TOUT NU AU RE­LAIS

Grimper - - MANIP / SÉCURITÉ -

Mau­vais plan, l’ar­ri­vée à un re­lais est tou­jours un mo­tif de sa­tis­fac­tion, sauf quand on n’a plus le moindre mous­que­ton à la cein­ture, nu comme un ver, condam­né à bi­douiller une so­lu­tion foi­reuse ou à san­glo­ter en at­ten­dant les se­cours… À moins de connaître la ma­nip’.

mésa­ven­ture est dé­jà ar­ri­vée à tout le monde. Que ceux qui se disent « Non, pas moi, ce n’est pas mon genre » pa­tientent : leur tour vien­dra. Bref, rien de plus désa­gréable que d’ar­ri­ver au re­lais, tout content et de s’aper­ce­voir que l’on n’a rien pour s’y at­ta­cher. Dans ce cas-là, il n’y a pas trente-six so­lu­tions : vous redescendez pour ré­cu­pé­rer une dé­gaine (pas la der­nière !), mais la ma­noeuvre est longue, voire dan­ge­reuse en cas de so­li­di­té dou­teuse des points ou d’es­pa­ce­ment ex­ces­sif entre ceux-ci ou si, tout sim­ple­ment, la fin de la voie est dif­fi­cile à déses­ca­la­der. Bref, c’est ra­re­ment un bon choix. La se­conde so­lu­tion, bien plus ra­pide mais qua­si­ment sui­ci­daire, est de te­nir un bon bac, de se désen­cor­der de l’autre main, de pas­ser la corde dans le re­lais et de se ré­en­cor­der. Pour être ra­pide, c’est ra­pide, sauf si vous com­men­cez à ra­mer pour re­faire votre noeud. Trans­pi­ra­tion, souffle court et adré­na­line, voi­ci le me­nu quand tout se passe bien. Mais ima­gi­nez une se­conde qu’ac­cro­ché au re­lais d’une main, vous lais­siez échap­per la corde de l’autre… Évi­dem­ment, la voie est trop dif­fi­cile pour être déses­ca­la­dée et il est im­pos­sible de sor­tir par le haut. Votre assureur, seul dans la fa­laise, est in­ca­pable de vous se­cou­rir. Seul, à trente mètres du sol, le mo­ment est ve­nu de mé­di­ter sur le sens de la vie, de re­pen­ser aux bons mo­ments et de les mettre en ba­lance avec les dé­cep­tions. De toute fa­çon, la trans­pi­ra­tion ai­dant, vos doigts té­ta­ni­sés com­mencent dé­jà à glis­ser sur l’acier po­li et votre sac à ma­gné­sie, si gros soit-il, reste un pa­ra­chute ri­di­cule. Il y a ceux qui crient et ceux qui res­tent dignes. Choi­sis­sez votre camp. Adieu. Bon al­lez, parce que c’est vous, il y a une meilleure so­lu­tion, ra­cée et élé­gante. La ma­noeuvre pa­raît un peu com­plexe, croi­sée entre une usine à gaz et les oeuvres com­plètes de Kant, mais avec un peu de pra­tique, tout de­vient ra­pi­de­ment lim­pide. D’ailleurs, il est for­te­ment conseillé de pra­ti­quer un peu au sol pour bien maî­tri­ser l’en­gin et ne pas s’en prendre une au pre­mier es­sai. Seul hic, il faut que le re­lais soit équi­pé d’un gros maillon per­met­tant de pas­ser la corde en qua­druple. À la li­mite, vous pou­vez vous dé­brouiller avec deux maillons ou pas­ser la corde en double ou deux grosses pla­quettes. Avec beau­coup de mal­chance, vous n’avez rien de tout ce­la et vous êtes grillé. Mais res­tons po­si­tifs et re­voyons la so­lu­tion ma­gique.

1/

Après un dur com­bat comme dans les films, vous êtes au re­lais. Un bon­heur ab­so­lu voi­lé par un manque ab­so­lu de ma­té­riel pour vous va­cher vous étrangle la gorge. Une fois de plus, vous al­lez vous faire en­gueu­ler par Ma­man…

2/

Eh bien non, vous al­lez quand même vous au­to-as­su­rer. De­man­dez du mou, en pré­ci­sant bien à ce­lui qui vous ac­com­pagne qu’il doit conti­nuer à vous as­su­rer jus­qu’à la fin de la ma­nip’.

Glo­ba­le­ment simple et ter­ri­ble­ment eff icace, cette ma­nip’ est à connaître sur le bout des doigts, le mieux étant évi­dem­ment de ne pas avoir re­cours à elle en étant plus pré­voyant. Mais il ne faut ja­mais dire ja­mais… Alors ré­pé­tez cette ma­nip’ plu­sieurs fois au sol avant de vous re­trou­ver pen­du à trente mètres du sol à es­sayer de fouiller votre mé­moire en sou­pi­rant : « Ah ! Si j’avais un po­la­roïd… »

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