RSE : comment le groupe Eif­fage construit un fu­tur du­rable...

Green Innovation - - Energie & Development Durable - EN­TRE­TIEN AVEC VALÉRIE DA­VID Propos recueillis par Ma­rie Cor­net-Ash­by

Green In­no­va­tion. Pou­vez-vous re­ve­nir sur la Charte des va­leurs et fi­na­li­tés d’Eif­fage ?

Valérie Da­vid. La Charte des va­leurs et fi­na­li­tés d’Eif­fage date de 1992. Elle a été ré­di­gée et si­gnée de M. Jean-Fran­çois Ro­ve­ra­to qui est en fait le créateur du groupe consti­tué d’un cer­tain nombre d’ap­ports his­to­riques d’en­tre­prises (Fou­ge­rolle, SAE..). L’acte fon­da­teur d’Eif­fage est bel et bien l’ac­tion­na­riat sa­la­rié. Et M. Ro­ve­ra­to a créé une si­cav d’ac­tion­na­riat sa­la­rié qui est au­jourd’hui la plus im­por­tante de France avec celle d’Es­si­lor ! D’ailleurs, nous par­ta­geons avec cette so­cié­té, la par­ti­cu­la­ri­té d’avoir l’ac­tion­na­riat sa­la­rié le plus dy­na­mique de France ! Au­jourd’hui dans notre pays, ce sont 90% des sa­la­riés du groupe qui sont ac­tion­naires. En d’autres termes, l’ac­tion­na­riat sa­la­rié est vrai­ment le socle d’Eif­fage…Il re­pré­sente certes une fa­çon de re­dis­tri­buer les ri­chesses. Mais, il per­met aus­si de faire face de ma­nière as­sez mo­derne aux mou­ve­ments ca­pi­ta­lis­tiques su­bis, contraints et très ra­pides qui peuvent se ma­ni­fes­ter…

Green In­no­va­tion. Est-il pos­sible d’éta­blir un lien entre cette Charte et la stra­té­gie RSE dé­ployée au sein de votre groupe ?

Valérie Da­vid. Oui, on peut consi­dé­rer que cet ac­tion­na­riat sa­la­rié consti­tue les fonds bâ­tis­seurs de la RSE au sein de notre groupe. C’est un fait im­por­tant et, en au­cun cas une vi­sion lé­gère voire op­por­tu­niste de la si­tua­tion. Ce­la a un tel sens que M. Ro­ve­ra­to avait pré­vu, pour les nou­veaux em­bau­chés, des prêts rem­bour­sables au bout de 5 ans. Au sein d’Eif­fage, cette vo­lon­té de re­pré­sen­ta­ti­vi­té de cet ac­tion­na­riat est pré­sente à des toutes les strates de l’en­tre­prise. Et, ce­la est un bon­heur de voir qu’au­jourd’hui : 86 % des com­pa­gnons ou des ou­vriers sont ac­tion­naires !

Green In­no­va­tion. La RSE a for­te­ment évo­lué jus­qu’à ce jour…

Valérie Da­vid. Oui, dé­jà d’un point de vue ré­gle­men­taire. La pre­mière pé­riode d’ac­cé­lé­ra­tion, vrai­ment no­table, cor­res­pond à la loi de 2012 re­la­tive à la ré­gu­la­tion éco­no­mique et, ce­la a obli­gé au rap­port en­vi­ron­ne­men­tal et so­cial ! C’était un bon dé­but, quelque peu

dé­cla­ra­tif, mais sans réels con­trôles. Dès 2009, au sein d’Eif­fage, nous avions pro­cé­dé au contrôle de nos chiffres so­ciaux et en­vi­ron­ne­men­taux par des com­mis­saires aux comptes. Or, ce­la n’était ren­du obli­ga­toire que par l’en­trée en vi­gueur de la loi Gre­nelle 2… Ce cercle ver­tueux très po­si­tif per­met­tait de struc­tu­rer et de dé­fi­nir des obli­ga­tions. Par la suite, la RSE est de­ve­nue un noyau d’où germent des pôles au ser­vice du dé­ve­lop­pe­ment du­rable. On peut ci­ter à titre d’exemple : les nou­veaux mar­chés de ce sec­teur, le dé­ploie­ment du dé­ve­lop­pe­ment du­rable dans le coeur des mé­tiers de l’in­fra­struc­ture, du gé­nie ci­vil et de l’in­gé­nie­rie du­rable. Au­jourd’hui sur les 23 col­la­bo­ra­teurs au sein ma di­rec­tion, trois d’entre eux sont « iden­ti­fiés » spé­ci­fi­que­ment RSE. Tous les autres tra­vaillent sur des su­jets émer­gents com­plexes qui peuvent per­mettre de don­ner au dé­ve­lop­pe­ment du­rable ses lettres de no­blesse en termes de com­pé­ti­ti­vi­té.

Green In­no­va­tion. Quelle est se­lon vous la prin­ci­pale évo­lu­tion de la RSE au cours de ces an­nées ?

Valérie Da­vid. La RSE telle qu’elle a été conçue au dé­part était plus dans la maî­trise du risque d’image et de la co­hé­sion so­ciale en interne que sur la conduite du chan­ge­ment… Le Gre­nelle a per­mis de faire avan­cer les choses de fa­çon in­con­tes­table ! Il a fait naître une ef­fer­ves­cence et un rap­pro­che­ment dans les dia­logues to­ta­le­ment no­va­teurs avec ces 5 col­lèges re­pré­sen­ta­tifs de la so­cié­té ci­vile. Ces orien­ta­tions per­met­taient de sortir le dé­ve­lop­pe­ment du­rable d’une sphère ré­ser­vée à cer­tains et de prou­ver qu’il était bel est bien l’af­faire de tous ! Je pense sin­cè­re­ment que le Gre­nelle a gé­né­ré un es­poir phé­no­mé­nal !

Green In­no­va­tion. Eif­fage est un groupe qui a à coeur le res­pect de la na­ture… Valérie Da­vid. Il est très in­té­res­sant d’in­té­grer dans les tra­vaux pu­blics la prise en compte de la pré­ser­va­tion de la bio­di­ver­si­té… D’ailleurs en France, cer­taines lois pro­tègent cette na­ture. On peut ci­ter la loi sur l’eau et les mi­lieux aqua­tiques, celle pour la pro­tec­tion d’es­pèces pro­té­gées et en­fin le Code forestier. Eif­fage rend pu­blic, chaque an­née de­puis 2012, l’avan­ce­ment des vingt-huit ac­tions qu’il dé­ploie au titre de la SNB. Une éva­lua­tion-bi­lan de cet avan­ce­ment est réa­li­sée an­nuel­le­ment par l’as­so­cia­tion Hu­ma­ni­té et Bio­di­ver­si­té. Par ailleurs, Eif­fage est, de­puis dé­cembre 2013, adhé­rent agréé du BBOP, ini­tia­tive in­ter­na­tio­nale vi­sant la com­pen­sa­tion sans perte nette de bio­di­ver­si­té. Ces ini­tia­tives sont va­lo­ri­santes. Elles le sont aus­si pour nos in­gé­nieurs, et on se rend compte (lorsque l’on re­crute des jeunes) qu’ils sont de plus en plus at­ti­rés par le ca­pi­tal-ré­pu­ta­tion de leur em­ployeur...

Green In­no­va­tion. Quels sont les prin­ci­paux axes de votre stra­té­gie RSE au sein d’Eif­fage ? Valérie Da­vid. Dé­jà, je veux qu’en termes

de stra­té­gie : la RSE in­tègre tous les coeurs de mé­tiers ! D’ailleurs, nous avons créé un site in­ti­tu­lé « L’ef­fet pa­pillon de la bio­di­ver­si­té dans les mé­tiers d’Eif­fage » des­ti­né à tous les col­la­bo­ra­teurs du Groupe, toutes fonc­tions et tous mé­tiers confon­dus. Ce site ex­plique les ac­tions en fa­veur de la pré­ser­va­tion de la bio­di­ver­si­té et cha­cun doit y prendre part. Les prin­ci­paux axes de ma stra­té­gie sont cen­trés au­tour de l’an­ti­ci­pa­tion de la mu­ta­tion des modes de vie so­cio­lo­giques et tech­no­lo­giques…et, nous de­vons être cer­tains de construire les in­fra­struc­tures, les bâ­ti­ments et les villes dont les gens ont be­soin en te­nant compte des mu­ta­tions tech­no­lo­giques. Les mu­ta­tions so­cio­lo­giques cor­res­pondent quant à elles à la nou­velle lon­gé­vi­té, aux fa­milles re­com­po­sées, au no­ma­disme pro­fes­sion­nel su­bi ou choi­si. Au­jourd’hui, il est né­ces­saire d’être en me­sure de construire bas car­bone et évo­lu­tif et aus­si, de conce­voir des bâ­ti­ments ver­tueux et mu­tables dans leur pro­gram­ma­tion. À titre d’exemple, Eif­fage construit à Mar­seille plu­sieurs bâ­ti­ments sur le prin­cipe dit de la pièce no­made à tra­vers Smart­seille. Les modes de vie ne sont plus li­néaires, il faut s’ y adap­ter ! Et l’on sent une ten­dance de mo­di­fi­ca­tion dans l’idéal pa­tri­mo­nial du fran­çais. Et, je dois dire que ces chan­ge­ments sont très po­si­tifs pour la pré­ser­va­tion des espaces na­tu­rels et de la bio­di­ver­si­té. Chez Ef­fage, nous avons à coeur l’an­ti­ci­pa­tion des consé­quences du dé­rè­gle­ment cli­ma­tique, d’où mon la­bo­ra­toire Phos­phore qui existe de­puis 2007. La ville concentre tous les pro­blèmes d’émis­sions de gaz à ef­fet de serre, mais elle est aus­si le vi­vier prin­ci­pal des so­lu­tions ! Et le trans­port et la ville du­rable sont liés ; les éco­mo­bi­li­tés re­pré­sentent la porte d’en­trée des villes du­rables. Le BTP peut à la fois di­mi­nuer notre em­preinte car­bone et aus­si, contri­buer à pro­po­ser des pro­duits en ma­tière de villes, de lo­ge­ments, d’in­fra­struc­tures qui ré­duisent cette em­preinte. Et il y au­ra une taxe car­bone de ma­nière pu­ni­tive. La crois­sance verte crée­ra un grand nombre de mé­tiers. Par ailleurs, con­cer­nant l’in­té­gra­tion du dé­ve­lop­pe­ment du­rable dans les ap­pels d’offres, la com­mande pu­blique de­vrait ma­jo­rer le poids de l’en­vi­ron­ne­ment…

Green In­no­va­tion. Grâce à votre con­tri­bu­tion, il est pos­sible de sortir di­plô­mé d’une for­ma­tion pres­ti­gieuse… J’ai créé avec Pierre Pech en 2009, la Chaire « Bio­di­ver­si­té, en­vi­ron­ne­ment et grandes in­fra­struc­tures » de l’uni­ver­si­té Pan­théon-Sor­bonne. Au­jourd’hui, nous comp­ta­bi­li­sons 75 % des pla­ce­ments des étu­diants à 6 mois. La vi­sion de cette for­ma­tion met en avant une po­li­tique de ré­duc­tion des im­pacts très en amont ; ce­la donne à cette Chaire cette ré­son­nance si ex­tra­or­di­naire…

Green In­no­va­tion. Vous êtes à l’ori­gine avec Fran­çois Mor­gant de la créa­tion des Deau­ville Green Awards ?

Georges Pessis. Nous avons fon­dé ce fes­ti­val. Fran­çois a réa­li­sé de nom­breux films pour l’Agence Fran­çaise de Dé­ve­lop­pe­ment (AFD) qui avaient donc tous un axe tour­né vers le Dé­ve­lop­pe­ment du­rable. De mon cô­té, j’ai été réa­li­sa­teur très long­temps, puis j’ai gé­ré le Fes­ti­val du Creu­sot pen­dant une dou­zaine d’an­nées. Et lorsque Fran­çois m’a pro­po­sé de l’ac­com­pa­gner dans la créa­tion des Deau­ville Green Awards, j’ai tout de suite ac­cep­té. Nous avons choi­si Deau­ville, une ville at­trac­tive, fes­ti­va­lière, en bord de mer et par­ti­cu­liè­re­ment tour­née vers le Dé­ve­lop­pe­ment du­rable. D’ailleurs, la ville elle-même a re­çu la Ma­rianne d’Or du Dé­ve­lop­pe­ment du­rable. La très dy­na­mique Maire nous a ai­dés par la mise à dis­po­si­tion de la Vil­la en bord de plage pour notre fes­ti­val ! Et, nous sommes très heu­reux de voir que cette belle his­toire se pour­suit puisque nous en sommes à la sixième édition cette an­née …

Green In­no­va­tion. Le fes­ti­val a im­mé­dia­te­ment ou­vert sa pro­gram­ma­tion et sa com­pé­ti­tion sur l’international…

Georges Pessis. Je pense qu’un fes­ti­val ne peut être qu’international ; la pro­duc­tion étran­gère est très in­té­res­sante. Et ce­la est sain que les pro­duc­tions soient mises en concur­rence. Res­ter fo­ca­li­sé sur la France ne suf­fit pas tout sim­ple­ment parce que le ci­né­ma est international. C’est une ques­tion d’am­bi­tion et aus­si une vo­lon­té d’ou­vrir vers l’international pour un fes­ti­val. Les pro­duc­teurs in­ter­na­tio­naux tout comme les grandes chaînes de té­lé­vi­sion sont connus. Il faut sur­tout avoir en­vie… avec in­ter­net tout est de­ve­nu plus simple ! Lors de la pre­mière édition, nous avons re­çu 120 films qui pro­ve­naient d’une dou­zaine de pays ; au­jourd’hui, près de 350 films sont ins­crits, ve­nant de 25 pays de 4 conti­nents. Certes re­ce­voir des films est es­sen­tiel pour un fes­ti­val, mais les créa­teurs sou­haitent aus­si y faire dé­cou­vrir leurs films, leurs pro­jets, faire des ren­contres avec des pro­duc­teurs ou des com­man­di­taires de films. Le fes­ti­val est un

lieu de ren­contres et de dé­bats avec des ex­perts et des pro­fes­sion­nels de la com­mu­ni­ca­tion et de l’éco­lo­gie… Et, même si nous dis­po­sons de peu de moyens, le Fes­ti­val reste unique en son genre en France. Nous fai­sons par­tie d’un grou­pe­ment international de fes­ti­val « green » : Le Green Film Net­work, re­grou­pant une tren­taine de Fes­ti­vals au­tour du monde.

Green In­no­va­tion. Pou­vez-vous re­ve­nir sur le Jury International ?

Georges Pessis. Il est tou­jours com­po­sé de per­son­na­li­tés di­verses. Un jury équi­li­bré, réunis­sant des pro­fes­sion­nels de la com­mu­ni­ca­tion et des spé­cia­listes de l’en­vi­ron­ne­ment, res­pec­tant la pa­ri­té hommes-femmes et in­vi­tant une bonne part de ju­rés étran­gers. Pour cette édition, ci­tons l’amé­ri­cain Lee Glu­ck­man qui vient chaque an­née de Los An­geles, Je­re­my Ma­thieu de la BBC, Jut­ta Shef­fer d’Al­le­magne, San­dra In­ke­na de Ri­ga, San­ti Vall­de­pe­rez de Bar­ce­lone… Nos par­te­naires comme l’ADEME, ECOPROD nous sou­tiennent de­puis tou­jours… Cette an­née, Bpi­france re­met­tra le Prix spécial de la meilleure com­mu­ni­ca­tion au­dio­vi­suelle pour une star­tup à un film de la com­pé­ti­tion. Veo­lia, Aa­qius, Op­so­mai, le mi­nis­tère de la Culture et de Com­mu­ni­ca­tion comme ce­lui des Af­faires So­ciales et de la San­té sont es­sen­tiels.

Green In­no­va­tion. Quels sont les temps forts de cette édition 2017 ?

Georges Pessis. Ce que j’es­time être le plus im­por­tant, dans un fes­ti­val comme le nôtre, qui réunit réa­li­sa­teurs, pro­duc­teurs, don­neurs d’ordre, par­te­naires pro­fes­sion­nels et ex­perts du Dé­ve­lop­pe­ment du­rable… ce sont les échanges : nous or­ga­ni­sons des re­pas, des cock­tails, des ate­liers afin que se forment des échanges d’idées, des pro­jets, des points de vue… Car, au-de­là des trois grands dé­bats, de la cé­ré­mo­nie de re­mise de prix avec le dî­ner de ga­la, ce sont ces échanges qui sont pour moi les temps forts des Deau­ville Green Awards !

Valérie Da­vid est di­rec­trice du dé­ve­lop­pe­ment du­rable du groupe Eif­fage (© DR)

Georges Pessis est Pré­sident des Deau­ville Green Awards (© DR)

Le Fes­ti­val a lieu à la Vil­la Le Cercle (Centre International de Deau­ville) si­tuée sur le front de mer dans le centre de Deau­ville (à cô­té du Ca­si­no Bar­rière).

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