2017 S’ACHÈVE. DE QUOI SE SOU­VIEN­DRA-T-ON ?

Grimper - - ÉDITO - Anne Jan­ke­lio­witch

Comme on l’en­tend sou­vent dire en dé­cembre, mois tra­di­tion­nel­le­ment consa­cré aux ré­tros­pec­tives en tous genres, « une nou­velle an­née s’achève ». Et comme on ne sait ja­mais de quoi se­ra faite la sui­vante, et à quel point l’ac­tuelle se ré­vé­le­ra fi­na­le­ment in­si­gni­fiante dans douze mois, il est cou­rant d’ajou­ter : « et quelle an­née » ! Ce­pen­dant, en escalade, cette an­née, un tel ajout n’a rien de sur­fait. Car 2017 au­ra vrai­ment été his­to­rique, en­chaî­nant pro­fu­sion d’évé­ne­ments qui ont plus d’une fois fait vi­brer à l’unis­son la com­mu­nau­té de grim­peurs du monde en­tier. 2017 au­ra donc été l’an­née de l’ex­ploit, ce­lui du pre­mier 9c, réa­li­sé par l’in­con­tour­nable et cos­mique Adam On­dra, et de la nais­sance d’une nou­velle co­ta­tion, heu­reux et émou­vant évé­ne­ment… L’an­née de l’im­pos­sible, avec l’as­cen­sion d’El Ca­pi­tan en so­lo in­té­gral par Alex Hon­nold, prouesse aus­si fas­ci­nante que dé­ran­geante… L’an­née de l’es­thé­tique, à l’image de cette nou­velle oeuvre d’art si­gnée du maître ès-psi­ko­bloc Ch­ris Shar­ma, l’as­cen­sion en Deep Wa­ter So­lo du Pont d’Arc, im­mense arche na­tu­relle en­jam­bant l’Ar­dèche. L’an­née de la per­sé­vé­rance, celle de Ro­main Des­granges, sa­cré cham­pion d’Eu­rope et - en­fin ! - vain­queur de la Coupe du Monde de dif­fi­cul­té, pour sa quin­zième an­née consé­cu­tive de par­ti­ci­pa­tion, sans avoir ja­mais ces­sé d’y croire. L’an­née du sou­ve­nir, ce­lui du cin­quième an­ni­ver­saire de la dis­pa­ri­tion de Pa­trick Ed­lin­ger, qui, à tra­vers la vague de té­moi­gnages et ré­ac­tions sus­ci­tés par l’hom­mage pu­blié sur notre site, tra­duit com­bien la com­mu­nau­té des grim­peurs, pri­vée à ja­mais de son gou­rou de la pre­mière heure, garde fervent le sillage de ce­lui qui in­carne à lui seul l’escalade libre en France… L’an­née du rêve, ce­lui de Mar­go Hayes, en­chaî­nant “La Ram­bla“, pre­mier 9a+ fé­mi­nin au monde, puis l’illus­tris­sime “Bio­gra­phie“. Et l’an­née, dans la fou­lée, du très at­ten­du pre­mier 9b fé­mi­nin, que s’ad­ju­geait An­ge­la Ei­ter en clip­pant la chaîne de “La plan­ta de Shi­va“. Deux pre­mières his­to­riques en huit mois. Se­lon toute lo­gique, ce 9b, un cran plus haut vers le fir­ma­ment de la haute dif­fi­cul­té, au­rait dû éclip­ser le 9a+ de Mar­go. Mais il n’en a rien été. Au contraire. La per­for­mance n’a pas mar­qué les es­prits, lais­sant tout le monde sur sa faim, alors que le sou­rire et les larmes d’émo­tion de Mar­go Hayes, ajou­tant à sa réus­site le charme de la sin­cé­ri­té, inon­daient les ré­seaux so­ciaux de sa joie com­mu­ni­ca­tive quelques mois au­pa­ra­vant. Il man­quait quelque chose dans le 9b his­to­rique d’An­ge­la Ei­ter. Car, c’en est bien la preuve (et c’est une bonne nou­velle), comme le dit si ex­pli­ci­te­ment JB Tri­bout page 8, la co­ta­tion ne fait pas tout en escalade. Une belle perf, c’est d’abord un(e) grim­peur(se), sa per­son­na­li­té, son cha­risme, son au­dace, sa spon­ta­néi­té, son au­then­ti­ci­té… C’est aus­si une voie, choi­sie non par cal­cul et stra­té­gie, mais pour son his­toire, son vé­cu, sa fa­laise… Et ce sont les belles perfs dont on se sou­vient.

An­ge­la Ei­ter à l’échauf­fe­ment à Villa­nue­va del Ro­sa­rio avant ses es­sais dans la “Plan­ta de Shi­va”. © RedBull­con­tent­pool

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.