SAINT AN­TO­NIN NOBLE VAL

UN MO­NU­MENT DE LA GRIMPE ENFOUI DANS LE QUER­CY

Grimper - - FALAISE -

À la croi­sée des dé­par­te­ments du Tarn-et-Ga­ronne, du Tarn et de l’Avey­ron, le pe­tit vil­lage de Saint An­to­nin Noble Val de­meure l’un des spots re­con­nus et in­con­tour­nables de la grimpe dans la ré­gion Oc­ci­tane. Un po­ten­tiel mi­né­ral en pleine ten­dance, et qui ne re­nie pas pour au­tant les trois dé­cen­nies d’escalade dont il fut le théâtre. L’his­toire conti­nue.

En aval de la pe­tite bour­gade fort bu­co­lique, les gorges de l’Avey­ron offrent un po­ten­tiel mi­né­ral in­dé­niable avec di­verses grandes faces sur­plom­bant la ri­vière. On y trouve toutes les orien­ta­tions et tous les ni­veaux, ce qui fait qu’on peut grim­per ici toute l’an­née en na­vi­guant d’une barre à l’autre se­lon la sai­son. De­puis son avè­ne­ment à la fin des an­nées quatre-vingt, Saint-An­to­nin, qui compte près d’un mil­lier de lignes, peut être consi­dé­ré comme l’un des ber­ceaux de l’escalade spor­tive dans le sud-ouest de la France. En ef­fet, au fil de l’ou­ver­ture des dif­fé­rents sec­teurs et de la nais­sance des voies dans les gorges, les fa­laises té­moignent de l’his­toire de l’escalade, et consignent, à leur ma­nière, les évo­lu­tions ap­pa­rues de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion dans la ma­nière d’en­vi­sa­ger l’ac­ti­vi­té. Nous vous pro­po­sons un tour du ter­roir !

Les grandes faces in­dé­mo­dables : Ca­pu­cin, An­glars et Man­jo­carn

Tout le monde ne le sait peut-être pas mais Saint An­to­nin Noble Val a eu son heure de gloire dans les an­nées 1990, sous l’im­pul­sion d’une poi­gnée de grim­peurs. Bien évi­dem­ment, les fa­laises portent la marque de Da­niel Gri­mal, équi­peur bou­li­mique et sta­kha­no­viste, à qui l’on doit no­tam­ment la grande ma­jo­ri­té des voies de l’An­glars, du Ca­pu­cin et de la face nord de Man­jo­carn. Un tra­vail ti­ta­nesque ac­com­pli en seule­ment quelques se­maines. Mais les stars lo­cales qui ont mis les gorges sous les feux des pro­jec­teurs sont vé­ri­ta­ble­ment Di­dier Ra­bou­tou et Ro­byn Er­bers­field-Ra­bou­tou, qui se sont éta­blis là au dé­but des 90’s. En ef­fet, c’est ici que Ro­byn a si­gné le troi­sième 8b+ fé­mi­nin mon­dial avec “At­ten­tion on vous re­garde”, et on doit à Di­dier plu­sieurs pre­mières as­cen­sions ma­jeures. Sous l’im­pul­sion de Da­niel Gi­rar­del­li, l’as­so­cia­tion Dé­vers a par­ache­vé le tra­vail avec la pre­mière édi­tion du to­po des gorges en 1995.

LE CA­PU­CIN, UN VÉ­RI­TABLE FOUR SO­LAIRE POUR LÉZARDS !

Il s’agit bel et bien de LA fa­laise d’hi­ver de Saint An­to­nin. Certes, pour les jour­nées froides, il y a aus­si la pe­tite barre d’Amiel au dé­but des gorges, qui pro­pose de belles voies d’ini­tia­tion et une marche d’ap­proche re­dou­table, ou en­core la fa­laise de la Ma­de­leine do­tée d’une cin­quan­taine de lignes. Mais le Ca­pu­cin, grande face sud haute de 80 mètres avec pas moins de 200 voies, est un vé­ri­table mo­nu­ment des gorges. Ici se trouvent des voies an­ciennes et his­to­riques. Ci­tons no­tam­ment “Le pi­lier de Pa­trick” (6a) sur la gauche de la face, le di­èdre-fis­sure des “Ca­rac­té­riels” (6c ou 6a/A0, qui re­joint en deux lon­gueurs le bal­con sus­pen­du de la vire, 60 mètres plus haut) si­tué au centre, ou en­core la ligne de fai­blesse de “La voie des coins” (5) ou l’aé­rienne “Pom­pi­deuil” (6a+) sur l’épe­ron de la par­tie droite. Le Ca­pu­cin abrite aus­si de nom­breuses clas­siques du sep­tième de­gré des gorges, avec soit une grimpe as­sez tech­nique à ré­glettes (“La route des étoiles”, “Ra­go­mi­nable”, “An­dro­mède”) dans un cal­caire orange lé­gè­re­ment dé­ver­sant, voire un cal­caire blanc lisse dé­rou­tant (“Pa­ti­nage in­ter­dit”), soit des en­vo­lées plus clas­siques d’une ving­taine de mètres (“Train d’en­fer”, “Ter­reur”, “Chal­len­ger”) sur co­lon­nettes. Le 8a phare est sans conteste le tech­nique et conti­nu “Ram­po­neau”, réa­li­sé par Ro­byn Er­bes­field à vue en 1992 (se­cond 8a fé­mi­nin à vue de l’his­toire). Pour la pe­tite his­toire, c’était avec des chaus­settes de mon­tagne et des chaus­sons trop grands em­prun­tés à son as­su­reur, car Ro­byn avait ou­blié les siens ce jour-là et vou­lait ab­so­lu­ment ten­ter la voie ce fa­meux D-Day, ce qui lui a en­suite va­lu le sur­nom de « Ma­dame pro­gram­mée ».

En­fin, le bal­con sus­pen­du de la vire offre des voies plus tei­gneuses de tout ni­veau dans un cal­caire com­pact gé­né­ra­le­ment plus à doigts. Les in­con­tour­nables sont, sur la par­tie gauche, “Ra­mon­dia” (6b) et son beau cal­caire à gouttes d’eau, et sur la par­tie de droite, “Les mains libres” (7b) et son re­pos “comp­toir de bar”, coudes et avant bras po­sés sur une vire, ce qui per­met de lâ­cher et dé­layer les me­nottes. On trouve aus­si “La pâ­que­rette et le mous­tique” (7c), clin d’oeil à la cé­lèbre voie de Buoux pos­sé­dant aus­si son der­viche sur­na­tu­rel les pieds à plat, ou en­core, dans des bom­bés plus dé­ver­sants, la très ré­si “Fo­fo­line”, truf­fée de pe­tites ré­glettes, à l’am­biance ga­ran­tie unique dans les gorges. La vue d’en­semble du Ca­pu­cin et le fait que cette face est très agréable pour grim­per au moindre rayon de so­leil en font un en­droit pri­vi­lé­gié en pé­riode hi­ver­nale. Ce­pen­dant, il faut gar­der à l’es­prit qu’ici, beau­coup d’iti­né­raires ou­verts à la fin des an­nées quatre-vingt et au dé­but des an­nées quatre-vingt-dix, bien que su­per sym­pas, n’ont pas été épar­gnés par la taille. Ajou­tons à ce­la un équi­pe­ment d’époque avec des an­crages fa­bri­qués mai­son grâce à des cor­nières de jar­din dé­cou­pées puis per­cées sur des spits de 8 mm, les conflits avec les or­ni­tho­logues et ceux avec les pro­prié­taires, les pan­neaux “sens in­ter­dit” et les pla­quettes soi­gneu­se­ment en­le­vées sur les pre­miers points des nou­velles voies équi­pées où la pre­mière est ré­ser­vée pen­dant par­fois des an­nées, et on peut af­fir­mer que cette fa­laise, la­bo­ra­toire de la grimpe spor­tive d’an­tan, cris­tal­lise au­jourd’hui toutes les ten­sions et po­lé­miques dans les gorges ! Comme exemple, nous ci­te­rons “Noyau dur” : ce chal­lenge « voie ul­time » de plus de 50 mètres re­mon­te­rait toute la face sur deux lon­gueurs de­puis la pe­tite grotte de “Os­mose” avec une lon­gueur dure d’en­fer au­tour du 8b, mais le pro­jet est « chasse gar­dée » de­puis main­te­nant plus de 15 ans, et per­sonne n’ose s’y aven­tu­rer de peur de voir les points dis­pa­raître ou des prises col­lées ap­pa­raître ! Il n’en reste pas moins que cer­taines voies du Ca­pu­cin sont des « musts » of­frant une escalade très plai­sante, et que se nichent dans cette fa­laise de vé­ri­tables clas­siques des gorges dans un cal­caire très com­pact de bonne qua­li­té.

Sélection Le Ca­pu­cin

>“Pom­pi­deuil” 6a+, “Ca­rac­té­riels” 6c >“La route des étoiles” 6b+ puis 7a puis 7c, “Le ta­lis­man per­du” 7b, “Train d’en­fer” 7b+, “Ra­go­mi­nable” 7c, “Big bang” 7c+ >“Ram­po­neau” 8a, “Fo­fo­line” 8a+

AN­GLARS, LA FACE NORD PO­PU­LAIRE : À LA RE­CHERCHE DE L’ADHÉ­RENCE…

Sur­plom­bant le vil­lage, le roc d’An­glars est LE sec­teur in­dé­mo­dable de Saint An­to­nin. Bien­ve­nue dans la fa­laise d’été pri­sée des gorges. Le sec­teur vous of­fri­ra près de 150 lignes com­po­sant un très large choix de voies du 4 au 8b+, sur un rocher blanc par­fois dé­rou­tant mais plu­tôt ma­jeur pour la grande ma­jo­ri­té des lignes, les­quelles sont, cette fois, na­tu­relles pour la plu­part. La cu­rio­si­té prin­ci­pale vient du fait que les pieds sont prin­ci­pa­le­ment des pentes lisses dans du caillou li­ché­neux peu adhé­rent, ce qui né­ces­site un ap­pren­tis­sage de la sen­sa­tion, as­sez unique, dans la charge de pied. Après s’être fa­mi­lia­ri­sé avec le style et avoir pris confiance dans ses ap­puis, le plai­sir est MAXI­MUM ! Si vous êtes ama­teur de old-school, al­lez donc faire un tour dans “L’his­toire d’un mec” 7a+, ou dans “Par­tie de glis­souillis” 8a (seule­ment trois as­cen­sions de­puis son ou­ver­ture il y a plus de vingt ans !), vous ne se­rez pas dé­çu ! Pour mo­ti­ver les lo­caux à al­ler dans cette der­nière, le tou­lou­sain et presque lo­cal Her­vé Geof­fray avait pro­mis de cui­si­ner une grande po­tée au­ver­gnate en l’hon­neur de qui réus­si­rait la voie. Et fi­gu­rez-vous que ça a mar­ché : après en­vi­ron cinq séances d’ef­fort, Pierre Trol­liet réus­sit la pro­bable deuxième as­cen­sion de la voie (cinq séances pour un 8a, pour un gars qui évo­lue ré­gu­liè­re­ment dans le 8c !), et le dî­ner fut fa­meux ! Mal­gré son ou­ver­ture il y a plus de trente ans, la po­pu­la­ri­té de l’An­glars est en­core loin de s’es­souf­fler : l’ac­cès est fa­cile, le pa­no­ra­ma ma­gni­fique avec sa vue plon­geante sur le vil­lage, l’ombre gé­né­reuse dès la fin de ma­ti­née, et le pa­nel de voies per­met de bras­ser les pra­ti­quants, avec des voies d’ini­tia­tion in­té­res­santes mê­lées à beau­coup de su­perbes longues en­vo­lées conti d’une tren­taine de mètres dans le sixième et sep­tième de­gré, qui ont fait la ré­pu­ta­tion de l’en­droit. Un spot idéal donc pour ava­ler les lon­gueurs sans prise de tête, où grimpe rime avec dé­tente, mais aus­si avec bou­teilles dans les avant-bras et ap­pren­tis­sage de la tech­nique de pieds ! La face re­cense aus­si de belles voies très dures dans le hui­tième de­gré, prin­ci­pa­le­ment sur la par­tie droite de la fa­laise, no­tam­ment dans la conque de la très ré­si “At­ten­tion on vous re­garde”, ou sur le mur de l’en­ga­gée, mais néan­moins ma­jeure, “SVP” (8a+). Cô­té actu, à no­ter, au prin­temps der­nier, la se­conde as­cen­sion de l’in­té­grale du “Si­gnal des cor­beaux” (8b+) par Lu­cien Mar­ti­nez. Cette voie, avec son fi­nal bloc ab­ject, est res­tée non-ré­pé­tée plus de 25 ans de­puis la pre­mière as­cen­sion par Di­dier Ra­bou­tou ! Cu­rio­si­tés de la fa­laise : le dé­part de pa­ra­pente si­tué juste à cô­té du dé­but de la des­cente, la via fer­ra­ta com­plè­te­ment à droite de la fa­laise, le rap­pel des mi­li­taires qui per­met de re­joindre le pied des voies par le pla­teau en pas­sant par une grosse conca­vi­té, et le point de vue tou­ris­tique sur le vil­lage quelques hec­to­mètres après le par­king de la fa­laise.

Sélection An­glars

>“Flying” 4c, “Self ser­vice” 5 >“Ca­ca­huète” 6a, “L’abo­mi­troce” 6a+, “La gueuse” 6b, “Le temple des athées” 6b+ puis 7a, “Re­flet fan­tôme” 6c, “États d’ur­gence” 6c+ >“Clin d’oeil à la lune” 7a, “Com­bat des chefs” 7a+, “Bas­ton” 7b, “Ul­time dé­mence” 7c, “Le mar­ché de l’an­goisse” 7c+, “Fluide gla­cial” 7c+ >“Phé­no­mène de re­jet” 8a, “Sou­rire pa­ra­nor­mal” 8a, “SVP” 8a+, “At­ten­tion on vous re­garde” 8b+

MAN­JO-CARN, LA FACE NORD MUL­TI-FA­CETTES

Cette face ras­semble dif­fé­rents sec­teurs qui to­ta­lisent en­vi­ron 200 lon­gueurs : le tri­angle, Su­per­man­joc, la face ouest, et la face nord. C’est jus­te­ment en face ouest que les pre­mières voies de Saint An­to­nin ont été ou­vertes en 1966, avec les deux gou­lottes de “La voie des coins” et de “La che­mi­née”, ou en­core “La clas­sique du pi­lier”, grâce no­tam­ment à JeanPierre Sch­wim­mer. Di­dier y ra­jou­te­ra, dans les an­nées quatre-vingt, quelques hor­reurs très à doigts, comme “Te­ki­la” 8a+ ou en­core “Va­len­tine” 8b, très peu ré­pé­tées de­puis… Un peu plus à gauche, le ver­sant nord pro­pose une cin­quan­taine de voies de conti­nui­té, at­tei­gnant près de 45 mètres par­fois, dans du lé­ger dé­vers très sal­pê-

« Le sec­teur phare est sans conteste Su­per­man­joc, le sec­teur de voies ex­trêmes des gorges »

treux et li­ché­neux (prends ta brosse mé­tal­lique !) par­se­mé de concré­tions, es­sen­tiel­le­ment dans le sep­tième de­gré, et jus­qu’au 8b. On re­trouve le style de l’An­glars, tou­te­fois un poil plus dé­rou­tant et old school, avec des clas­siques comme la tech­nique “Dalle de la vi­père” 7c, “Le re­tour du pi­rate” 7c+, ou “El grande spec­ta­co­lo” 7c+ dans de belles concré­tions. Le sec­teur phare est sans conteste Su­per­man­joc, le sec­teur de voies ex­trêmes des gorges. Le dé­ve­loppe- ment a été ini­tié par Di­dier Ra­bou­tou, Éric Si­guier et Phi­lippe La­perne au dé­but des an­nées quatre-vingt­dix. Ce sec­teur haut-ni­veau d’une qua­ran­taine de lignes s’est vou­lu moins tra­fi­qué que la plu­part des autres sec­teurs. Ain­si, Di­dier a équi­pé ici “Bad at­ti­tude”, en ré­fé­rence jus­te­ment à l’at­ti­tude de Da­niel Gri­mal concer­nant l’équi­pe­ment des gorges. Dans la pre­mière ligne équi­pée sur le sec­teur, la ma­jeure “No war more love” 8b, Di­dier op­te­ra même pour la mé­thode in­verse, bou­chant une fis­sure au si­ka dans le crux du haut pour rendre l’en­chaî­ne­ment plus dur en ré­sis­tance. Le sal­pêtre a re­pous­sé de­puis, mais les ini­tiés se sou­viennent ! Par la suite, c’est au tour du mu­tant Éric Si­guier (l’homme qui s’échauffe dans vos pro­jets et qui ne vibre pas avant de se re­trou­ver dans du 8c !) de s’em­pa­rer des clés du haut-ni­veau à Saint An­to­nin à la fin du ving­tième siècle, ali­gnant les ou­ver­tures et les pre­mières as­cen­sions comme des perles sur un col­lier, et al­lant quand même jus­qu’à pro­po­ser mo­des­te­ment du bout des lèvres deux 8c+ bien so­lides (“Chi­cken de­luxe” et “Don­key kong”). In­utile de pré­ci­ser que de telles per­for­mances étaient as­sez peu cou­rantes à cette époque… L’his­toire se­ra par­ache­vée en 2015 avec la pre­mière du pro­jet ul­time “Flesh for fan­ta­sy”, une bour­ri­ne­rie in­fâme sur in­ver­sées dans du dé­vers à 45° les pieds à plat. C’était la seule voie qui avait ré­sis­té à Di­dier puis Éric, et qui, plus de vingt ans après l’équi­pe­ment, conti­nuait à se re­fu­ser à tous les pré­ten­dants. Elle s’est vue li­bé­rée par Ma­nu Lo­pez, puis im­mé­dia­te­ment ré­pé­tée par Lu­cien Mar­ti­nez et Jo­seph Sa­va­ri­no en quelques se­maines, pour prendre le titre de pre­mière voie des gorges dans le neu­vième de­gré. Une autre voie pour­rait tou­te­fois bien­tôt lui vo­ler la ve­dette, une ligne com­plè­te­ment na­tu­relle sur la droite de la conque, équi­pée par Di­dier et in­vain­cue de­puis plus de deux dé­cen­nies : “À la li­mite de la rup­ture”. Après une ap­proche ul­tra-ré­si d’une di­zaine de mou­ve­ments, le chal­lenge pro­pose une fu­rieuse sec­tion de bloc sur prises ignobles (et la sec­tion était dé­jà sa­cré­ment mu­tante avant que Lu­cien Mar­ti­nez n’en ar­rache la prise clé et que Ma­nu Lo­pez ne re­fuse de la re­col­ler sous pré­texte que « ça fait en­core ! »).

Les cô­tés de la baume sont ex­po­sés ouest, donc au so­leil l’après-mi­di, et les voies dures passent au so­leil en fin d’après-mi­di. Le sec­teur est donc tout à fait adap­té pour le prin­temps, l’été et l’au­tomne, mais de­vient to­ta­le­ment im­pra­ti­cable en hi­ver à cause des ré­sur­gences. No­tons que plus bas, le sec­teur du Tri­angle, avec son es­pace ini­tia­tion qui se pro­longe sur un pro­mon­toire sur­plom­bant le méandre, offre des en­vo­lées ma­gni­fiques comme la clas­sique “Pas­sage à l’Ouest” (7a+) ou l’exi­geante “Foie gras Sau­ternes” (8a+). Men­tion spé­ciale au 8a court “La Rogne”, dont le trou som­mi­tal, sy­no­nyme de fin des dif­fi­cul­tés, était gar­dé à l’époque par un loir, ce qui ne man­quait pas d’ef­frayer les pré­ten­dants à la croix, pour­tant dé­jà en pleine mon­tée d’adré­na­line !

Sélection Man­jo-Carn :

>“Gar­ga­mel” 4+ >“Fesse au vent” 6a, “La shwim­mer” 6b >“Pas­sage à l’Ouest” 7a+, “La dalle de la vi­père” 7c, “El grande spec­ta­co­lo” 7c+ >“Bad at­ti­tude” 8a+ puis 8b+, “No war more love” 8b, “L’ar­bou­sier” 8c >“Flesh for fan­ta­sy” 9a

Les sec­teurs plus ré­cents : La Croix, Couy­rac, le toit de la Ma­de­leine

On peut af­fir­mer qu’une nou­velle dy­na­mique souffle sur l’escalade à Saint An­to­nin de­puis quelques an­nées, im­pul­sée es­sen­tiel­le­ment par deux équi­peurs, Syl­vain Thia­baud et An­drea Bal­bi. Syl­vain est l’au­teur d’une tren­taine de nou­velles voies à La Croix, de l’in­té­gra­li­té des voies du toit de la Ma­de­leine, et de pas mal de nou­velles voies ajou­tées au Ca­pu­cin et à Su­per­man­joc. An­drea a si­gné quant à lui une par­tie du nou­veau sec­teur à gauche et la plu­part des iti­né­raires de la par­tie droite de La Croix, de même que quelques voies au Ca­pu­cin, entre autres. Juste à la fin des an­nées quatre-vingt-dix, Jean-Pierre Gar­cia, To­ny Be­del et Joël Dé­las avaient dé­ve­lop­pé les dé­vers du cirque de Couy­rac, et au dé­but des an­nées 2000, Mi­chel Ma­rie avait entre autres dé­ve­lop­pé Ca­zals. Même si la plu­part de ces nou­velles voies et sec­teurs valent le dé­tour, cer­taines lon­gueurs ont de nou­veau été tra­fi­quées, ce qui n’a pas man­qué de ra­vi­ver l’éter­nelle po­lé­mique !

LA CROIX : COMME UN PAR­FUM D’ES­PAGNE DANS LES GORGES !

Sans ris­quer de se trom­per, on peut af­fir­mer que c’est le sec­teur à la mode du mo­ment. Tout se passe à droite du sec­teur clas­sique et an­cien dé­ve­lop­pé par Bertrand Di­viès en 1987 et qui pro­pose des voies plus fa­ciles du 4 au 7a sur du cal­caire com­pact voire par­fois dal­leux. C’est sur la par­tie de droite que vous at­tendent d’in­nom­brables dra­pe­ries sur co­los dans un style très mo­derne. Les dif­fi­cul­tés vont du 6b au 8b+ pour une cen­taine de lignes, mais c’est vrai­ment dans les ni­veaux 7b, 7c et 8a que vous al­lez vous ré­ga­ler ! Le dé­ve­lop­pe­ment de ce sec­teur a été ini­tié par To­ny Be­del et Fre­do Lau­mon­nier à la fin des an­nées quatre-vingt-dix. Par la suite, de nom­breux autres ont joué du per­fo dans cet uni­vers mi­né­ral in­croyable. De grandes ba­lades de conti sur de grosses concré­tions, pour mi­ni­mum 30 mètres, voire par­fois 40 mètres d’escalade, se cô­toient : “Mis­tral ga­gnant”, “Al­ca­traz”, “Les pré­mices de la chi­co­rée”, au­tant d’iti­né­raires qui n’ont rien à en­vier aux clas­siques de Ro­del­lar ou de Saint-Lé­ger ! À l’ex­trême gauche, sur la vire de la su­perbe “AOC”, siège le sec­teur dé­ve­lop­pé par Syl­vain Thia­baud et An­drea Bal­bi, qui offre des voies plus dures dans le hui­tième de­gré : une quin­zaine de voies au to­tal main­te­nant ! L’orien­ta­tion étant plein ouest, il fau­dra se le­ver tôt car le so­leil de­vient ra­sant dès 14 heures l’été. Si­non, il fau­dra com­po­ser avec les jour­nées nua­geuses ou at­tendre l’au­tomne pour réel­le­ment pro­fi­ter du sec­teur (ce­la peut aus­si sé­cher dès le prin­temps, mais ce n’est pas sys­té­ma­tique). At­ten­tion tou­te­fois au pied des voies : l’es­pace re­la­ti­ve­ment res­treint im­pose de s’en­cor­der sur des vires pour l’as­su­rage, et s’avère peu pro­pice à la grimpe en fa­mille. À no­ter que la vire si­tuée la plus à droite fait l’ob­jet d’une in­ter­dic­tion tem­po­raire Na­tu­ra 2000 au prin­temps, et ce jus­qu’au 15 juin. Sa­chez en­fin que de l’autre cô­té de la route, juste après le tun­nel sur la gauche, se trouve un sec­teur un peu plus confi­den­tiel de La Croix. Il ne fi­gure pas sur le to­po, mais pro­pose en­core une dou­zaine de sym­pa­thiques voies sur co­los du 6b au 8a.

Sélection La Croix :

>“Les mollets durs” 5+ >“Ma­rin d’eau douce” 6a+ >“Mis­tral ga­gnant” 7b+, “Les pré­mices de la chi­co­rée” 7c, “Al­ca­traz” 7c+, “La via del Ci­pol­li­no” 7c+ >“Ul­ti­mate game” 8a, “Adre­na­li­na” 8a+, “La muse du 64” 8a+, “AOC” 8b, “Ti­ger” 8b+

COUY­RAC : UN PE­TIT CIRQUE FORT AC­CUEILLANT L’ÉTÉ

Au mi­lieu d’un îlot de ver­dure, le pe­tit cirque de Couy­rac offre un en­droit ma­gni­fique pour grim­per les après-mi­di es­ti­vales. Une bonne par­tie des iti­né­raires dans les dé­vers sont sur­na­tu­rels, mais offrent une ini­tia­tion à la grimpe sur co­lon­nettes fort agréable et lu­dique pour des ni­veaux in­ter­mé­diaires. La fa­laise se com­pose de trois par­ties bien dis­tinctes. La pre­mière, sur la droite, pro­pose une di­zaine de voies plus an­ciennes d’une tren­taine de mètres dans le cin­quième de­gré et le 6a, sur du beau cal­caire gris com­pact ver­ti­cal. La se­conde, au centre, offre aus­si une di­zaine de voies mais cette fois sur du caillou jaune oran­gé plus dé­ver­sant, et dans des ni­veaux al­lant du 6b au 7b+. Men­tion spé­ciale à la fis­sure “Les mé­més res­tent en bas” qui s’im­pose comme un must des gorges dans le sixième de­gré. En­fin sur la gauche vous at­tend le plat prin­ci­pal : une tren­taine de voies d’en­vi­ron 25 mètres de haut en­core un peu plus dé­vers, sur co­lon­nettes et strates, du 7b au 8a dans un style très ré­si-bloc. Plus à droite du cirque de Couy­rac se trouve éga­le­ment la barre de Ca­zals avec ses en­vo­lées ver­ti­cales d’une ving­taine de mètres. Prin­ci­pa­le­ment dans le sep­tième de­gré, elles sont truf­fées de pas de bloc sur un rocher frac­tu­ré, à la lec­ture com­plexe.

Sélection Couy­rac

>“Les mé­més res­tent en bas” 6b, “Cayenne” 6c >“Le blitz” 7a+, “La tour­née du grand duc” 7b, “Bis­cotte mar­ga­rine” 7b+, “Le pa­teau basque” 7c, “La fée ca­ra­bosse” 7c+ >“Des pru­neaux dans le ta­jine” 8a, “Abac­cua” 7c+, 8a jus­qu’en haut

LE TOIT DE LA MA­DE­LEINE : DE LA DOLOMIE À SAINT AN­TO­NIN !

Le toit de la Ma­de­leine est le sec­teur le plus ré­cent dans les gorges de l’Avey­ron. Équi­pé au prin­temps 2013 par Syl­vain Thia­baud avant le sec­teur clas­sique de la Ma­de­leine, ce sec­teur pro­po­sait jus­qu’alors deux voies d’ar­tif (des vieux points et quelques cro­chets fo­rés ont été trou­vés lors de l’équi­pe­ment). Une dou­zaine d’iti­né­raires naissent, qui re­montent les nom­breux trous et formes ex­tra­va­gantes de ce cal­caire un peu sa­bleux rap­pe­lant les gorges du Tarn. On y trouve no­tam­ment “Les ver­tus du vice”, un des plus beaux 7a des gorges se­lon plu­sieurs avis ! Il reste tou­jours un pro­jet à li­bé­rer au mi­lieu du toit, pour le­quel un pack de bières a été mis en jeu, of­fert à ce­lui qui ar­ri­ve­ra à réa­li­ser la pre­mière. À vi­si­ter !

« On peut af­fir­mer qu’une nou­velle dy­na­mique souffle sur l’escalade à Saint An­to­nin de­puis quelques an­nées… »

Sélection Toit de la Ma­de­leine

>“Chouette une sur­prise” jus­qu’à R2 7b+, “Les ver­tus du vice”, 7a >“Vis­sieuse à choc”, 8a+

CI-des­sous, Pierre De­las n’a pas l’air de s’amu­ser tant que ça dans "Ul­ti­mate game", 8a au sec­teur La Croix. À droite, Di­dier RA­BOU­TOU dans "Pa­ti­nage in­ter­dit", 7b à la fa­laise du Ca­pu­cin.

C’est au tour de Jean-Pierre Four­niols de vi­si­ter la grande fa­laise po­ly­chrome du Ca­pu­cin, et il le fait à un "Train d'En­fer", en deux lon­gueurs de 7c.

Pierre DE­LAS s’élève dans "Belle de Sei­gneur", deux lon­gueurs en 8a à la fa­laise du Ca­pu­cin dans un cadre ver­doyant et ré­gé­né­rant.

Ci-des­sus : Lu­cien MAR­TI­NEZ dans "Fa­çades de com­plai­sance", 8a+, au sec­teur Su­per Man­jo-Carn. Page de droite : So­nia Corvaisier dans "Ra­go­mi­nable", 7c, à la fa­laise du Ca­pu­cin.

Quand il n’est pas en train de don­ner son avis sur la taille des prises, Di­dier Ra­bou­tou grimpe, comme dans ce 7b+ très concré­tion­né au sec­teur La Croix.

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