« Pour peu que la voie soit longue, que le mis­tral soit de la par­tie ou que le bruit am­biant des oi­seaux ne s’y mette, la com­mu­ni­ca­tion de­vient vite com­pli­quée. »

Grimper - - MANIP / SÉCURITÉ -

Tant que l’assureur peut voir le grim­peur, pas de sou­ci, et c’est la plu­part du temps le cas pour une voie d’une lon­gueur par­tant du sol. Le se­cond peut se dé­ca­ler, ob­ser­ver le lea­der. Il n’y a même pas be­soin de par­ler. Tout se com­plique lorsque la lon­gueur part d’une vire ou d’un re­lais. Un sur­plomb, un pi­lier, et le contact vi­suel est per­du. Res­tent alors les mots et, pour peu que la voie soit longue, que le mis­tral soit de la par­tie ou que le bruit am­biant des oi­seaux ne s’y mette, la com­mu­ni­ca­tion de­vient vite com­pli­quée. Non seule­ment il faut hur­ler, mais en plus il faut être clair et pré­cis pour ga­gner du temps et sur­tout éco­no­mi­ser ses cordes vo­cales. Les beaux jours sont de re­tour et beau­coup d’entre nous vont al­ler traî­ner leurs chaus­sons dans les grandes faces de l’Oi­sans, du Ver­don, de Cha­mo­nix… Dans de tels murs, il est es­sen­tiel d’avoir mis au point un code simple de com­mu­ni­ca­tion pour évi­ter toute crise de nerfs for­cé­ment su­per­flue. La plu­part avant de faire de même avec les prises. Si votre assureur est à dix mètres de vous, ce n’est quand même pas la peine de hur­ler. « Bloque » pos­sède éga­le­ment une va­riante moins élé­gante qui peut prê­ter à confu­sion : « Prends-moi ». Évi­tez de vous y ha­bi­tuer, sur­tout si vous dor­mez au re­fuge à cô­té du gros Ro­bert et que vous cau­che­mar­dez sou­vent en pen­sant que vous vo­lez loin au-des­sus du point, au risque d’avoir une marche d’ap­proche dif­fi­cile le len­de­main… Une fois re­mis de vos émo­tions et re­po­sé, an­non­cez à votre assureur « Re­par­ti ! », si vous pré­fé­rez qu’il re­prenne la corde en main plu­tôt qu’il ne conti­nue à fouiller dans le casse-croûte. En cas d’as­su­rage un peu trop vi­gi­lant, « Du mou ! » pour que Ro­bert vous lâche un peu de corde. Dans le cas contraire, ou après une re­traite pour cause d’er­reur d’iti­né­raire, « Avale ! » se­ra le bien­ve­nu, sur­tout pour Ro­ro qui com­men­çait à s’étouf­fer avec les oeufs durs. En cas de chute de pierre, de dé­gaine, d’ar­moire nor­mande ou d’élé­phant rose, « Caillou » est l’aver­tis­se­ment le plus in­di­qué, mieux que « Pierre », voir plus haut, de même que « At­ten­tion » qui risque d’être in­ter­pré­té par votre assureur comme un aver­tis­se­ment de chute. Ré­sul­tat, il tire la corde, vous tom­bez, en­suite il se prend l’ob­jet vo­lant en pleine gueule, il lâche la corde et vous vous écra­sez comme un mi­nable. Un scé­na­rio ca­tas­trophe digne de la Tour in­fer­nale, mais il vaut mieux pré­ve­nir que gué­rir, sur­tout que ce genre de bo­bo ne se soigne pas.

Une fois au re­lais

Après ces mul­tiples pé­ri­pé­ties, at­ten­dez d’être au­toas­su­ré pour lan­cer « Re­lais ! » ou « Va­ché !), l’es­sen­tiel étant que ce soit un mot en « é ». En ef­fet, si vous êtes loin de votre assureur, il risque de n’en­tendre que la der­nière syl­labe. Ce son en « é » se­ra pour lui le si­gnal pour ar­rê­ter d’as­su­rer et com­men­cer à se pré­pa­rer. Il est donc es­sen­tiel de crier « Re­lais ! » une fois seule­ment que vous êtes cor­rec­te­ment at­ta­ché à ce­lui-ci. Le temps d’ava­ler le reste de la corde, de pla­cer votre sys­tème d’as­su­rage, vous pou­vez hur­ler « Quand tu veux ! » pour pré­ve­nir votre se­cond que c’est quand il veut, où il veut. Main­te­nant, ce n’est plus à vous de vous épou­mo­ner, il ne vous reste plus qu’à en­le­ver vos chaus­sons et à tendre l’oreille pour les do­léances du se­cond. Pre­mière chose à dire pour le se­cond, dès qu’il est prêt à en­le­ver sa der­nière au­toas­su­rance : « C'est par­ti ! » Il doit alors at­tendre que la corde se tende de­vant lui comme une confir­ma­tion avant de lâ­cher dé­fi­ni­ti­ve­ment le re­lais. Comme pour le lea­der, vos de­mandes quant à la fa­çon d’as­su­rer se font par l’in­ter­mé­diaire des sem­pi­ter­nels « Du mou ! Avale ! Bloque ! », sans ou­blier le « Re­par­ti ! » après avoir été blo­qué. Par contre, votre qua­li­té de se­cond vous au­to­rise un vo­ca­bu­laire plus éten­du. « Sec ! » si­gni­fie que le pre­mier doit bien tendre la corde, his­toire d’avoir une pe­tite aide dans un pas­sage dur. Vous al­lez vite voir ce que ça se­rait si vous vous met­tiez au ré­gime. Si le mou­ve­ment est tou­jours trop dur, même après un ré­gime in­ten­sif, il ne vous reste plus que le « Treuille ! » pour vous sor­tir du mau­vais pas. Vous n’avez plus qu’à es­pé­rer que votre lea­der soit cos­taud, sache faire la ma­nip, ou n’ait pas d’Opi­nel sur lui (sur­tout s’il est dé­jà en haut de la fa­laise…). S’il vous a treuillé sur vingt mètres, une fois au re­lais, vous pou­vez dire « Mer­ci », et pour­quoi pas « J’y vais en tête dans la sui­vante ».

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