­çais, il faut les faire rê­ver. Je suis pour l’éco­lo­gie par­ta­gée. Nous de­vons tous y prendre notre part. L’éco­lo­gie est de Droite et de Gauche. Plus d’actu que ja­mais. Ain­si, je crois que c’est le rôle d’un père de don­ner le goût du vert à ses en­fants. Mon père fut un père gé­nial, c‘est lui qui m’a ren­du éco­lo avant l’heure. Dès l’âge de 7 ans, il or­ga­ni­sait chaque an­née un voyage de pêche dans une ré­gion du monde dif­fé­rente. L’aven­ture a du­ré 63 ans ! J’ai donc fait 63 voyages à ses cô­tés. Nous avons pê­ché des pois­sons jus­qu’au fin fond du Pa­kis­tan ou de l’Iran, du Pôle Sud au Pôle Nord, de la Chine au Chi­li, du Ca­na­da au Pa­mir. Le prin­cipe était de vivre pen­dant dix jours sous la tente, en mar­chant ou à che­val à la dé­cou­verte de truites in­sou­mises. Quand mon fils a eu 7 ans, il s’est joint à nous. Et j’at­tends que mon petit-fils ait 7 ans pour l’ame­ner, à son tour, avec son père à la pêche et per­pé­tuer la tradition.

Green In­no­va­tion. Quel se­rait votre sou­hait le plus fan­tas­ti­que­ment green...

Jacques Séguéla. L’ar­gent n’a pas d’idée, seules les idées font de l’ar­gent. Donc, j’ose une idée : je rê­ve­rais que tout ter­rien soit obli­gé de plan­ter un arbre par an ! S’il vit 100 ans, il au­ra plan­té 100 arbres dans sa vie. Les ci­toyens qui ont les moyens fi­nan­ciers achè­te­raient les arbres, avec la pos­si­bi­li­té de dé­duire le coût de cet achat de ses im­pôts. En fait, de les consi­dé­rer comme une oeuvre d’art. Et pour moi, plan­ter un arbre c’est une oeuvre d’art. L’État of­fri­rait un arbre aux plus dé­mu­nis… avec le plai­sir de re­ce­voir l’arbre et d’al­ler le plan­ter soi-même. Ima­gi­nez si l’on plan­tait 7 mil­liards d’arbres par an, on stop­pe­rait la dé­fo­res­ta­tion sui­ci­daire de notre pla­nète. Y a-t-il plus beau sym­bole de l’éco­lo­gie qu’un arbre ? Il est le roi de la na­ture. Il la nour­rit, il en porte les fruits, il est l’em­blème de la sa­gesse, de la jus­tice (Saint-Louis) et de la pé­ren­ni­té, il vit plus long­temps que nous.

Green In­no­va­tion. Le green pour quelles rai­sons es­sen­tielles ?

Jacques Séguéla. C’est notre pa­tri­moine com­mun, por­teur des va­leurs qu’il est le seul à pou­voir re­pré­sen­ter. Et d’abord le res­pect. L’éco­lo­gie c’est le res­pect de la na­ture et de l’autre. C’est en­suite le par­tage, la na­ture est à tout le monde et pour tout le monde, c’est en­fin un code de vie, pas­ser de la fri­vo­li­té à la fru­ga­li­té. Et il y a quelque chose de fru­gal dans l’éco­lo­gie. L’en­vie d’une nour­ri­ture plus saine af­fran­chie des pol­lu­tions du monde, di­recte du pro­duc­teur au consom­ma­teur. Comment ne pas vou­loir se battre pour elle ? Et je rêve qu’en pa­ral­lèle de chaque religion qui cé­lèbre les forces di­vines de l’es­prit d’une religion uni­ver­selle qui loue les forces na­tu­relles de notre pla­nète. Une sorte de Dieu vert qui nous pro­tège et que nous de­vons pro­té­ger. Fi­na­le­ment on doit au­tant au deux.

Jacques Séguéla est sans doute le plus cé­lèbre pu­bli­ci­taire fran­çais, co­fon­da­teur de l’agence de com­mu­ni­ca­tion RSCG.

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