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Green Innovation - - Sommaire N° 23 - En­tre­tien avec Cedric CHRISTENSEN Con­sul­tant spé­cia­liste du sec­teur des éner­gies re­nou­ve­lables et de la Si­li­con Val­ley.

Green Innovation. La tran­si­tion éner­gé­tique n’est bien sûr pas qu’une af­faire d’État. Les grands groupes des nou­velles tech­no­lo­gies et du web (Google, Apple, Fa­ce­book…) se veulent à l’avant-garde dans ce do­maine. De­puis quand sont-ils en­ga­gés dans cette mu­ta­tion et avec quelles mo­ti­va­tions ?

Cedric Christensen. L’in­té­rêt des grands groupes amé­ri­cains pour les éner­gies re­nou­ve­lables et la tran­si­tion éner­gé­tique re­monte à 2005, lorsque le Sé­nat des ÉtatsU­nis adopte un vaste plan éner­gé­tique – l’Ener­gy Po­li­cy Act – pour ac­cé­lé­rer l’adop­tion des éner­gies nou­velles. Ce texte crée un cré­dit d’im­pôt ap­pe­lé In­vest­ment Tax Cre­dit (ITC), qui s’ap­plique à toutes les nou­velles ins­tal­la­tions so­laires, éo­liennes, et autres tech­no­lo­gies nou­velles de l’éner­gie. Dès 2006 et 2007, les « For­tune 500 » [500 pre­mières en­tre­prises amé­ri­caines d’après le ma­ga­zine For­tune, NdlR] com­mencent l’ins­tal­la­tion de parcs éo­liens et so­laires sur leurs bâ­ti­ments pour ré­duire leurs fac­tures éner­gé­tiques et pro­fi­ter de ce cré­dit d’im­pôt de 30 % sur les in­ves­tis­se­ments.

Le cas de Google illustre bien le che­mi­ne­ment des géants de la Tech. En 2007, Google construit la plus grande ins­tal­la­tion de so­laire com­mer­cial du pays, avec 1,6 MW d’éner­gie pho­to­vol­taïque sur ses bu­reaux de Moun­tain View. Puis, en 2010, il in­ves­tit 39 mil­lions de dol­lars de tax equi­ty (ré­duc­tions d’im­pôts) dans sa pre­mière ferme d’éo­liennes. Le pro­jet porte sur 170 MW de ca­pa­ci­té, ap­pe­lé « Peace Gar­den Wind », dans le Da­ko­ta du Nord. Deux ans plus tard, le mon­tant des in­ves­tis­se­ments de Google dans des pro­jets d’éner­gie re­nou­ve­lable at­teint un mil­liard de dol­lars. En 2017, l’in­ves­tis­se­ment a qua­si tri­plé. La course aux re­nou­ve­lables est lan­cée et elle est mon­diale.

L’im­pact sur le cli­mat de la consom­ma­tion gran­dis­sante d’élec­tri­ci­té par le sec­teur nu­mé­rique, no­tam­ment pour ali­men­ter ses énormes da­ta cen­ters, a été dé­non­cé par plu­sieurs ONG dès les an­nées 2000. Où en sont ces géants « tech­no­lo­giques » de leur propre tran­si­tion éner­gé­tique ? Quels sont les lea­ders et les re­tar­da­taires en la ma­tière ? Plu­sieurs ONG amé­ri­caines ont ana­ly­sé la consom­ma­tion éner­gé­tique des centres de trai­te­ment de don­nées. Na­tu­ral Res­sources De­fense Coun­cil (NRDC) es­ti­mait, dans son Da­ta Cen­ter Ef­fi­cien­cy As­sess­ment d’aout 2014, qu’en 2013, 91 mil­liards de ki­lo­watts-heures d’élec­tri­ci­té avaient été consom­més dans les da­ta cen­ters aux États-Unis – soit l’équi­valent de la pro­duc­tion éner­gé­tique an­nuelle de 34 cen­trales de 500 MW. D’après l’ONG, cette consom­ma­tion pour­rait grim­per jus­qu’à 140 mil­liards de ki­lo­watts-heures en 2020 et cou­te­rait 13 mil­liards par an aux so­cié­tés amé­ri­caines.

En ma­tière de créa­tion et d’en­tre­tien de centres de sto­ckage de don­nées, les géants du nu­mé­rique sont à la pointe de la tech­no­lo­gie. Ils dé­montrent des gains d’ef­fi­ca­ci­té consi­dé­rables. Par contre, les PME sont à la traine en ma­tière de ges­tion éner­gé­tique des don­nées. Une des causes de ce re­tard, évo­quée dans le rap­port de NRDC, tient au fait que les PME par­tagent l’es­pace des centres de sto­ckage de don­nées avec d’autres so­cié­tés. Par consé­quent, elles

“Google, Apple, Fa­ce­book, Amazon ont des bu­tins co­los­saux qu’ils ont amas­sés dans leur ac­ti­vi­té prin­ci­pale et l’ap­pé­tit pour les ré­duc­tions d’im­pôts fait de l’éner­gie re­nou­ve­lable une cible prio­ri­taire avec des re­tours sur in­ves­tis­se­ment qui peuvent at­teindre 10 à 15 %.”

Cedric CHRISTENSEN

n’ont pas une com­plète mai­trise des choix d’in­ves­tis­se­ment dans l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique. Se­lon ce même rap­port, le fait que les centres de sto­ckage de don­nées soient conçus pour faire face à des pics d’ac­ti­vi­té qui n’ar­rivent que quelques fois par an est une autre source d’in­ef­fi­ca­ci­té, car le reste du temps, ils sont sous-ex­ploi­tés. La vir­tua­li­sa­tion des pro­ces­sus in­for­ma­tiques, qui consiste à grou­per les re­quêtes pour une meilleure uti­li­sa­tion du ma­té­riel, est donc per­çue comme une ma­nière ef­fi­cace de ré­duire le nombre de ser­veurs et d’aug­men­ter leur ef­fi­ca­ci­té.

Pour faire face à la crois­sance de la de­mande éner­gé­tique liée aux centres de don­nées, les GAFA ont ache­té plus de 4 GW d’éner­gies re­nou­ve­lables entre 2012 et 2017 aux États-Unis et au Mexique, se­lon le Ro­cky Moun­tain Ins­ti­tute, un centre de re­cherche amé­ri­cain spé­cia­li­sé. Cette ca­pa­ci­té éner­gé­tique pour­rait ali­men­ter plus d’un mil­lion de foyers fran­çais.

Pour y ar­ri­ver, Google, Apple, Fa­ce­book et Amazon signent plu­sieurs types de contrats. Il peut s’agir de contrats d’achat d’élec­tri­ci­té di­rec­te­ment avec de nou­veaux pro­jets éo­liens ou so­laires. Dans ce cas, ils s’en­gagent sur une pé­riode don­née à ache­ter la pro­duc­tion d’éner­gie du pro­jet. Une autre ma­nière de sub­ve­nir à leurs be­soins en éner­gies re­nou­ve­lables consiste à né­go­cier des « blocs d’éner­gie verte » avec les four­nis­seurs d’éner­gie tra­di­tion­nelle ou des tra­ders, qui, eux, se tournent vers les mar­chés pour trou­ver les res­sources. En­fin, d’autres achètent des titres ou des cré­dits d’éner­gie re­nou­ve­lable (Re­ne­wable Ener­gy Cre­dit) à d’autres pro­duc­teurs. C’est ce der­nier cas qui est le plus contes­té, car il n’aug­mente pas en soi la ca­pa­ci­té re­nou­ve­lable et peut juste dé­pla­cer les émis­sions d’une ré­gion à une autre.

Alors que Google et Apple af­fichent 100 % d’éner­gie re­nou­ve­lable, Amazon et Fa­ce­book res­tent à la traine en la ma­tière. Fin 2016, Amazon at­tei­gnait 40 % de re­nou­ve­lables dans l’éner­gie consom­mée par son in­fra­struc­ture glo­bale. L’ob­jec­tif de 50 % de­vrait être at­teint fin 2017. Fa­ce­book est dans la même zone, avec un ob­jec­tif de 50 % en 2018. À no­ter ce­pen­dant qu’avec des ob­jec­tifs af­fi­chés de 100 % re­nou­ve­lables, ces so­cié­tés vont cher­cher à cons­truire de nou­veaux centres de trai­te­ment de don­nées dans des ré­gions où l’ac­cès aux éner­gies re­nou­ve­lables abonde dé­jà (au dé­tri­ment de celles où il est à dé­ve­lop­per).

Forts de leur puis­sance fi­nan­cière et de leurs ca­pa­ci­tés d’innovation, ces mêmes groupes sont en train de s’im­po­ser éga­le­ment comme four­nis­seurs sur le mar­ché des éner­gies re­nou­ve­lables (EnR). Quelles sont leurs stra­té­gies, res­ten­telles concen­trées sur cer­taines zones géo­gra­phiques, et com­ment leur ar­ri­vée re­des­sine-t-elle ce mar­ché ?

Il y a plu­sieurs cas no­tables de « géants consom­ma­teurs » uti­li­sant leur puis­sance fi­nan­cière pour se dé­so­li­da­ri­ser du ré­seau élec­trique et même, par­fois, de­ve­nir leurs propres four­nis­seurs. C’est une forme de dé­cla­ra­tion d’in­dé­pen­dance et aux États-Unis, on ap­pelle ces cas des « RExits » (pour « Re­ne­wable Ener­gy Exits »).

Les mo­ti­va­tions des grandes cor­po­ra­tions pour s’af­fran­chir du ré­seau sont mul­tiples. Pre­miè­re­ment, il peut s’agir d’une ma­nière de contrô­ler leurs couts éner­gé­tiques en ga­gnant un ac­cès di­rect aux mar­chés de l’éner­gie. D’autres ne trouvent pas le mix éner­gé­tique né­ces­saire à la réa­li­sa­tion de leurs ob­jec­tifs de ré­duc­tion de CO2 et se voient dans l’obli­ga­tion d’ache­ter de l’éner­gie propre di­rec­te­ment au­près de nou­velles ins­tal­la­tions so­laires et éo­liennes. Ce type de contrat s’ap­pelle un Po­wer Pur­chase Agree­ment (PPA) et per­met à la so­cié­té d’ache­ter la to­ta­li­té ou une par­tie de la pro­duc­tion sur la du­rée de vie du pro­jet. En­fin, il convient de no­ter que des groupes comme Google, Apple, Fa­ce­book, Amazon ont des bu­tins co­los­saux qu’ils ont amas­sés dans leur ac­ti­vi­té prin­ci­pale et l’ap­pé­tit pour les ré­duc­tions d’im­pôts fait de l’éner­gie re­nou­ve­lable une cible prio­ri­taire avec des re­tours sur in­ves­tis­se­ment qui peuvent at­teindre 10 à 15 %. Tout comme le Brexit, les RExits ont un cout im­por­tant pour le sor­tant. MGM, le fa­meux ca­si­no de Las Ve­gas, a né­go­cié en mai 2016 sa sor­tie du ré­seau élec­trique de Ne­va­da Po­wer. En ef­fet, l’ob­jec­tif du Ca­si­no était de se four­nir à 47 % en éner­gies re­nou­ve­lables sa­chant que le Ne­va­da’s Re­ne­wable Ener­gy Stan­dard im­pose un ob­jec­tif de 23 % aux four­nis­seurs d’éner­gie. MGM a né­go­cié son RExit à 87 mil­lions de

dol­lars. C’est le mon­tant, es­ti­mé par les ré­gu­la­teurs, des in­ves­tis­se­ments moyens et longs termes qui ont été ef­fec­tués pour pla­ni­fier le dé­ve­lop­pe­ment du ré­seau et ser­vir les 171 MW de ca­pa­ci­té éner­gé­tique qu’uti­lise le Ca­si­no. Mi­cro­soft a sui­vi la même voie avec le four­nis­seur d’éner­gie Pu­get Sound Ener­gy dans l’État du Wa­shing­ton en avril 2017. Le RExit fee s’élève à 28 mil­lions de dol­lars.

Dans d’autres États, comme en Ca­li­for­nie, il existe des moyens lé­gaux de se sub­sti­tuer au four­nis­seur d’éner­gie et d’ache­ter di­rec­te­ment l’éner­gie sur les mar­chés. Google et Apple ont tous les deux sui­vi cette voie en de­ve­nant des consom­ma­teurs en ac­cès di­rect (Di­rect Ac­cess cus­to­mers). Les deux ont éga­le­ment sol­li­ci­té l’ac­cord de la Fe­de­ral Ener­gy Re­gu­la­to­ry Com­mis­sion pour opé­rer une li­cence d’ex­ploi­ta­tion du ré­seau. Cette étape leur per­met de se sous­traire au contrôle de cer­taines en­ti­tés éta­tiques qui ré­gulent les four­nis­seurs d’éner­gie et ain­si de ga­gner une grande in­dé­pen­dance dans leurs choix d’in­ves­tis­se­ments. Cer­tains consom­ma­teurs en ac­cès di­rect, comme l’Uni­ver­si­ty of Ca­li­for­nia San Die­go (UCSD), sont connus pour être des lea­ders mon­diaux de l’innovation éner­gé­tique, car leurs in­ves­tis­se­ments échappent au test du meilleur rap­port qua­li­té/prix (least cost/best fit) qui est de­ve­nu la phi­lo­so­phie d’une ma­jo­ri­té de ré­gu­la­teurs et qui a pour ob­jec­tif de dé­fendre tous les usa­gers contre les hausses de ta­rifs. L’UCSD opère un mi­cro­grid, c’est-à-dire un pe­tit ré­seau d’usa­gers avec une source d’éner­gie qui peut être rat­ta­chée au ré­seau cen­tral, mais qui peut aus­si fonc­tion­ner de fa­çon in­dé­pen­dante. Le mi­cro­grid UCSD dis­pose de 35,1 MW d’éner­gie gé­né­rés sur le site, ce qui couvre 75 % de la de­mande an­nuelle du cam­pus.

Cer­tains grands groupes de l’éner­gie ont pris eux aus­si le che­min de cette tran­si­tion, no­tam­ment en Eu­rope. Quelle est la ré­ac­tion des ac­teurs his­to­riques du sec­teur à l’ar­ri­vée des « tech­no­lo­giques » ?

Il existe plu­sieurs types de so­cié­tés qui tentent de bous­cu­ler les ac­teurs his­to­riques et d’en­trer sur ces mar­chés. Ces nou­veaux en­trants agissent for­cé­ment sur l’un (ou plu­sieurs) des trois pi­liers né­ces­saires pour main­te­nir un sys­tème élec­trique fiable : la pro­duc­tion d’éner­gie, le ré­seau qui per­met aux élec­trons de cir­cu­ler jus­qu’au client fi­nal, et la re­la­tion avec les usa­gers (fac­tu­ra­tion, ser­vices). Des groupes comme EN­GIE, Di­rect Ener­gy et, plus ré­cem­ment, To­tal, payent un droit d’uti­li­sa­tion du ré­seau exis­tant et jouent sur leur sa­voir­faire en tant que four­nis­seurs de res­sources et/ou ges­tion­naires de clients pour ten­ter d’of­frir un meilleur ser­vice que les in­ter­ve­nants tra­di­tion­nels. Le ser­vice pro­po­sé peut at­ti­rer de nou­veaux clients parce qu’il in­clut plus d’éner­gies re­nou­ve­lables, parce qu’il est moins cher, ou plus fiable. De fa­çon plus ré­vo­lu­tion­naire, d’autres groupes comme Tes­la et Son­nen offrent des ser­vices qui com­binent pro­duc­tion dis­tri­buée et ges­tion du client fi­nal. Dans le monde tel que l’en­vi­sage Elon Musk, le toit de la mai­son pour­rait ali­men­ter les be­soins en éner­gie du foyer et de la voi­ture. Dans ce cas, le ré­seau élec­trique pour­rait être uti­li­sé sim­ple­ment comme une pla­te­forme pour vendre un ex­cès de pro­duc­tion ou com­bler un manque, une sorte d’eBay de l’éner­gie ! L’ar­ri­vée mas­sive des res­sources éner­gé­tiques dis­tri­buées telles que le so­laire ré­si­den­tiel, le sto­ckage d’éner­gie, et les vé­hi­cules élec­triques est en train d’opé­rer un trans­fert du pou­voir d’un sys­tème cen­tra­li­sé, pui­sant son éner­gie dans quelques cen­trales four­nis­sant d’énormes quan­ti­tés d’éner­gie, vers un sys­tème où les consom­ma­teurs se ré­ap­pro­prient pe­tit à pe­tit les ou­tils de pro­duc­tion ou de ges­tion éner­gé­tique. Plu­sieurs so­cié­tés amé­ri­caines et eu­ro­péennes uti­lisent les tech­no­lo­gies de l’In­ter­net pour créer des « cen­trales vir­tuelles », c’est-àdire des sys­tèmes com­plexes de res­sources éner­gé­tiques dis­tri­buées qui peuvent être com­bi­nées pour res­sem­bler à des cen­trales ther­miques. Par exemple, eMo­tor­werks, une so­cié­té spé­cia­li­sée dans les sta­tions de char­ge­ment de vé­hi­cules élec­triques, a réus­si à dé­mon­trer aux

four­nis­seurs d’éner­gie ca­li­for­niens que ses usa­gers pou­vaient ré­pondre à des si­gnaux du ré­seau en temps réel et mo­di­fier leurs temps de charge de quelques heures pour sou­la­ger le sys­tème en pé­riode de né­ces­si­té. La so­cié­té a ga­gné un contrat de 50 MW, sous forme de « ne­ga­watts », c’es­tà-dire que du­rant les pé­riodes où la de­mande d’éner­gie ex­cède l’offre, eMo­tor­werks peut être ap­pe­lé par l’opé­ra­teur du ré­seau pour « frei­ner » la charge. Une fois ha­bi­tués au con­cept, ces mêmes clients peuvent aus­si de­ve­nir des res­sources en pé­riode de sur­pro­duc­tion so­laire ou éo­lienne. L’opé­ra­teur de ré­seau pour­rait alors émettre un si­gnal pous­sant des mil­liers d’usa­gers vers des bornes de char­ge­ment pour ab­sor­ber le sur­plus en échange d’un taux avan­ta­geux, par exemple. Toutes ces innovations sont ren­dues pos­sibles grâce aux smart grids et aux comp­teurs in­tel­li­gents (comme le Lin­ky en France) qui per­mettent de comp­ta­bi­li­ser les ki­lo­watts-heures consom­més au ré­seau et ceux in­jec­tés, de fa­çon qua­si ins­tan­ta­née. Grâce à ces in­for­ma­tions en temps réel, les res­sources éner­gé­tiques dis­tri­buées peuvent de­ve­nir des atouts pour les ges­tion­naires de ré­seau en per­met­tant d’ab­sor­ber les sur­plus et de les re­dis­tri­buer en fonc­tion des be­soins du ré­seau. C’est le grid 2.0. Ce­pen­dant, dans beau­coup de pays, les ac­teurs his­to­riques voient l’ar­ri­vée de ces nou­veaux pro­duits éner­gé­tiques comme un risque, sur­tout dans des si­tua­tions de mo­no­poles na­tu­rels où la pro­duc­tion, l’ache­mi­ne­ment, et la ges­tion de clients sont gé­rés par la même en­ti­té. Dans ce cas, il peut y avoir une vraie ré­sis­tance au chan­ge­ment, qui se tra­duit par des len­teurs dans les de­mandes de rac­cor­de­ments, des frais im­por­tants qui sont im­po­sés, ou dans le pire des cas, des pro­cès et des as­sauts sur le ter­rain rè­gle­men­taire.

Mal­gré tout, l’ar­ri­vée de nou­veaux ac­teurs avec de nou­velles offres est per­çue comme un le­vier pour pous­ser l’innovation dans des groupes qui ont per­du en agi­li­té face à des in­ves­tis­seurs fri­leux qui pré­fèrent le sta­tu quo. Par exemple, pour faire face à l’offre d’EN­GIE, EDF a dé­ve­lop­pé un ta­rif 100 % re­nou­ve­lable pour ses clients, et ain­si de suite.

Un des en­jeux im­por­tants des vingt pro­chaines an­nées se­ra de trou­ver un mo­dèle pour fi­nan­cer l’in­fra­struc­ture éner­gé­tique et per­mettre à tous ces nou­veaux ac­teurs de pro­po­ser un ser­vice fiable à leurs clients, qui couvre les frais d’en­tre­tien du ré­seau de trans­mis­sion et de dis­tri­bu­tion. En ef­fet, l’éner­gie cir­cule dans un ré­seau de câbles et de fils qui sup­pose un in­ves­tis­se­ment préa­lable de cen­taines de mil­liards d’eu­ros aux­quels viennent s’ajou­ter les couts de main­te­nance. Dans cet en­vi­ron­ne­ment, il est hors de ques­tion de cons­truire des re­don­dances ré­seau.

En­fin, un autre en­jeu im­por­tant, qui joue­ra éga­le­ment dans la sphère des po­li­tiques éner­gé­tiques, se­ra de trou­ver des mé­ca­nismes pour conti­nuer à ser­vir tous les clients et pas seule­ment les plus at­trac­tifs. Ser­vir un client au bout du ré­seau ou en zone ru­rale peut cou­ter très cher, et ce cout est ac­tuel­le­ment par­ta­gé par tous les usa­gers. Im­pos­sible donc, avec les règles ac­tuelles, de seg­men­ter la clien­tèle et de ne ser­vir que les clients les plus ren­tables, comme l’en­vi­sagent cer­tains ac­teurs du mar­ché.

Bill Gates avait lan­cé, en marge de la COP21 en 2015, la Break­through Ener­gy Coa­li­tion, un fonds de plu­sieurs mil­liards de dol­lars des­ti­né à fi­nan­cer la re­cherche de nou­veaux ou­tils pour four­nir au monde une éner­gie non car­bo­née. Cette ini­tia­tive a-t-elle dé­bou­ché sur des réa­li­sa­tions concrètes ?

Au même titre que les géants de la Tech poussent les struc­tures en place pour ac­cé­lé­rer la tran­si­tion éner­gé­tique, des groupes d’in­ves­tis­seurs visent à rem­pla­cer ou à com­plé­ter l’ac­tion des gou­ver­ne­ments dans la re­cherche et le dé­ve­lop­pe­ment. Par­mi ces groupes, la Break­through Ener­gy Coa­li­tion re­groupe une tren­taine d’in­ves­tis­seurs dont l’ob­jec­tif est d’in­ves­tir sur le long terme (20 ans) dans les tech­no­lo­gies éner­gé­tiques. Les cycles longs d’in­ves­tis­se­ment sont dif­fi­ciles à cou­vrir pour les groupes de ca­pi­taux-risques tra­di­tion­nels et c’est un rôle qui était jus­qu’à pré­sent ré­ser­vé aux fonds gou­ver­ne­men­taux ou aux uni­ver­si­tés. Ce nou­veau groupe in­clut les plus

Sys­tème de re­froi­dis­se­ment du da­ta cen­ter de Google à Dou­glas Coun­ty, en Géor­gie (USA). Se­lon Google, ses 14 da­ta cen­ters ré­par­tis à tra­vers le monde consom­me­raient 50 % moins d’éner­gie qu’une ins­tal­la­tion clas­sique, grâce à l’op­ti­mi­sa­tion des ins­tal­la­tions conçues pour être de moins en moins éner­gi­vores. (© Google)

Le ca­si­no MGM de Las Ve­gas est sor­ti en 2016 du ré­seau élec­trique de Ne­va­da Po­wer et sou­tient un pro­jet de loi du dé­mo­crate Ch­ris Brooks qui vise à ce que le Ne­va­da ob­tienne 50 % de son éner­gie des sources re­nou­ve­lables d’ici à 2030, avec un ob­jec­tif de 80 % d’ici à 2040. Pa­ral­lè­le­ment, la maire de Las Ve­gas, Ca­ro­lyn Good­man, a an­non­cé le 19 dé­cembre 2016 que la ca­pi­tale mon­diale du jeu était l’une des rares villes au monde à fonc­tion­ner en­tiè­re­ment grâce aux éner­gies re­nou­ve­lables. Un abou­tis­se­ment qui est le fruit d’un long pro­ces­sus, me­né de­puis bien­tôt dix ans et concré­ti­sé grâce à l’ins­tal­la­tion d’une im­mense cen­trale so­laire – la troi­sième plus grande au monde – si­tuée dans le dé­sert du Ne­va­da et mise en ser­vice le 12 dé­cembre 2016. (© Shut­ter­stock/Olos)

Sta­tions de re­charge élec­trique Tes­la à Bren­ner, en Ita­lie. Le fon­da­teur et di­ri­geant de Tes­la, Elon Musk, a dé­mis­sion­né du conseil consul­ta­tif éco­no­mique de la Mai­son-Blanche à la suite de la dé­ci­sion des États-Unis de sor­tir des ac­cords de Pa­ris. Au to­tal, ce sont 30 PDG des plus grosses en­tre­prises amé­ri­caines (Dis­ney, Vir­gin, Ge­ne­ral Elec­tric, Co­ca Co­la, Uni­le­ver…) qui ont co­si­gné une lettre ouverte dans le Wall Street Jour­nal de­man­dant au pré­sident amé­ri­cain de res­ter dans l’ac­cord de Pa­ris, à l’image d’une tri­bune si­mi­laire pu­bliée dans le New York Times par 24 autres en­tre­prises (Adobe, Apple, Fa­ce­book, Google, Hew­lett Pa­ckard, Mi­cro­soft…).

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