DI­DIER RA­BOU­TOU S’EX­PRIME SUR “BAD AT­TI­TUDE”

Grimper - - FALAISE -

« “Bad At­ti­tude”, c’est par rap­port à l’at­ti­tude de cer­tains équi­peurs, et je pro­fite de cet ar­ticle pour don­ner mon avis sur quelques pra­tiques ici dans les gorges, mais aus­si ailleurs. L’équi­peur de­vrait res­pec­ter une ligne de conduite, une charte mise en place entre tous les ac­teurs de l’équi­pe­ment. Pla­cer les points dans une ligne ne donne pas tous les droits à l’équi­peur, comme s’il était pro­prié­taire de celle-ci ! L’équi­peur est le ca­ta­ly­seur entre le rocher et le mou­ve­ment. Ce sont les prises qui dictent la fa­çon de pas­ser, et non le per­fo. Par­fois, ou sou­vent, ces prises sont trop pe­tites. Il faut sa­voir l’ac­cep­ter, et per­mettre aux gé­né­ra­tions fu­tures de s’ex­pri­mer avec des ca­pa­ci­tés qui se­ront su­pé­rieures aux nôtres. Créer une voie tous les deux mètres à coups de mar­teau et de col­lage au si­ka est une ap­proche égoïste et des­truc­tive. Le pire reste à dire et se pra­tique ici, à Saint An­to­nin : si­ka­ter une voie exis­tante sous pré­texte que celle-ci est pa­ti­née. Oui le cal­caire se pa­tine pour res­sem­bler à du marbre, et la co­ta­tion se dur­cit. C’est au grim­peur de de­ve­nir plus fort, et non d’avoir re­cours à l’uti­li­sa­tion d’ar­ti­fices pour pal­lier au manque de force. Je prends l’exemple du “Si­gnal des cor­beaux”, équi­pée par D. Gri­mal à l’An­glars. J’avais li­bé­ré cette ligne à la fin des an­nées quatre-vingt. Il y a une pre­mière sec­tion en 8a+ et une sor­tie en dalle qui donne 8b+. La ma­jo­ri­té des grim­peurs s’ar­rête au point avant la dalle, et je les com­prends tout à fait. Mais voi­là, il y a deux ans, alors que le haut de la voie n’avait tou­jours pas vu de ré­pé­ti­tion, un in­di­vi­du a dé­ci­dé de re­faire l’his­toire de cette ligne en si­ka­tant les prises de pied de la par­tie du bas. L’été pré­cé­dant ce si­ka­tage, j’avais as­su­ré des jeunes de notre team ABC qui avaient gra­vi le 8a+ sans pro­blèmes. Je trouve ce­la dé­plo­rable et in­quié­tant… Au pas­sage, bra­vo à Lu­cien qui a ré­pé­té la voie au prin­temps der­nier. Oui, moi aus­si j’ai taillé, à Buoux par exemple, dans “La Mis­sion”. Le bi­doigt de sor­tie. Il y a 30 ans dé­jà, il man­quait une prise pour fi­nir, alors j’avais pris la dé­ci­sion de tailler dans du lisse. Ce­lui qui pas­se­ra sans ce bi­doigt peut le bou­cher. Plus tard, à Su­per­Man­joc, dans “No War” et “Bad Add”, je n’ar­ri­vais pas à bou­ger dans un mouv. J’avais alors col­lé une pe­tite prise ar­ti­fi­cielle que j’ai fait sau­ter par la suite quand, avec en­traî­ne­ment et achar­ne­ment, j’ai pu faire le mouv. Au­cune trace n’est res­tée. Cette ap­proche est moins agres­sive que l’uti­li­sa­tion du per­fo. Elle per­met quand même de grim­per, et montre aux autres l’en­droit à li­bé­rer. Un peu comme avant : « Jau­nir l’ar­tif ». Les fu­tures gé­né­ra­tions nous ap­pel­le­ront sans au­cun doute « Les gens du Gas­pi », mais es­sayons de ne pas se faire ap­pe­ler « Les Mas­sa­creurs de Fa­laises ». Sans au­cune ran­cune, Bonne Grimpe à tous. »

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